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Les cahiers secrets

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Je m'appelle Bruno, je joue du banjo et j'habite un petit hameau au bord de l'eau.

Curieux de nature, je fais des recherches inutiles, des expériences futiles et je suis bienheureux.

J'ai un grand cahier à carreaux bleus dans lequel je consigne mes investigations que j'ai d'ores et déjà mis sur mon testament, à l'intention de mon neveu Alban.

La semaine dernière, j'ai mené à bien une étude très poussée sur la vie secrète des pantoufles et des moufles ; je suis le seul à savoir que les charentaises sortent le soir , qu'elles ont un passage secret sous l'escalier qui mène à la cave et qu'elles font la fête jusqu'à l'aube.

Elles ont de jolies robes ; elles jouent beaucoup aux mille-bornes dont elles aiment particulièrement les coups fourrés.

Quant aux moufles, elles mangent souvent sur le pouce, aiment la mousse (au chocolat) et les blancs en neige.

Les objets du quotidien ont développé en grand secret une conscience, petit à petit, et nul ne s'en est aperçu.

Heureusement qu'il y aura un témoignage de tout cela ; quand le monde aura cessé de s'occuper des affaires des autres, et de chercher à tout prix une manière de s'enrichir, quand il sera redescendu sur terre … il saura.

 

Presque toujours, partout, le lundi est jour de lessive et je ne déroge pas à la règle.

Les tâches ménagères ne sont pas vraiment ma tasse de thé, (par ailleurs je n'aime pas le thé) et j'essaie de penser à autre chose en changeant l'eau des roses, en astiquant mon parquet, la baie vitrée (il n'est pas rare que l'abbé Vitré vienne boire un café et prendre de mes nouvelles. Il me considère sans doute comme une brebis égarée mais il m'aime bien.) et la cuisinière qui vient une fois par semaine ; elle me mitonne des petits plats pour la semaine, que je n'ai qu'à sortir ensuite du congélateur.

C'est une brave femme, je la soupçonne d'être polygame mais cela ne me dérange pas.

 

Ce lundi là, pourtant, fut différent.

Les chaussettes avaient décidé de se rebeller contre leur destin monotone.

Fatiguées sans doute d'être maltraitées, mal assorties, ou pire, perdues dans les machines à laver (mystère non encore résolu), elles avaient organisé une révolution.

Ce lundi là, donc, le village fut en émoi, et moi aussi.

L'abbé sur la place vociférait en implorant les saints, la cuisinière montrait les siens, le crieur public s'époumonait, le peuple était effrayé.

Les chaussettes avaient formé une armée et pris le contrôle du hameau, exigeant des droits égaux, des conditions de lavage dignes et le respect de leur intégrité : plus de chaussettes orphelines ! scandaient-elles, point à la ligne.

L'idiot, Hugo, qui ne porte en toutes saisons que des tongs, fut mandaté pour négocier avec les chaussettes, mais celles-ci avaient des revendications bien précises et semblaient peu enclines à retourner dans les machines.

Le directeur de la laverie (décédé d'une crise cardiaque un lundi) se retournait dans sa tombe et même le coiffeur se faisait des cheveux quant à l'avenir de ses pieds, lui qui était si frileux.

 

Comment cette histoire peut se terminer, à votre avis ?

Chatouillez un peu vos neurones à la pierre ponce ou à la toile émeri !

... / ... 

Après dépouillement des réponses, seul, Alphonse a eu une idée de génie.

Il envoya (avec l'accord de Labonal, un bon gros alsacien élevé à la choucroute et à la bière) toutes les chaussettes sur une île déserte où enfin, elles retrouvèrent leur dignité.

Dès lors, dans le village, il n'y eut plus que des va-nu-pieds, ce qui ne changeait pas grand chose.

Et il inventa les chaussures fourrées : il fit fortune avec rapidité ; je crois qu'il a même acheté la lune et, pour l'été, la cothurne dont personne ne s'est jamais lassé.

J'ai consigné tout ça dans mon cahier avec moult détails ; très concentré, je pense avoir, encore une fois, raconté une histoire que les enfants du trentième siècle liront les pieds nus sur une plage inconnue.

Les chaussettes ont disparu en 2025, j'en témoigne ici ; un lundi, pour être plus précis. 

Fi des économies, des tirelires tricotées pour Noël où les étrennes allaient bon train !

Le moral était au beau fixe, car il ne tombait plus dedans.

Je m'appelle Bruno, je joue du banjo, j'habite un petit hameau au bord de l'eau, je suis bienheureux

et j'ai un secret : j'ai, au fond d'un tiroir, une paire de chaussettes bleues, une paire de charentaises, une paire de moufles et un grand cahier : un exemplaire de chaque pour l'arche de Noë. 

 

(joailes -) 22 février 2025


 

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

En voilà une histoire pleine de fantaisie ! 

 

Les chaussettes ont une vie, elles aussi, la preuve !

Posté(e)

Tu aurais dû envoyer Bruno chez moi : j'ai une cargaison de chaussettes dépareillées 

en particulier après les vacances scolaires 😊

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Si vous avez le moral dans les chaussettes je vous conseille l’histoire de Bruno, de l’Abbé Vitré et de la cuisinière qui montrait ses saints.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

T'ayant lue, je me suis mis à traiter chaussettes, moufles et charentaises avec déférence. On ne sait jamais, peut-être croiserai-je un jour Robinson et Vendredi chaussés des miennes...

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