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A la bibliothèque

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Posté(e)

Jules, mon sauveur  (tome 1) 

 

Dans une bibliothèque poussiéreuse, au fond d’une pièce peu fréquentée et sombre, trônait une étagère bancale nommée Éthel, supportant huit étages.

Éthel avait vu passer des décennies de livres, des romans d’amour aux encyclopédies poussiéreuses, des vieux grimoires , des manuels pour les nuls -comment fabriquer une baignoire quand on n'est pas plombier ? Comment occuper ses journées quand on est vieux et mal aimé ? - Apprendre à planter du blé  en six leçons sans débourser un denier ?

J'en passe et des meilleures, la liste ferait à elle seule un texte pour une plume errante qui aime les figures de style comme celles de Prévert.

 

J'abrège. (si, si, je vous assure).

 

Éthel avait été réparée maintes fois, elle portait trop de poids et finalement, on l'avait laissée boiteuse quand on lui imposa un lot d'encyclopédies détrônées par un certain Gogol.

Quatre vingt-dix volumes de savoir en cuir relié échouèrent un soir sur son dos fatigué.

« C’est pas facile d’être une étagère quand on penche tout le temps , soupirait-elle souvent, à part elle.

Sur son huitième rayon, tout en haut, vivait un vieux livre nommé Jules.

Jules était un roman d’aventures du dix-neuvième siècle, avec une couverture en cuir râpée comme le pardessus du père d'un chanteur, et des pages jaunies.

Il avait autrefois été le héros de la bibliothèque, mais maintenant, il passait ses journées à se lamenter et à éternuer.

Personne ne me lit plus !

Je suis coincé ici, entre un guide de crochet et un annuaire téléphonique des années dix-huit-cent quatre-vingt trois. Quelle indignité ! 

Un jour, alors que la bibliothèque était plongée dans un silence pesant, Jules décida qu’il en avait assez.

 Éthel !  cria-t-il, il faut que tu fasses quelque chose ! Je veux descendre de ce rayon, voir du monde, vivre une nouvelle aventure ! 

Éthel, habituellement calme et résignée, leva un sourcil (enfin, une de ses planches).

Jules, mon cher, tu sais bien que je ne peux pas bouger.

Je ne suis qu'une étagère qui porte d'autres étagères, et je penche, c’est tout ce que je fais. 

Mais Jules était têtu.

Alors je vais sauter ! dit-il.

Et avant qu’Éthel ne puisse le retenir, il se pencha au bord du rayon et atterrit par terre dans un nuage de poussière.

Le bruit réveilla monsieur Nuiteux, le hibou empaillé qui surveillait la bibliothèque depuis des lustres.

Qui fait tout ce bruit, ici ?  bouboula-t-il, peu habitué aux éclats de voix, en allumant ses yeux jaunes pour éclairer la pièce.

Jules, un peu sonné, se releva et se mit à marcher (enfin, plutôt à feuilleter) vers l’allée principale.

En chemin, il croisa Pépita, une lampe de lecture à abat-jour rose qui s'adorait elle-même.  Oh, Jules ! s’exclama-t-elle, toujours prête à déployer ses charmes étriqués,

tu as enfin décidé de te dégourdir les pages ? 

 Oui, Pépita, je veux revivre ! répondit Jules, (le livre, vous suivez ?), avec détermination et passant outre le faux regard de la loupiote qui se prenait pour une lampe.

Il la chapitra :

 Je vais trouver un lecteur, même si je dois traverser toute la bibliothèque ! 

Tu ne m'impressionnes pas, petite prétentieuse !


 

Jules évita de justesse madame Trucmuche, la femme de ménage qui faisait régner la terreur avec son plumeau en plumes d'autruches et son pschitt-pschitt aux senteurs riches ; il faillit être écrasé par Kady, le chariot de livres qui zigzaguait sans prévenir dans les allées.

Finalement, il arriva dans la section jeunesse, où les livres colorés et bruyants lui firent battre le cœur.

 Hé, le vieux , tu t'es perdu ?   lança en ricanant un album de bande dessinée.

Jules, vexé, allait répondre quand soudain, il vit Perce-Neige, une petite fille assise par terre, en train de feuilleter un livre d’images.

Elle avait l’air triste.

Jules sentit son cœur (enfin, sa reliure) fondre.

 Je peux t’aider, petite ? demanda-t-il timidement.

Perce-Neige leva les yeux et sourit.

Tu as l’air intéressant, toi. Tu racontes quoi ? 

Jules gonfla sa couverture avec fierté.

Je raconte l’histoire d’un pirate qui traverse les mers pour retrouver son trésor perdu.

Il y a des tempêtes, des îles mystérieuses, et même un perroquet qui parle ! 

Perce-Neige, fascinée, prit Jules dans ses mains.

Je veux lire ton histoire ! 

Éthel sourit en voyant Jules partir avec Perce-Neige.

 Enfin, une nouvelle aventure pour toi, mon vieux , murmura-t-elle, le cœur heureux.

Perce-Neige avait un grand sourire quand elle emmena Jules chez elle, et lui aussi.

Et même Félicie, la mère de la petite fille triste, eut un geste affectueux ce soir-là.

Quant à Éthel, malgré ses rhumatismes de plus en plus douloureux, elle se mit en tête de réaliser les rêves de tous ses locataires, en commençant par les plus vieux.

Ses rayons petit à petit se vidèrent et elle en fut bien soulagée.

C'est un missel achevé en quinze cent soixante trois, qui, reconnaissant, après être parti avec un rat de bibliothèque, Michel, qui revint un matin dans la pièce, avec sa trousse à outils.

Il restait très peu de livres sur les rayonnages, il donna à Éthel une énième jeunesse ; fort de ses psaumes de louange, toutes prières furent exaucées.

La bibliothèque toute entière retrouva sa fonction première, il n'y eut plus de poussière, ni de livres abandonnés, ni de petites filles tristes, ni de pièce obscure et Éthel trônait désormais dans l'entrée.

Pépita fut renvoyée avec quelques indemnités, on l'envoya chez un antiquaire, collectionneur de manuels sur l'électricité,  -elle ne s'en remit jamais – et disjoncta sans que personne ne la regrette.

L'histoire de cette bibliothèque paraît inventée de toutes pièces et pourtant …

Je m'appelle Perce-Neige, j'ai quatre-vingt-dix ans, je me souviens de tout ça et je viens de publier le premier tome d'un livre : Jules, mon sauveur.

Je me souviens de ma tristesse alors que je regardais un livre d'images, (j'avais cinq ans), de ma solitude extrême et d'un vieux livre qui m'emmena en voyage loin d'une mère volage et tout ce qui s'ensuivit ... 


 

(joailes -) 26 février 2025

Posté(e)
  • Semeur d’échos

En voilà une aventure, des plus drôlatiques et émouvantes !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le merveilleux gagne les objets et le cœur des enfants (de tous âges) par la grâce de ta plume inventive. Faire bouger les livres pour susciter des livres: génial programme!

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Le 26/02/2025 à 23:44, Joailes a écrit :

une couverture en cuir râpée comme le pardessus du père d'un chanteur

Daniel Guichard. 


Une histoire touchante ou comment un vieux livre tombé par hasard entre les mains d’une petite fille a pu faire d’elle une future poètesse de talent.

Modifié par Jeep

Posté(e)

On a tous reconnu «  le vieux » du chanteur oui.

Et moi j’ai même pensé à Bob Kennedy dont l épouse s’appelait 

Ethel….comme quoi l’imagination…!

Je me suis crue un peu chez moi enfant dans cette bibliothèque .

La mienne n'était ni poussiéreuse ni branlante , car très visitée.

j’y passais beaucoup de mon temps libre, parfois en cachette, pour lire des

choses «interdites »…des livres «de grands»….

Elle m’a suivie partout , occupant de plus en plus de place…et je crois malheureusement qu’elle mourra avec moi.

 

 

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