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Pauline et Lhomme invisible

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Pauline et Lhomme invisible

 

Sébastien Lhomme était ce qu'il faut bien appeler un homme invisible. Cela ne tenait ni à son caractère ni à sa discrétion, mais à sa nature : il était réellement indiscernable. Nous fîmes connaissance par le plus grand des hasards un beau matin d’avril. Il faisait un temps superbe au bord du fleuve et les promeneurs, rares encore à cette heure matinale, appréciaient comme il se devait le bonheur de flâner.

Comme je me tenais immobile un instant sur le bord de la rivière, contemplant un couple de cygnes évoluant majestueusement sur l’onde calme, j’entendis un éternuement. Je crus qu’un passant était dans mon dos et venait de sacrifier aux Mânes du rhume. Machinalement, je lançai :

- À vos souhaits !

Une voix mystérieuse proféra aussitôt la formule rituelle :

- Merci beaucoup !

Lorsque je me retournai, saisie par une curiosité bien légitime, je ne vis personne. Cela me fit peur : mon imagination fertile me jouait-elle des tours, ou pire, était-ce le moment d’être prise en charge par les services spécialisés dans les troubles mentaux ?

Je repris la parole, d’une voix de fausset :

- Il y a quelqu’un ? J’entends des voix ! je suis folle, alors, ou bien je m’appelle Jeanne d’Arc et non Pauline Legrand, étudiante en Master de Mathématiques ! Répondez-moi, je suis morte de peur !

- Vous n’êtes pas folle, Pauline, j’ai bien éternué, je suis un peu enrhumé, il fait encore frais et dans ma tenue, ou plutôt, dans mon absence de tenue, je me refroidis vite. Et ensuite, je vous ai remerciée.

Cette même voix masculine ! C’était de mal en pis, voilà qu’un grand discours bien construit retentissait à mes oreilles. Mon état ne s’améliorait pas…

- Où êtes-vous ? Je ne vous vois pas !

- Comment voulez-vous me voir ? Je suis invisible.

Cet échange matinal me paraissait surréaliste.

- Tenez, pour que vous cessiez de vous poser des questions, je vais tirer doucement la manche de votre imperméable vers la droite, de cette façon, vous comprendrez que je dis la vérité.

Je vis ma manche se déplacer mollement vers la droite. Mon bras suivit, bon gré mal gré. Quelle surprise !

- Oui, je vous crois, maintenant, mais qui êtes-vous dans le civil, l’homme invisible ?

- Vous l’avez dit, par une triste coïncidence, je me nomme Lhomme, Sébastien Lhomme, je suis né voilà vingt-huit ans à Béziers, et je suis invisible depuis trois ans. J’ignore la raison de cette métamorphose qui fut aussi subite que bouleversante. Un cauchemar qui se prolonge…

- Il y a de quoi s’épouvanter, en effet ! Mais de quoi vivez-vous, Sébastien, et pourquoi vous confier à moi maintenant ? Vous n’avez pas peur ?

- Non, je n’ai pas peur de vous, Pauline, je suis plutôt athlétique et puis, personne ne me voit ! C’est la meilleure cachette possible. Par ailleurs, vous me donnez confiance, je ne sens nulle méchanceté en vous. Quant à savoir de quoi je vis, eh bien ! Regardez les oiseaux, les arbres, les nuages, ils vivent de l’air du temps, comme moi ! 

Ce jeune homme était donc poète, en plus d’être invisible.

- Vous n’avez pas répondu à ma question, Sébastien. Pourquoi cette confidence ce matin ?

- Pouvez-vous concevoir ma lassitude, chère Pauline ? Je suis voué au mensonge, à la dissimulation, aux larcins, à la solitude. J’en ai plus qu’assez. Mais révéler mon « handicap » à d’autres que vous me mènerait directement sur une table de dissection. En tout cas, à coup sûr, je perdrais ma liberté. C’est le seul bien qui me reste.

- Cela se tient, en effet. Mais dites-moi, Sébastien, comment puis-je vous aider ? Je suis vraiment navrée de vous savoir dans cet état. Vous devez affreusement souffrir du froid et de la solitude.

- M’aider ? Ma pauvre Pauline, rien ne peut changer mon état, j’ai tout essayé, j’ai lu de multiples ouvrages scientifiques dans les bibliothèques publiques. Il n’y a pas de solution à mon problème. Et je sais que beaucoup aimeraient exploiter « mon cas » à leur profit. Je reste méfiant et je garde mes distances avec l’humanité. Il ne me reste plus qu’à espérer une nouvelle métamorphose.

- Que dois-je faire alors, si je ne peux rien faire ?

- Eh bien, passez votre chemin, oubliez-moi, continuez votre promenade et soyez heureuse. Je vous le souhaite sincèrement. Adieu, Pauline, et merci pour ce moment de complicité !

Sur ces derniers mots, j’entendis un bruit de course rapide qui s’éloignait. L’homme invisible s’était enfui ! Je restai seule, bien triste. Cette tristesse dura bien au-delà de ma promenade au bord de l’eau. Pendant de longs mois, je poursuivis mes activités routinières, ne cessant de penser à Sébastien. Je crois bien que, stupidement, j’étais tombée amoureuse de cet être invisible. Un jour d’octobre, à midi, en sortant de mon domicile rue des Alouettes, je me heurtai à un grand gaillard athlétique qui, tout en s’excusant, parut curieusement ravi de me voir.

Sa voix me rappelait quelqu’un, mais qui ? Je ne pus mettre un visage sur cette vague réminiscence. Ses excuses n’en finissaient pas. Il finit par me proposer de prendre un café en sa compagnie. Le trouvant très sympathique, j’acceptai avec plaisir. Ce fut un délicieux moment. Cette rencontre éphémère changea en fait profondément ma vie, puisque je finis par épouser cet inconnu. Quand, un peu soupçonneuse, je finis un soir par faire part à Sébastien de cette impression de l’avoir déjà rencontré, il se borna à me dire que le monde n’était pas sans mystère.

Voilà bien une remarque pertinente ! Vous voyez, mes petits, vous m’avez demandé de vous raconter une histoire, je vous ai obéi. Il est temps de dormir, maintenant. Embrassez gentiment votre grand-mère. Mais oui, les enfants, l’être invisible du conte porte le même nom que notre famille et le même prénom que feu votre grand-père. C’est étrange, n’est-ce pas ? Allons, faites de beaux rêves maintenant. Et n’oubliez pas le bel enseignement de ce récit : le monde est empli de mystères !

 

FIN

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Consulter un médecin pour son rhume, voilà qui doit être difficultueux dans ce cas précis...!

Posté(e)

Ah, l'homme invisible ! Mon feuilleton préféré dans les années 70 ... Je t'embrasse, grand-mère, j'ai environ 9 ans ! 😄

"Allons, faites de beaux rêves maintenant. Et n’oubliez pas le bel enseignement de ce récit : le monde est empli de mystères !"

Super ! Tu veux écrire les contes de la mère Alba avec moi ? 😊

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous d'avoir lu ce récit fantastique aux lisières du toman sentimental et du conte merveilleux !

Aux temps du smartphone et de l'ordinateur sur une planète en souffrance, le Prince charmant ne peut être qu'un pur produit d'une énergie quantique en folie !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Pauline a dû rencontrer @Marc Hiver qui avait changé de nom, dans un roman publié sur ce site : « Un homme transparent » publié en 18 chapitres sur Plume Errante en 2022.

Modifié par Jeep

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

J'ignore ce à quoi tu fais allusion, Jeep.

Pauline n'a rencontré personne, elle n'existe pas.

Moi, par contre, derrière mon clavier, j'existe, et je dirais pour éviter toute ambiguïté maintenant et plus tard, que je ne me suis jamais livrée au moindre plagiat. Je n'en ai pas besoin.

Bonne journée,

Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos
il y a 5 minutes, Alba a écrit :

J'ignore ce à quoi tu fais allusion, Jeep

J’ai complété mon commentaire pour indiquer la référence.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Il y a de la lecture sur ce site, décidément (je n'étais évidement pas là quand celle-ci a été proposée) !

Et certains sous-entendus qu'il vaudrait mieux éviter, pour préserver la sérénité de tous.

Modifié par Alba

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