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Accents poétiques

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Panne des sens [Deuxième partie]

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Panne des sens

Deuxième partie 

Il ne reconnaissait pas ce bourdonnement bizarre, cela montait et descendait comme une vague. Finalement, une voix, constituée de plusieurs autres (on aurait dit un chœur étrange), l’apostropha en ces termes :

- Hé, toi, l’humain ! C’est l’heure du petit-déjeuner ! Nous avons faim !

De qui, ou de quoi, s’agissait-il ? Paul répondit d'une voix lasse :

- Je suis épuisé, je n’ai pas dormi de la nuit ! Et j’ignore totalement à qui je m’adresse ! Qui êtes-vous ?

- Nous sommes tes dents, voyons ! Les yeux nous ont réveillé ! Allez, au travail, fais chauffer le café !

Ce dernier mot fut noyé dans une foule de protestations. Il y avait les molaires fans du chocolat, les incisives groupies du thé et les canines afficionadas du verre de lait. Ces dames « les dents » n’étaient pas d’accord entre elles. Quant à voter, il n’en était pas question dans ce brouhaha. Surtout quand les prémolaires voulurent dire leur mot. Que de clameurs et de confusion dans la tête de Paul ! Le jeune homme crut réellement devenir fou, fou de rage et de peur.

Il hurla que cela suffisait, qu’il ne voulait plus rien entendre. À quoi devrait-il s’attendre à présent ? À des oreilles mélomanes (ou pas) ? À un sens du toucher aimant le doux, ou plutôt le rugueux ? Mais ses adversaires étaient coriaces. Les dents parurent un instant impressionnées et se turent, mais les yeux revinrent à la charge. Ils avaient conservé leur accent germanique.

- Et que vas-tu faire, gros malin, si nous ne t’obéissons pas ?

- Vous allez voir (c’était le cas de le dire) !

Le jeune homme s’habilla prestement. Puis il se rua vers la porte d’entrée et dévala les escaliers de son immeuble en trombe. Il passa le porche et se dirigea vers la station de Métro la plus proche. Monté dans la première rame qui se présenta, il n’attendit pas longtemps et parvint rapidement à destination. Ses yeux et ses dents restaient parfaitement silencieux. Ils devaient l’observer. Il acheta un billet auprès de l’employé et parvint par l’ascenseur de la Dame de fer jusqu’à la plateforme du deuxième étage.

Paul s’accouda alors à la balustrade et contempla les toits de Paris un instant. Mais il n’en avait pas terminé avec son projet. Il fallait aller jusqu’au bout. Il vérifia qu’aucun gardien n’était dans les parages. Il se faufila ensuite sous le grillage, sauta la barrière de sécurité et se retrouva à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du vide. Il surplombait les jardins du Champ de Mars. Il vacilla. En équilibre instable, il était juché sur une petite avancée métallique d’une dizaine de centimètres. Un pas en avant et c’en était fini de Paul et de ses encombrants « amis intérieurs ».

C’est dans cette position inconfortable que le jeune homme apostropha son corps.

- Vous avez compris, maintenant, les sens ? Soit vous vous taisez à jamais, soit je saute. Et je ne plaisante pas. J’en ai plus qu’assez de vos interventions. Vous me faites vivre un enfer.

Ce fut un chœur unanime dans sa tête pour le presser de quitter son dangereux perchoir. On lui promettait tout ce qu’il voulait mais qu’il descende au plus vite de la Tour Eiffel et retrouve le plancher des vaches ! Il avait dû se montrer convaincant. Un silence absolu se fit très vite, et dura. Paul pensa qu’il avait gain de cause et regagna son domicile. Il sombra aussitôt dans un profond sommeil.

Le garçon avait raison, il ne fut plus jamais dérangé par une quelconque partie de son corps. Tout le monde observa un silence prudent. Il put reprendre sans problème sa vie d’avant. Il retrouva avec plaisir ses mauvaises habitudes et ses goûts un peu enfantins en matière de littérature. Les censeurs et les perturbateurs de tout poil avaient disparu. Il resta toutefois longtemps effrayé par l’aventure étrange qu’il avait vécue et, davantage encore, par sa visite éprouvante de la Tour Eiffel...

 

FIN

 

 

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Où la somme des éléments reprend le dessus, donc l'individu redevient possible.

Je me demande ce que les Drs. Charcot et Freud en penseraient...

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)

Le pauvre gars avait-il fumé un morceau de moquette après être tombé en panne ..? Et il venait d'écouter une vieille chanson de Sylvie Vartan ?

Doum-pi-toum, pi-toum, pi-toum (la li ha, li ha li ho)
Doum-pi-toum, pi-toum, pi-toum (la li ha, li ha li ho)
Doum-pi-toum, pi-toum, pi-toum (la li ha, li ha li ho)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je me demande si le chantage au suicide pourrait fonctionner si d’autres organes se mettaient à débloquer. Ce serait trop beau !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à tous !

Il faudrait essayer, Jeep !

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)

Nouvelle abracadabrantesque au point qu'il ne faut probablement pas y cherche de signification, sinon que notre corps, sans nous parler, d'une certaine manière, se manifeste parfois douloureusement, mais là, nul marchandage n'y peut rien.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Un grand merci pour ce délicieux commentaire, Ferrandeix !

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