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J'écris en marchant

Featured Replies

Posté(e)

«Les seules pensées valables viennent en marchant » écrivait Nietzsche.

Comme bien des philosophes, le penseur de Weimar a souligné les vertus de la marche qui libère l’esprit alors que la posture assise, selon lui, est une faute contre l’esprit.

Au point de condamner Flaubert et son idéal sédentaire (« On ne peut penser et écrire qu’assis »), et de se rallier à l’idéal rousseauiste de la marche qui « met l’esprit en mouvement ».

Ils sont nombreux à s’y être essayés, des surréalistes qui tentèrent d’écrire en marchant, jusqu’à Jean Giono qui recommandait cet exercice comme forme d’hygiène de pensée.

Bien avant eux, rappelons-nous qu’Aristote enseignait en déambulant, ce qui valut à son École le qualificatif de péripatéticienne (l’école des promeneurs).


Je suis l'erratique, l'âme perdue

l’aporétique, la rêveuse captive

fille du soleil et des ombres

je songe sur les chemins où fleurit le genêt

promenant ma mélancolie

comme on promène son chien

sans collier ni muselière

je m'offre volontiers aux orages soudains

et hurle avec le vent au creux des falaises

j'oublie l'hier et n'attends plus demain

comme un vieux loup de mer

je bois du silence et du sirop de solitude

j'aime les saisons de toutes les couleurs

le réséda, le soleil, les climats rudes,

la musique du temps delà les pendules

les cyprès, les pins, le parfum d'océan

j'ai un mouchoir froissé au fond de ma poche

j’y trouve l’odeur des paupières closes,
quand on presse ses poings contre ses yeux
et que jaillissent des constellations de genêts

à l'odeur sucrée, aux doigts de lumière crue

qui éventrent le ciel d'une joie impudique

et je m’assois enfin sous la tonnelle

où tu m'attends avec le chien

votre peau tiède sent les collines

il me semble que je reviens de loin

j'ai dû courir, j'ai un point de côté.

Les poètes, ça meurt debout,
avec un dernier vers entre les dents,
un ultime juron contre l’oubli
et tout l’amour qui n’a pas servi.

Un jour peut-être, je deviendrai l’odeur qui persiste après l’extinction des feux,

ni discrète, ni flamboyante.
Juste présente.

Comme un couteau planté dans la terre, qui rouille en souriant.

Ne vous y trompez pas : je pleure en marchant

(joailes -) 25 mai 2025 à 23h 40

Posté(e)

Whaou !!!

Ce jet !

Cette encre qui balaie tout sur son passage !

Ce n'est pas une ode, c'est une saga !

Faut-il que je dise que j'aime ?

Posté(e)
  • Auteur
il y a 3 minutes, Errances a écrit :

Faut-il que je dise que j'aime ?

Non, juste continuez d'errer ... nous sommes chacun sur notre chemin, et parfois on se rencontre ...

Posté(e)

C'est libre, sauvage, riche en images puissantes, une voix à vif qui habite chaque mot. La fin est magistrale.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Oui, marchons toujours @Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des poèmes somptueux @Joailes , @Errances la bien nommée, et l’on voudrait marcher sur vos traces.

Il y a 8 heures, Joailes a écrit :

avec un dernier vers entre les dents,
un ultime juron contre l’oubli
et tout l’amour qui n’a pas servi

Modifié par Jeep

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un touchant poème sous le soleil de la mélancolie, confidence d'une marcheuse au coeur empli de solitude !

Posté(e)
Il y a 9 heures, Joailes a écrit :

Non, juste continuez d'errer ... nous sommes chacun sur notre chemin, et parfois on se rencontre ...

Je suis allé jusqu'à Jupit'errer, alors sur Terre, errer...

😉

je connais du chemin l'ârome

cette pluie inattendue

qui réveille la nature endormie

l'herbe coupée sur les bordures

les sèves les fleurs qui rivalisent

pour le chaland butineur

le chemin perdu tard

quand le blanc manteau

commence son travail

et que ton seul repère est le temps

qu'il te reste pour l'abri qui t'attend

je connais aussi les chemins d'eau

les salés aussi où tu dois sous la vague

plonger parce qu'il n'y a pas de sinon

et ces torrents de montagne

qui lavent jusqu'à l'âme

celui de la lumière

par deux fois déjà

qui t'apprend la piété

la petitesse face aux étoiles si nombreuses

et vivre devient un incroyable rire

zélé vivant ému sensible

comme le chemin qui s'offre

plus encore à cette errance

de papier de soie et de braises

et de cette eau qui nourrit

comme un miel pur

chacune de tes cellules

pour que vivre

soit pavé de mots

jusqu'à naître

plus qu'amour

20250526

J'ai achevé cette poésie en dormant debout 😅

Posté(e)

Je trouve @Joailes que tu écris de mieux en mieux...

Je ne peux pas mieux dire .

Posté(e)

Un poème de toute beauté.

Posté(e)
  • Administrateur

Magnifique... 😍

On est face à un poème d'une grande intensité émotionnelle où la mélancolie se mêle à une forme de beauté brute pour un voyage intérieur d'une authenticité bouleversante. Un texte qui touche et accompagne.

Posté(e)

As- tu essayé de marcher en écrivant ?

Ca doit être plus sportif 😉

Posté(e)

Sublissime !

Posté(e)

Tout simplement du grand art !

Posté(e)

@Joailes

Depuis que j'ai mes deux genoux en titane, je poétise à nouveau en marchant ! Au top !

Posté(e)
Le 25/05/2025 à 23:40, Joailes a écrit :

«Les seules pensées valables viennent en marchant » écrivait Nietzsche.

Comme bien des philosophes, le penseur de Weimar a souligné les vertus de la marche qui libère l’esprit alors que la posture assise, selon lui, est une faute contre l’esprit.

Au point de condamner Flaubert et son idéal sédentaire (« On ne peut penser et écrire qu’assis »), et de se rallier à l’idéal rousseauiste de la marche qui « met l’esprit en mouvement ».

Ils sont nombreux à s’y être essayés, des surréalistes qui tentèrent d’écrire en marchant, jusqu’à Jean Giono qui recommandait cet exercice comme forme d’hygiène de pensée.

Bien avant eux, rappelons-nous qu’Aristote enseignait en déambulant, ce qui valut à son École le qualificatif de péripatéticienne (l’école des promeneurs).


Je suis l'erratique, l'âme perdue

l’aporétique, la rêveuse captive

fille du soleil et des ombres

je songe sur les chemins où fleurit le genêt

promenant ma mélancolie

comme on promène son chien

sans collier ni muselière

je m'offre volontiers aux orages soudains

et hurle avec le vent au creux des falaises

j'oublie l'hier et n'attends plus demain

comme un vieux loup de mer

je bois du silence et du sirop de solitude

j'aime les saisons de toutes les couleurs

le réséda, le soleil, les climats rudes,

la musique du temps delà les pendules

les cyprès, les pins, le parfum d'océan

j'ai un mouchoir froissé au fond de ma poche

j’y trouve l’odeur des paupières closes,
quand on presse ses poings contre ses yeux
et que jaillissent des constellations de genêts

à l'odeur sucrée, aux doigts de lumière crue

qui éventrent le ciel d'une joie impudique

et je m’assois enfin sous la tonnelle

où tu m'attends avec le chien

votre peau tiède sent les collines

il me semble que je reviens de loin

j'ai dû courir, j'ai un point de côté.

Les poètes, ça meurt debout,
avec un dernier vers entre les dents,
un ultime juron contre l’oubli
et tout l’amour qui n’a pas servi.

Un jour peut-être, je deviendrai l’odeur qui persiste après l’extinction des feux,

ni discrète, ni flamboyante.
Juste présente.

Comme un couteau planté dans la terre, qui rouille en souriant.

Ne vous y trompez pas : je pleure en marchant

(joailes -) 25 mai 2025 à 23h 40

Bravissimo 🙌😌 ce poème je le mets dans ma poche et je le relirai en marchant 😉💫

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Très forts, très beaux, très touchants, ces vers nés de la marche, à commencer par celle, forcée, de la vie.

(Cela me rappelle mes pérégrinations dominicales dans le Vexin: j'en revenais toujours avec une ébauche de poème.)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des mots, des métaphores si intenses... @Joailes L'émotion est si grande en lisant tes vers.

Posté(e)
  • Auteur
  • 6 mois plus tard...
Posté(e)
Le 25/05/2025 à 23:40, Joailes a écrit :

Les poètes, ça meurt debout,
avec un dernier vers entre les dents,
un ultime juron contre l’oubli
et tout l’amour qui n’a pas servi.

Un poème bohème qui se termine en poème combattant, comme un résistant des années noires : mourir debout, le couteau entre les dents cède sa place au vers, le juron pour se donner du courage avant l'assaut et l'amour en soi qui déborde encore pour les uns ou les autres.

Cette promenade nous mène plus loin qu'il n'y paraît...

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