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Le cabinet de curiosités d’Adrien Duval

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Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le cabinet de curiosités d’Adrien Duval

 

La salle d’attente du Dr Duval ne désemplissait pas. Ce chirurgien renommé avait fait fortune dans le domaine esthétique. Il réparait les visages abimés ou amendait les mentons disgracieux comme nul autre de ses confrères. De la même façon, les membres boudinés n’échappaient pas à son scalpel d’artiste. Ses patients de la clinique des Cèdres ne tarissaient pas d’éloges sur son compte et sa clientèle, aussi fidèle que fortunée, ne cessait de s’agrandir. Sa fortune augmentait en conséquence. Elle se comptait par millions d’euros.

Il faut dire qu’Adrien Duval avait une excellente réputation, non seulement dans le domaine professionnel où il excellait, mais aussi dans la vie de tous les jours, chose non négligeable lorsque l’on est ambitieux. Membre du conseil d’administration du club sportif de Saint-Cloud, en banlieue parisienne, où il résidait, Président de la Société des Amis de Gaston Larident, société savante bien connue localement, animateur bénévole de la confrérie des Anciens de son département, les Hauts-de-Seine, le digne scientifique était une célébrité locale. Il avait su se faire nombre d’alliés et d’admirateurs, à défaut d’amis.

Le docteur Duval possédait par ailleurs un ravissant hôtel particulier, sis dans un parc privé magnifique. Ses trois enfants et son épouse y habitaient avec lui depuis plusieurs années. Outre ses deux voitures de sport auxquelles il était très attaché, il aimait à passer des heures, bien souvent la nuit, dans une pièce privée de sa demeure, un cabinet de curiosités formellement interdit à ses enfants et à son épouse, de même qu’au personnel de ménage chargé de l’entretien du manoir. C’était son domaine à lui, il entendait qu’il soit respecté. Comme, sous son amabilité, se devinait une poigne de fer, sa famille lui obéissait sans mot dire, et cela, depuis toujours.

La majeure partie de la vie du respectable chirurgien se déroulait naturellement à la clinique des Cèdres où il exerçait, clinique de renom qui accueillait de nombreuses célébrités du spectacle et de la politique. Il se réservait un moment de solitude avec ses opérés après chaque intervention, pour vérifier dans le calme, disait-il, que tout se passait bien. Chacun respectait ses habitudes. Il faisait en fait la fortune de la clinique à laquelle il était rattaché. Nul n’aurait osé contester le modus operandi du célèbre praticien. Il rentrait chez lui après ses opérations, sa sacoche de cuir sous le bras, non sans avoir échangé un mot aimable avec ses assistantes, qu’il remerciait chaleureusement en partant.

Ses patients, sa famille, ses collègues, ses voisins et relations, tous auraient été bien surpris d’assister à l’étrange rituel auquel il se livrait régulièrement, chaque fois qu’il revenait de la salle d’opération. Il s’enfermait dans son cabinet de curiosités et rangeait soigneusement ses instruments de chirurgie, un à un. Parmi eux, un scalpel à tête de mort tout à fait fascinant. Bien souvent, il extrayait par la même occasion de sa sacoche de médecin un fragment corporel sanglant enveloppé dans un emballage plastique. Il le plongeait aussitôt dans une cuvette de liquide brillant. Il se lavait ensuite soigneusement les mains, en insistant sur les ongles, et rejoignait ses proches à l’étage en-dessous pour passer la soirée en leur compagnie.

Après ses soirées en famille, agréables et détendues, le docteur Adrien Duval abandonnait son épouse, dormant dans le lit conjugal, et rejoignait son cabinet de curiosités. Là, il finissait de s’occuper du fragment humain prélevé en toute discrétion lors de sa dernière opération. Ni vu, ni connu… Chose faite, il s’asseyait dans un grand fauteuil en cuir au centre de son cabinet et, levant la tête, contemplait pendant de longues heures ce qu’il faut bien appeler par leur nom : ses trophées. Rein, fragment de foie, poumon, glande thyroïde, muscle de bras ou de jambe, lobe cervical, fessier, parties génitales internes… Les organes dérobés en cachette à leurs propriétaires humains ne se comptaient plus.

Le docteur Adrien Duval allumait un havane et dans la fumée dansante qui s’élevait au plafond, se réjouissait de contempler, tout en restant blotti dans la semi-obscurité de son repaire confortable, les fruits de ses larcins suspendus au-dessus de sa tête. Ils se balançaient doucement au gré des courants d’air. Ces différents prélèvements avaient été préservés avec soin, conservés à l’abri des regards, littéralement vitrifiés en vue de leur seconde vie dans son cabinet de curiosités. Le chirurgien se servait parfois un cognac et le dégustait voluptueusement, assis dans son fauteuil profond, au comble du bonheur, et contemplait longuement sa collection anatomique.

Mutilator, le nouveau Terminator. C’était ainsi qu’il se surnommait lui-même en plaisantant tandis qu’il rejoignait son poste à la clinique des Cèdres, chaque matin, au volant de sa Lamborghini. Il se savait le roi de la découpe clandestine et en était fier. Ce surnom qu’il s’était donné le faisait rire chaque fois qu’il le prononçait dans sa barbe. Il se voyait comme le héros de sa propre histoire, haute en couleurs, sosie de Barbe Bleue ou d’Ivan le Terrible. Il se gardait bien, naturellement, de révéler à quiconque ses préférences personnelles et ses hobbies nocturnes.

Comment les activités criminelles de ce dangereux chirurgien furent-elles révélées ? Quel est l’élément dans la mécanique bien huilée de la vie du bon docteur qui entraîna la fin de son petit trafic ? Le pot aux roses fut dévoilé lorsque le médecin pervers décéda brutalement à cinquante-six ans d’un AVC fatal. Il tomba de tout son long dans son garage un matin de printemps pour ne plus se relever. Sa veuve explora enfin le cabinet de curiosités morbides et un journaliste avisé se hâta de lui faire avouer tout ce qu’elle avait, horrifiée, confié à la police. Évidemment, les actions en justice diverses et les poursuites éventuelles ne virent pas le jour du fait de la mort du responsable supposé.

Lorsque l’affaire Docteur Adrien Duval éclata au grand jour et se répandit dans la Presse locale et nationale, les nombreuses victimes survivantes du chirurgien criminel se hâtèrent de se faire soigner par un autre médecin, en croisant les doigts, sans aucun doute. Pour certaines, il était déjà trop tard : les mutilations qu’elles avaient subies sous le scalpel du monstre médical leur furent fatales. Elles périrent rapidement avec la satisfaction morose de connaître à l’avance la cause de leur décès annoncé. La famille du médecin se hâta se vendre le manoir maudit et quitta la région aussitôt. La clinique des Cèdres continua de faire de bonnes affaires avec d’autres praticiens dévoués, comme si de rien n’était.

 

FIN

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Inutile de dire que cette histoire de chirurgien pervers, qui évoque un peu celle de Le Scouarnec, et qui donne une image désastreuse de la profession que j’ai exercée, traduisant bien les fantasmes de sentiment de toute puissance qu’elle suscite, ne m’a pas totalement emballé.

Posté(e)

Entre esthétique et éthique, il n'y a qu'un cabinet : une odeur de chiottes bouchés. Mais le sens de l'humour, fusse-t-il noir, l'emporte. Et la fiction de ce texte (j'imagine) n'est rien à côté de certaines réalités.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci d'avoir découvert avec moi l'antre de cet avatar contemporain du Docteur Jekyll (alias Mister Hyde) !

La cruauté humaine est sans limite et les contes d'horreur rivalisent difficilement avec cette réalité...

(´;︵;`)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'avoue en tremblant que cette histoire n'est que trop réaliste, comme en écho à de fameuses affaires qui ne doivent pas occulter l'honnêteté générale des praticiens. Au fond, la première des curiosités de ce cabinet, c'est son propriétaire.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Ne tremble pas, Thy Jeanin, c'est une fiction ! Le docteur Jekyll n'existe pas !

.|•͡˘‿•͡˘|.

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