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RER

Featured Replies

Posté(e)

Je ne sens plus les conquêtes de l'aube pâle

Mais les restes épuisés de la vie nocturne

Et fuyant par les rues, les tours et les halles,

Des galopins échappés réclament la Une

Où le rêveur sur le bandeau ressassé

Dévisage le passant d'un air lessivé


Il faut partir, sac de cuir qui pue la basane

Et sentir des rues vides la glauque membrane,

Larbin altéré en un manteau vétilleux

Je fuis le soleil dans les antres périlleux.

Cette catabase sinistre à Saint-Lazare

Où les cravates, les ombres, les gens fourmillent

Et mangés par les trains aux museaux-tamanoir,

Rêvent leur malheur dans le ventre des chenilles.


Le serpent sonne pour cerner les espaces

Et roule son métal sur les parallèles

Destinées, séparant le trimard de sa trace

Et le terrestre forçat de ses ailes.


Une brume fatiguée crayonne le ciel

- La feuille pâle et froissée des urbanités mortes -

Elle expire et se joint aux vapeurs des eaux-fortes

Qu'un clochard épuisé vient verser sur son fiel.


Dans ces banlieues exilées l'étoile n'entend

Les plaintes et les larmes versées de l'orient,

Et dans ce désert où les cœurs s'abolissent

La promesse assoupie se nourrit d'artifice

En projetant sur les cités phosphorescentes

La couleur reprise aux lanternes obsédantes ;

Rappel d'un déchu soleil au mourant solstice.


Le train s'arrête enfin dans une gare blême,

Un voyageur endormi ouvre la paupière,

Cherche dans la bruine les traces d'un poème

Et reprend comme en rêve une ancienne prière

De terre, de sang, embarrassée de silence,

Qu'elle brise en claquant sur un chapelet noir,

Et chaque perle en évoquant la présence

De Dieu, rappelle un peu le précieux territoire.


L'oubli lépreux des allées grises,

La matière d'une mémoire

Morte s'évanouit dans la brise

Fondue de défuntes histoires


Et nous roulons dans le néant

Songeur, écorché de paroles

Greffées, tissant les auréoles

De couleur des muets forbans.


Les murs peints des scribes nocturnes

Exhibent leurs plaies taciturnes

Et le sang chaud des graffiti

Donne naissance aux dynasties

Inconnues des quartiers lointains,

Aux familles d'encre et d'exil,

Derrière la vitre sans tain

Pâle du mépris en civil.


Posté(e)
  • Semeur d’échos

On se laisse prendre par cette litanie de la gare où le lépreux côtoie le sordide, la désespérance les espaces blêmes et les murs couverts de graffiti.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un beau poème du mal-être dans un univers marqué par la chute et la désespérance !

Posté(e)

C'est incroyable de trouvailles, d'images singulières, de suggestions visuelles et olfactives : je suis très fan de votre style très immersif !!!

Modifié par Lina

  • Le titre a été modifié en RER
Posté(e)
  • Administrateur

Un poème dense et mélancolique qui s’inscrit dans une veine urbaine et désenchantée qui ne peut que me séduire. Les images sont puissantes voir écrasantes. L’ensemble me parait évoquer une dérive existentielle à travers le RER, métaphore d’un monde déshumanisé.

Posté(e)
  • Auteur

Merci beaucoup pour vos retours! Je vais m'atteler à la suite.

Posté(e)

Excellent texte à tous points de vues.

Traduisant et exprimant un mal-être, un état général de déception, des espoirs et un désenchantement évidents

Il ne faut pas ( facile à dire ) se forger les opinions selon les lieux où sont regroupés les plus mal lotis....

Posté(e)
  • Auteur
il y a 38 minutes, Diane a écrit :

Excellent texte à tous points de vues.

Traduisant et exprimant un mal-être, un état général de déception, des espoirs et un désenchantement évidents

Il ne faut pas ( facile à dire ) se forger les opinions selon les lieux où sont regroupés les plus mal lotis....

Vous avez tout à fait raison! Justement, ce texte cherche aussi à rendre hommage aux exilé. Je vais travailler davantage car je ne voudrais pas que cela passe pour du mépris. Merci pour votre commentaire !

Posté(e)

Vous avez su créer une atmosphère : j'aime beaucoup votre poème, @Malfilatre .

Il nous entraîne dans une sorte de périple, qui a des accents de Baudelaire pour son mélange de spiritualité et de spleen : le thème a un sens caché qui rappelle "la vie antérieure" et "le voyage" ; ainsi que de Saint-John Perse, si l'on considère l'aspect sacré dans une langue ample et fragmentée "Exil" et "Amers".

Posté(e)

Un poème qui pourrait rappeler l'errance d'Apollinaire dans Alcools ou les poèmes de Valery Larbaud. Destin triste,désabusé...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Désabusé peut-être, mais aussi un appel à approfondir la quête du sens…

Posté(e)

Un long tunnel d'ombres qui suintent et de lumière sale, où l’humain se débat contre l’oubli et l’écrasement. Un tableau en mouvement dense et puissamment évocateur, peint de lambeaux de bitume et de fatigue urbaine.

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