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Les bons tours d'Amédée Pand

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Les bons tours d'Amédée Pand

 

La rue Anselme Chevrotin avait toujours été bien paisible. Située dans un quartier animé du XIXème arrondissement parisien, cette voie se caractérisait surtout par l'excellente ambiance qui y régnait. On l'avait vu lors de la crise du Covid, on le constatait encore maintenant pour tous les immeubles sis dans cette rue. Tous les bâtiments, sauf le numéro 9, Résidence des Lilas. Cet immeuble cossu, rénové récemment, avait connu un vrai bouleversement. Rien ne prédestinait pourtant ces logements au raz-de-marée de haine et de colère qui avait déferlé sur eux.

C'était primitivement un immeuble doté de propriétaires et locataires très conviviaux, allant les uns chez les autres et discutant sans fin sur le palier, en grands bavards qu'ils étaient majoritairement. Amédée Pand faisait partie des exceptions. Il n’était pas bavard. C'était un homme âgé, serrurier à la retraite, jadis numéro un de sa profession. Il était locataire au premier étage depuis de très longues années. Il participait quelquefois aux échanges dans l'immeuble mais sa nature le poussait à rester le plus souvent à l’écart. C’était un discret, par nature et par goût.

Il ne manquait pourtant pas d'humour. Beaucoup de choses dans la vie le faisaient sourire et son sourire n’était pas contraint. Malheureusement, ce sens du comique était assorti d'un certain machiavélisme pervers. Puisque l'âge l'avait affaibli, il voulut prendre sa revanche sur ses voisins, majoritairement âgés, mais plus chanceux que lui dans le domaine de la santé. C'est pour cette raison qu'il n'eut aucun scrupule à vouloir s'amuser à leurs dépens avant son départ programmé en maison de retraite.

Un beau matin de mai, lors de la fête des voisins, toutes portes ouvertes, Amédée Pand déroba un chat en céramique chez sa voisine du troisième étage, Mme Voitrouge. Puis il s'empressa de déposer le bibelot chez Mademoiselle Pipelette, sa voisine du deuxième étage, qui allait parfois chez Madame Voitrouge pour tailler le bout de gras (elle raffolait des cochonnailles) et inversement (elles avaient les mêmes goûts). Tout le monde était au courant de leurs bonnes relations, vue la nature bavarde de chacune.

Désespérée par la perte de son chat en céramique, Madame Voitrouge (et non pas la Mère Michel) fit part de sa tristesse à Monsieur Surlepouce, locataire du quatrième étage, son cousin par alliance. Ils pleurèrent bruyamment ensemble sur le palier. Mais, coup de théâtre, anticipé d’ailleurs par Amédée Pand, Madame Voitrouge constata très vite la présence du chat en céramique chez Mademoiselle Pipelette à l’occasion d’un dîner gourmand qui les réunit.

Ce fut un scandale, une vraie crise d’hystérie dans l’appartement de Mademoiselle Pipelette puis sur le palier. Monsieur Surlepouce se joignit à elle pour ameuter le voisinage. Cela fit beaucoup rire le serrurier taquin. Mais Amédée Pand ne s'en tint pas là. Ancien serrurier hors pair, il ouvrit la nuit suivante en toute discrétion la porte d'un habitant du second étage, Monsieur Latrogne, et déroba sa médaille du Mérite Français dans son médailler. Celui-ci s’en rendit compte très vite. Il tenait tellement à sa précieuse médaille ! Il s’en plaignit aussitôt à Madame Pattemolle, du syndicat des copropriétaires.

Sans attendre davantage, le serrurier retraité déposa la médaille du Mérite Français de Monsieur Latrogne chez Monsieur Quilucru au rez-de-chaussée, en entrant également par effraction et en toute discrétion la nuit suivante. Nul ne l’aperçut dans sa déambulation nocturne. Deux jours après, Madame Pattemolle, en visite amicale chez Monsieur Quilucru, constata la présence de la médaille sur le buffet Louis XVIII de celui-ci et s’empressa de prévenir Monsieur Latrogne. Ce dernier ne resta pas indifférent, bien au contraire.

Monsieur Latrogne fit aussitôt un scandale épouvantable. Il se rua chez Monsieur Quilucru, effrayé, tambourina à la porte jusqu'à ce qu'on lui ouvre et trouva sa médaille du Mérite Français sur le buffet. Ce fut alors une belle dispute dans la Résidence des Lilas. Un vacarme affreux succéda au calme ordinaire des lieux. Surtout que les autres résidents s’en mêlèrent, hurlant à qui mieux mieux à tous les étages. Quel carnaval ! Mais Amédée Pand était parfaitement ravi et secrètement fier des bons tours qu’il jouait à ces voisins qu’il trouvait prétentieux.

La suspicion monta en flèche dans la Résidence. Tout le monde finit par se méfier de tout le monde. Surtout que les vols continuèrent ainsi que les découvertes fâcheuses des objets dérobés chez les uns ou chez les autres. Nombreuses furent les infractions, innombrables furent les victimes. Imperturbable et prudent, le serrurier retraité n'oublia pas de se compter dans les rangs de ces dernières. L’immeuble perdit vite ainsi sa convivialité. Les disputes incessantes et les cris remplacèrent l'amitié et le silence paisible.

Chose plus terrible encore, après ces prémices, l'incendie se propagea tout seul. Les vengeances se multiplièrent et les soupçons s’intensifièrent. Tout y passa. La méchanceté naturelle revint au galop. Il y eut des dépôts de saletés dans les boites aux lettres, du vacarme à deux heures du matin, certains tambourinant sur les murs en pleine nuit, des inscriptions injurieuses apparurent dans l'ascenseur, sans parler des pneus crevés dans le parking en sous-sol. Amédée savourait cette ambiance délétère.

Quelle animation à présent ! Maître d’œuvre de ce désordre, le serrurier retraité était fier comme un paon. La Résidence des Lilas devint littéralement un enfer. Nul ne voyait une issue aux problèmes qui accablaient tout le monde. Qui était donc coupable ? Comment savoir ? Et que faire dans ce cas ? Impossible d’appeler la police, les objets étaient très vite retrouvés, et par ailleurs, ébruiter l’affaire ferait mauvais effet dans le voisinage.

Ce fut bien sûr le moment que choisit Amédée Pand pour décamper et faire son entrée triomphale en maison de retraite, tout en riant aux éclats. Il se promit d'en faire voir de belles aux autres résidents de son nouveau logement. Il se réjouit à l’avance des bons tours qu'il leur jouerait. Le récit ne dit rien des suites de l’histoire mais, connaissant le serrurier retraité et son imagination fertile, on peut imaginer sans peine le pire. Pauvres résidents !

 

FIN

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un petit Satan!Vade retro! Pour les clefs de saint Pierre, tu repasseras!

Posté(e)

Bravo pour les jeux de mots des noms, c'est très amusant !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour vos commentaires !

Deux réflexions auxquelles me fait penser ce sombre récit aux allures d'amusette dans un : labyrinthe :

  • "L'enfer, c'est les autres", selon un personnage de Sartre dans sa pièce Huis clos.

  • "Transformer le ciel en enfer et l'enfer en ciel" (comme dirait Milton), l'Homme en a la capacité.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un sacré lascar cet Amédée et ses tours pendables !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Heureusement qu'il n'existe pas !

Cela dit, les voisins désagréables, cela arrive assez souvent ; on appelle cela poétiquement "nuisances de voisinages"...

(¬‿¬)

Posté(e)

@Alba

Les bons tours d’Amédée Pand est un récit à la fois drôle, cruel et intelligent, une fable urbaine à mi-chemin entre comédie et tragédie sociale. Sous ses airs de plaisanterie légère se cache une analyse acide des rapports humains, de la vieillesse et de la vengeance, portée par un style fluide et une ironie constante. L’œuvre interroge subtilement la frontière entre l’humour et la malveillance, le jeu et la destruction. Une réussite en matière de satire contemporaine.

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