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Les mots passant ...

Featured Replies

Posté(e)

Quand les lumières se sont éteintes, j’ai compris pourquoi personne ne regardait par la fenêtre la nuit.

C'est bien trop dangereux.

Je n'ai connu qu'un écrivain capable de braver l'abominable silence qui pèse quand le tic-tac de l'horloge devient marteau dans le crâne, jusqu'à la nausée, et que l'aube est loin comme la porte du paradis : Guy des mots passants.

Il écrivait sur un vieux bureau de bois flotté, avec une plume de corbeau, à la bougie, dans des relents de vieille cire et de chrysanthèmes fanées.

Je suis rapidement devenue sa disciple fiévreuse, adoratrice obsessionnelle, sa thuriféraire : je n'avais pas hésité à dilapider l'héritage de ma vieille tante berbère pour acheter de l'encens au bazar d'Aziz qui, depuis, avait agrandi sa boutique sans problème avec le fisc.

Guy était devenu pour moi comme une drogue et je n'attendais que les mercredis et dimanches soirs dans ma semaine banale, pour lire ses histoires et me rendre compte combien les miennes étaient dérisoires.

Je n'avais pas assez d'imagination, pas assez d'entrain, pour écrire dans le noir?

A l'époque, j'étais nouvelliste dans un journal un peu glauque, « Les chroniques de l'inavouable » et je m'ennuyais le reste du temps ; mes histoires étaient minables, je le savais, mais j'étais la seule au village à écrire, alors, forcément, j'avais été engagée après un entretien avec le directeur, Monsieur Jean, né Rienafoutre, qui n'avait pour seul objectif que de remplacer les poutres de son château où pendaient des jambons et des saucissons.

Mercredi.

Bien delà la minuit.


L'éclair noir filait à travers les plaines, emportant ses passagers somnolents, bercés par le rythme hypnotique des rails.

Parmi eux, Ella Danlosse, une jeune femme très maigre, incapable de dormir, remarqua quelque chose d'étrange : les paysages, défilant derrière la vitre sale de son wagon, semblaient anciens, comme sortis d'un autre siècle.

Un vieil homme assis en face d'elle lui souriait vous aussi vous avez remarqué ? Ce train ne s'arrête jamais, il roule depuis 1893 !

Ella sentit un frisson lui parcourir l'échine et sortit de son sac un thermos empli de thé de Chine.

Les sièges étaient vides, recouverts d'une couche de poussière et le train accéléra, avalé par les ténèbres.

Les lampes clignotèrent, et dans le couloir, un contrôleur sans visage gronda Billet, s'il vous plaît …

Ella comprit qu'elle ne descendrait jamais de ce train qui n'allait nulle part, entre réalité et cauchemar, emportant avec lui les âmes égarées …

À chaque jointure entre les wagons, des grilles rouillées grinçaient sourdement, et des inscriptions à moitié effacées "Compagnie des Ombres & Cie - 1893" rappelaient que ce train n’appartenait à aucune ligne connue.

À l’intérieur, les compartiments étaient tapissés de velours rouge délavé, sentant le bois humide et la cire ancienne.

Les banquettes, sans doute autrefois luxueuses, étaient maintenant usées, marquées d’étranges déchirures … comme si quelque chose les avait griffées de l’intérieur.


A ce moment, Guy posa sa plume.

Ecris la suite, vite ! me dit-il en enfilant son pyjama.

Le marchand de sable venait de lui envoyer un ticket pour passer de l'autre côté.

Alors, j'ai attrapé le train à pleines mains, j'ai regardé Ella dont la silhouette pleine d'encre s'effaçait au fur et à mesure, et j'ai regardé par la fenêtre …

Et c'est ainsi que je suis devenue écrivaine.

Je tiens à ce féminin qui dit que mes histoires sont vaines malgré le temps qu'elles m'ont pris, les nuits où je n'ai pas dormi.

Mais qui s'en soucie .. ?

Le train est reparti ...


(joailes -) 30 mai 2025 – 22h 15


Posté(e)
  • Semeur d’échos

Joli texte, aux multiples splendeurs !

Humour, rêve, références littéraires, pittoresque, réalisme, sensations, réflexions (dans tous les sens du terme)...

Que de richesses posées sur cet éventail de mots !

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Il y a 20 heures, Joailes a écrit :

mes histoires étaient minables

Même dans une autre vie, je ne le crois pas! 😊

N'empêche: les écrits vains sont ceux qui restent!

Belle idée, ce train qui ne s'arrête jamais.

Je note en passant que Guy ne craint pas d'enfiler son pyjama devant toi...

Posté(e)

Je prends le train en marche et j'ai bien fait !

Il s'en passe des trucs dans les wagons hein...

Y as tu rencontré Laure Hyantex-Praice ?

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Retour vers le passé dans un train d’un autre temps d’où l’on regarde passer des mots en compagnie de cette jeune femme qui rencontrera peut-être Bel Ami.

Fidel Lekteur

Posté(e)
  • Auteur

Un grand merci à vous, fidèles lecteurs de mes élucubrations !

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