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La vie très mouvementée de Joseph Syron

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La vie très mouvementée de Joseph Syron

 

Je croisai dans l’escalier en fin de matinée mon voisin, Joseph Syron, un vieil homme charmant, plutôt original, le fils de Salvador Dali et d’Eugène Ionesco, en quelque sorte, ou d’un hurluberlu et d’un myrmidon, si vous préférez. Il revenait de la boulangerie, sa baguette sous le bras, j’allais à la pharmacie, des cernes sous les yeux.

La conversation commença sous les meilleurs auspices :

- Bonjour, cher ami, comment allez-vous ?

- Bonjour de même, très chère amie. Commet je vais ? Couci-couça, pourrait-on dire.

- Vraiment ? Que vous arrive-t-il ?

- Eh bien, j’ai perdu ma femme.

- Oh ! C’est vraiment terrible ! Toutes mes condoléances ! J’ignorais que vous étiez marié…

- Vous êtes excusable, naturellement. Mais ne soyez pas désolée.

- ?

- Je l’ai retrouvée.

- Voilà une excellente nouvelle ! Un trou de mémoire, sans doute ?

Je souris finement.

- Pas du tout. Un trou dans ma poche.

- ?

- Oui, je l’avais glissée dans ma poche comme à l’accoutumée lors de nos promenades, mais du fait d’un trou dans celle-ci, elle a filé je ne sais où.

- Quoi ? « Glissée dans votre poche » ?

- Oui, c’est une personne de petite taille. De très petite taille. Pas plus grande qu’une souris. Vous connaissez la chanson ?

Il se lança derechef dans quelques couplets de la chanson populaire d’antan, chantant à pleine voix dans la cage d’escalier :

 

« Mon père m'a donné un mari,
Mon Dieu, quel homme, quel petit homme !
Mon père m'a donné un mari,
Mon Dieu, quel homme, qu'il est petit !

(…) Je l'ai perdu dans mon grand lit,
Mon Dieu, quel homme, quel petit homme !
Je l'ai perdu dans mon grand lit,
Mon Dieu, quel homme, qu'il est petit !

(…) Le chat l'a pris pour une souris,
Mon Dieu, quel homme, quel petit homme !
Le chat l'a pris pour une souris,
Mon Dieu, quel homme, qu'il est petit…
 »

 

Je le regardai un peu de travers. Se payait-il ma tête ? Il poursuivit, imperturbable dans son imperméable jaune paille :

- En fin de compte, la Police Municipale l’a ramenée chez nous. Un promeneur l’avait trouvée sur le trottoir et déposée au Poste de Police, Bureau des objets trouvés, indemne mais choquée. Bon, j’étais heureux de la retrouver, certes, mais d’un autre côté, je la trouve un peu trop grande pour moi. Notre couple est déséquilibré, en fait.

J’étais stupéfaite. Se moquait-il à nouveau de moi ? J’étais tentée de lui lancer, les poings sur les hanches et la face rougeoyante : « Et la prochaine fois, vous épouserez une puce ? ».

Je décidai sagement, plutôt que de prendre la mouche (au vol), ou la puce (par la patte), de changer de sujet rapidement :

- Et les plantations sur votre balcon ? Elles poussent bien ? C’est le printemps à présent, elles doivent s’en donner à cœur joie !

- Vous l’avez dit, un plaisir. Avec la rosée de ce matin, mes fleurs étaient recouvertes de perles fines.

- Quelle jolie métaphore ! Vous êtes un vrai poète !

- Ce n’est pas une métaphore, plutôt une « métaflore ». Cela dit, je ne les ai pas gardées, je reviens de La Poste. Là, j’ai pu toutes les expédier en Colissimo à mon beau-frère, dans le Loir-et-Cher.

- Il est joaillier ?

Je souris, finaude, pensant le battre sur son propre terrain.

- Pas du tout. Il est éleveur de porcs.

- ?

- Vous en restez coite ? Cela m’étonne de vous, chère amie, vous, digne professeure de Lettres retraitée.

- Il ne faut s’étonner de rien, cher ami, tout arrive, surtout le pire ! Mais vraiment, cette fois-ci, je ne vous suis pas.

- Je pensais que c’était l’évidence même. Ne dit-on pas « jeter des perles aux cochons » ? C’est ce que j’ai voulu faire. Je suis l’ami des bêtes, comme vous le savez.

Il me regardait fixement derrière ses grosses lunettes en prononçant cette dernière phrase. Je décidai de briser là cette conversation qui risquait de s’engager sur des sentiers tortueux.

- Bon, eh bien, j’ai été ravie de discuter avec vous ! Bonne journée à vous et votre épouse !

- Je transmettrai ! Bonne journée à vous de même, très chère amie !

 

FIN

Posté(e)

Une histoire amusante qui m'a remis en mémoire une comptine (auteur Henri Dès, je crois) qui m'a rajeunie d'un siècle !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup, @Joailes, pour cette lecture !

J'avais moi-même fait des recherches sur cette chanson amusante qui semble bien ancienne !

Un lien éclairant (entre autres) :

https://debretagneensaintonge.eklablog.fr/mon-pere-m-a-donne-un-mari-a126818668

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un dialogue absurde à rapprocher également des « Ça va ? » de Jean-Claude Grumberg.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci, Jeep, pour cette visite !

"Variété, c'est ma devise", disait le sage Voltaire !

Qu'y a-t-il de plus navrant que de savoir déjà ce qui vous attend en commençant (courageusement) la lecture d'un auteur ?

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Cette chanson faisait partie de mes écoutes enfantines.

Donc, il est des hurluberlus qu'il vaut mieux s'abstenir de croiser, sauf pour jouer au plus fin. Une histoire qui fait rêver: voilà qui sort des conversations usées jusqu'à la corde.

Cet homme n'est d'ailleurs pas si fou: j'ai retrouvé moi-même un jour ma femme, et garée... En épi. Cela a fini chez le coiffeur...

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thy Jeanin pour cette visite et ce bon mot !

( ͡° ͜ ͡°)

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