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Accents poétiques

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Mort de bonheur

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          C’était la marotte de la Philharmonie.

 

          Vieil homme que chaque concert rajeunissait, il en vint à n’en manquer plus un !

 

          Entré dans ces vastes locaux avec sa canne, chancelant sous le poids des ans, il la suspendait, en repartant, sur les épaules, frais et ragaillardi.

 

          Comme quittant, provisoirement, un séjour en pays de jouvence.

 

          « La musique lui fait ce bien ! » disaient les musiciens. Ils l’avaient en quelque sorte adopté, ravis de son assiduité.

 

          C’était sans doute un effet de son bonheur : contempler le ou la chef(fe) et les instrumentistes redonner naissance à la pâte sonore d’un chef-d’œuvre de la Beauté indéfiniment renouvelée !

 

          Et l’ambiance, l’efficacité, le confort ! Mieux que l’Epahd, pour sûr.

 

          Et la somme de ces gens, communiant dans le même enthousiasme, la même émotion, le même plaisir ! Rien de mieux que la musique pour garantir l’ocytocine qui permet de survivre, dans ce monde cruel.

 

          Evidemment, il y a aussi le musée. Mais c’est plus exigu et les gens parlent. Et les soirs d’été devant un crépuscule serein, ce n’est pas souvent. Rester sur un banc dans un quartier où le patrimoine abonde, oui, mais les flics finissent par vous voir. Et puis, tant qu’à se traîner, plutôt rester avec la musique, la musique, la musique !

 

          La Philharmonie a beau être une architecture immense et pleine de recoins, on finit par avoir un doute : se cachait-il pour y dormir ? On voulut le pister. Et puis un Directeur fermant les yeux sur ce cas (l’homme était propre, sympathique, pourquoi se poser des questions ?), on oublia ce vieillard handicapé à la conversation pleine de sel et d’érudition. Un sage. Laissons-le tranquille dans la salle tant qu’elle est ouverte. On avait fait passer le mot : lui laisser tout son temps. Lui ne bougeait pas, semblait n’avoir aucun compte à rendre au temps qui passe, plongé dans des rêveries infinies, voyageant, peut-être, sur les ailes d’Euterpe, sur les traces des musiciens partis qui à Berlin, qui à Toronto, à Tokyo, Vienne ou Londres…

 

          Le petit personnel n’y prenait plus garde. Il était si discret, si charmant.

 

          On le saluait quand on le croisait, assis sur un siège de l’auditorium ou quelque part dans un couloir d’accès.

 

          Il comprenait la faveur qu’on lui faisait et murmurait : « Oh ! merci ! Car c’est ici, vous comprenez ? C’est ici… » Qu’est-ce qu’il voulait dire ? Nul ne s’en préoccupa.

 

          Puis on s’inquiéta, tout de même. Il était toujours, quand les ultimes échos du finale avaient retenti, le dernier à quitter la salle… Mais, sortait-il au moins ? Restait-il enfermé, tout seul, dans le noir ?

 

          Depuis tant de temps qu’il était présent tous les soirs, toujours à la même place, il se confondait avec son siège !

 

          Un soir, ce fut décidé. La consigne était de le surveiller, de l’aider aimablement à se lever et à sortir. Le mot fut donné aux vigiles : guettez pour voir s’il sort, comme autrefois, ragaillardi.

 

          Durant le concert, il ne bougea pas. Dans la même attitude que tous les soirs, mais pas un battement de cil. La salle vide, on s’approcha : le concert avait ce sempiternel effet sur lui : il souriait de bonheur, comme un bébé.

 

          Mais cette fois, il avait les yeux clos.

 

          Encore transporté de joie dans un monde béni, bâti par les sons, incarnés par les musiciens et musiciennes, oui, il s’était retiré au paradis musical.

 

          Mort de bonheur.

Posté(e)

C'est un beau roman, c'est une belle histoire ... il a dû mourir en souriant d'extase.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Mourir en musique, sur un édredon de notes, accompagné par la ritournelle de la fin, c'est un sort enviable !

Posté(e)

Ce joli conte me fait penser à une histoire moins romantique mais vraie celle -ci :

la mort de Françoise Giroud, férue de musique et d'opéra, suite à une chute

dans l'escalier de l'Opéra-Comique .. elle ne s'est pas réveillée.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Aimer l’harmonie à en mourir. Un beau final !

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