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les ombres du château (suite et fin)

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Posté(e)

III


 

— Madame, un chevalier demande lhospitalité, il porte les couleurs de Monseigneur.

— Faites-le entrer, cest sans doute un homme qui rentre enfin de la croisade, il nous dira quelques nouvelles.

Lhomme qui se présenta était de large stature, brun de peau, une barbe poivre et sel lui couvrait en partie le visage, mais à nen pas douter il sagissait bien du « jeune comte Robert ».

Il regarda la table au centre de la pièce. Sa femme se tenait au fond près de la grande cheminée. A ses côtés, un jeune garçon dune dizaine dannées et un autre de moins de deux ans. À la table, il vit lun de ses vassaux installé à la place du maître des lieux.

« Il semblerait que lon en prenne ici à son aise, dit-il. Que faites-vous céans Chevalier, au lieu de garder votre castel ?

— Monseigneur, pardonnez-moi, lon vous a donné mort dans le combat, nous ne pouvions vous retrouver.

— Je sais cela. Étant encore à la pointe du combat j’ai reçu une nouvelle blessure qui m’a jeté à bas. Les sarrasins mont à nouveau capturé, soigné, sauvé et, plutôt que de réclamer une nouvelle rançon, gardé en esclavage toutes ces années. Certains de mes ennemis parmi les Croisés, ont fait croire à ma mort, pour que le roi ne puisse intervenir en ma faveur. Pourtant, jai réussi à méchapper une nuit, profitant du déplacement dune caravane, alors que lémir transportait son campement dans une oasis plus difficile à atteindre par nos armées. Mais répondez-moi, Chevalier, que faites-vous céans ?

— Monseigneur, pardonnez-moi, je suis maintenant lépoux de votre femme.

— Vous maviez juré votre fidélité, Madame, je vois que vous navez rien de Pénélope. Passe encore que quittant une jeune damoiselle, je retrouve une matrone. Les années passées ont apparemment fait de vous une femme bien engraissée. Mais je ne m’attendais point à vous trouver mariée à un autre et, qui plus est mon vassal. Avez-vous donc si peu d’honneur et de considération pour la position où je vous ai mise ?

— Je vous ai conservé ma foi, Monseigneur, comme je vous lavais promis à votre départ, aussi longtemps que vous étiez en vie. Jai conservé intact votre domaine, malgré les attaques et les intrigues, Mon corps à forci avec les épreuves et ce n’est point grâce à la trop bonne chère. Javais besoin dun bras plus fort pour continuer de préserver lhéritage de notre fils. Plusieurs témoignages de ceux de vos gens et de vos amis qui assistèrent à la bataille mattestèrent votre mort. Le roi lui-même et Monseigneur lévêque mont longuement persuadé et finalement convaincue, que pour le bien de votre comté, je devais me remarier. Jai choisi Bertrand, que vous-même fîtes chevalier pour ses mérites, parmi ceux qui furent de vos proches, comme honnête garant dun avenir assuré pour votre fief et vos biens.

— Sans doute avez-vous agi selon votre désir en vous imaginant veuve et faire pour le mieux de vos intérêts. Cependant, vous comprendrez que je ne sois pas de cet avis. Je reprends donc dès ce soir mes droits de mari et de maître de ce comté. Votre mariage avec le chevalier sera annulé, puisque vous ne pouvez être bigame. En attendant, vous, le chevalier et votre bâtard devrez rester dans ces pièces du donjon je vous ordonne de vous retirer dès demain en attendant notre jugement. Pour ce soir, Madame, apprêtez-vous à me recevoir.

Femmes, apprêtez votre maîtresse pour la nuit. Gardes, conduisez le Chevalier en basses geôles. Nourrices, emmenez ces enfants. Que lon me serve à manger et à boire, jai grande faim et grande soif.

On apporta à la table mets et vins propres à restaurer le comte qui réclama que l’on vint également le distraire. Un jongleur, un bouffon et une contorsionniste produisirent leurs tours et exercices pendant que le comte se restaurait. Alors que la contorsionniste allait se retirer :

— Tes exercices m’ont fort échauffés en mettant en valeur tout tes appas, viens ici et montre-moi comment tu te tiens à la fornication. Viendras-tu ? Gardes, amenez-moi cette mijaurée.

Les gardes empoignèrent la fille et la menèrent jusqu’à la table.

— Penchez-la en avant, bien, et maintenant je vais te montrer qui est le maître et qu’il faut m’obéir sous peine de pénitence. Relevez ses cotillons. Parfait et maintenant reçoit en toi mon vit et ma semence.

Lorsqu’il eût terminé avec la fille, il la renvoya en lui donnant une bourse

— Voilà pour le prix de ta vertu, et maintenant ne reparaît plus ici sous peine de te voir ôter la vie.

Puis il termina son dîner avant de se retirer auprès de son épouse.

La nuit des retrouvailles ne fut pas aussi tendre que celle des adieux. Le comte Robert se conduisit avec son épouse ainsi quavec les hétaïres ou les femmes des contrées conquises, sans ménagement. Le lendemain, il décida de transférer ses appartements dans une aile du château, réservant ceux du donjon aux captifs.

— Je ne veux pas dormir dans une chambre adultère. Vous porterez mes meubles, sauf le lit, dans le château. Je quitte avec regret mon donjon, mais je le réserve à mon déshonneur.


 


 


 


 


 


 


 

 

IV


 


 

Le déménagement achevé, le comte fit installer le couple et lenfant dans ses anciens appartements. Les fenêtres déjà étroites furent murées ne laissant quun mince rai de lumière filtrer. On remplaça la porte de bois donnant sur lescalier, par un lourd vantail en fer dont la serrure à secret ne souvrait que sur lordre du Comte, confinant les condamnés à létage qui leur était réservé. L’escalier de pierre extérieur fut abattu et remplacé par une échelle de bois que l’on dressait pour accéder aux captifs. On ne laissa quune ouverture étroite ménagée dans la porte, permettant de passer l’approvisionnement en eau et nourriture que l’on hissait dans un panier à l’aide d’un réa. Lépaisseur des murs empêchant que lon entendît quoi que ce soit à lextérieur, les emmurés ne pouvaient appeler à laide sils en avaient le besoin en dehors de ces moments. Ils occupaient un étage intermédiaire entre la salle d’armes accédant aux créneaux de la tour et la réserve du château, creusée dans le rocher.

Lorsque le Comte voulait sa femme, on la faisait sortir par la porte étroite, et descendre jusqu’au chemin de ronde puis un escalier de pierre en colimaçon dune tour liée au donjon par une galerie cachée sous le chemin de ronde. À mi-hauteur de la tour, on lintroduisait dans une pièce pour la laver et lapprêter, puis on la conduisait par un souterrain et un couloir dérobé jusquà la chambre du Comte. Au matin, elle regagnait sa prison après une nuit éprouvante passée à satisfaire tous les désirs de sire Robert qui traitait sa femme comme une prostituée.

Il usait par ailleurs largement de son droit de cuissage envers les jeunes femmes de la plèbe à la veille de leur mariage. Les futurs maris pouvant alors, par compensation, se satisfaire avec sa propre épouse.

Parfois au cours de la journée il faisait venir une servante pour obéir à tout ses désirs. La fille ou la femme recevait alors un petit pécule et ne reparaissait plus au château. Ou bien lors de ses cavalcades et de ses chasses, s’il apercevait une fille ou une femme, il n’hésitait pas à la prendre aussitôt, quel que soit le lieu, puis il leur ordonnait de partir. Il leur remettait un bourse pour leur viatique et les faisait conduire au premier village éloigné, avec interdiction de retour. Ces disparitions firent parfois se murmurer détranges rumeurs dans la contrée, mais bien vite tues lorsque le Comte paraissait en un lieu. D’autant qu’il arriva que l’une ou l’autre soit rencontrée lorsque l’on se rendait à l’importante foire d’une ville voisine. Elles pouvaient ainsi donner de leurs nouvelles, sans risquer la colère du comte.


 

Sire Robert qui avait repris la place de son père auprès du Roi, avait obtenu lannulation du second mariage de son épouse, mais navait pas accepté de divorcer delle, ni de la libérer de son enfermement. Il s’ était également vu attribuer les terres du Chevalier Bertrand, confisquées, qui entrèrent dans son propre domaine ; il en chassa sa famille qui se réfugier chez un parent dune province éloignée puis fut contrainte à lexil sur les terres dun duché tenu par un ennemi du roi. Accusés dès lors de trahison, il leur fut interdit de revenir dans le royaume.

Enfin, le comte fit raser le castel de son vassal.


 


 

*


 


 

À lintérieur des murs, le couple se retrouva dans deux pièces sombres à mi-hauteur du donjon. Pour tous meubles un lit, une armoire, une table, trois chaises. Peu de vêtements, peu deau pour se laver. Aucune issue vers lextérieur. On avait également muré les grandes cheminées pour ne conserver quun âtre réduit diffusant plus de fumée que de chaleur, si bien quil était presque impossible de chauffer les pièces. Mais il permettait de manger un peu de nourriture chaude. Chaque semaine, des serviteurs déposaient le bois et les denrées nécessaires à leurs repas, ainsi que leau. Sous peine de mort, ils ne devaient jamais parler à quiconque des emmurés. La noire prison souterraine et sa salle aux tourments étaient suffisamment dissuasives pour ces âmes simples entièrement dévouées à leur seigneur.

Les premiers jours furent tristes, mais faits de lespoir que cette punition ne durerait que le temps que la colère du comte Robert sapaise et quil revienne à une plus juste appréciation de la situation. Ils savaient que leur mariage serait annulé, mais ils espéraient quune fois le jugement rendu, ils seraient remis en liberté. Même séparés, ils pourraient continuer chacun sa vie.

Ils se réconfortaient mutuellement, mais sils vivaient côte à côte, le comte imposa à Jeanne de porter lune de ces ceintures, dites de « chasteté » dont l’ouverture aux dents acérées permettaient de soulager les besoins ordinaires, mais lacéreraient le membre imprudent se risquant à vouloir pénétrer l’intimité de la dame.

Le couple sadapta tant bien que mal à linconfort de leur situation et sévertuait à conserver la bonne santé de leur fils. Ce qui ne fut pas facile compte tenu du peu de nourriture servie chaque jour et du manque dhygiène. Lenfant mourut de fièvres lhiver suivant, on ouvrit la porte pour sortir le corps puis on scella de nouveau.

Peu à peu, lespoir avait cédé la place au doute, puis la tendresse aux reproches. Au début, même si tout rapport charnel leur était interdit, le lit avait encore favorisé les élans de tendresse et de réconfort. Mais les nuits infernales le Comte faisait appeler sa femme brisèrent rapidement ces élans.

Elle rentrait meurtrie, toute de douleurs qui la tenaient prostrée plusieurs jours, le sexe et l’anus en feu des brutalités usées par le comte pour la prendre, le dos strié de coups de lanières. Quant au Chevalier, il ne supportait pas de la voir ainsi violentée sans pouvoir lui venir en aide. Plusieurs fois, il avait tenté de sinterposer, mais les gardes, qui avaient reçu lordre de le laisser en vie, le maîtrisaient et lobligeaient à rentrer. Un soir il sinterposa si violemment que les gardes en vinrent à létourdir avant de lui lier les bras. Le Comte informé décida de faire installer un moucharabieh. Une séparation qui permettait au couple de sentrevoir et de se parler, mais sans pouvoir se toucher et interdisait désormais toute intervention.

Bertrand alors vitupéra contre le Comte quil avait plusieurs fois protégé lors dattaques surprises et qui le récompensait si mal de son dévouement. Même sil pouvait comprendre sa colère, il nadmettait pas ce quil considérait comme une injustice de la part de son suzerain. Après tout, il avait agi en loyal féal en lui conservant ce fief dont son fils aurait naturellement hérité, puisque le cadet était considéré comme bâtard. Il ne comprenait pas non plus que lon sen soit pris à sa famille, la punissant pour une faute quelle navait pas commise. « Dautant plus injuste, disait-il, que mon père mavait mis en garde contre ce mariage.

— Tu es son amant, cest déjà très dangereux pour toi, mais ne lépouse pas, ce serait ta perte si par un miracle néfaste, son mari revenait ». Mais le Chevalier sen tenait au fait que lon avait vu « Robert mort » et son amour pour Jeanne, un amour que la comtesse partageait à présent, valait de prendre un tel risque.

Jeanne se reprochait sa faiblesse et davoir cédé à leurs désirs, sans avoir eu lassurance formelle de la mort de son mari. Elle laccusait de lavoir trompée pour sélever dans la noblesse à ses dépends. Il jurait sa bonne foi, lui rappelant que le titre de comte revenait à son fils à elle et non au cadet bâtard, et souffrait quelle puisse douter de sa sincérité.

Comment prévoir que les maures auraient assuré la survie de l’un de leurs plus implacables ennemis ?

Robert était réputé pour sa vaillance, certes, mais également pour son acharnement et son manque de pitié envers ses adversaires. Ainsi on l’avait vu, lors d’un tournoi, enfoncer sa dague dans le cœur du chevalier qu’il venait de vaincre, alors que chacun demandait merci pour le vaincu. Mais ce dernier avait eu le tort de lui gagner une seigneurie au jeu et sa mort dissipait la dette. On l’avait vu également achever plus d’un maure blessé, gisant dans le sable au milieu de la mêlée, parmi les croisés tombés sous les assauts. Qu’un tel homme échappât à la vengeance de ses ennemis était incompréhensible. Leur code de l’honneur surpassait celui de la chevalerie. Et la cour elle-même n’avait pas montré beaucoup d’empressement à s’acquitter de la rançon exigée. Car si l’on ne pouvait abandonner totalement un homme aussi puissant, on se satisfaisait de le savoir pour un long temps dans l’incapacité d’user de son influence sur les souverains.

Lorsque Robert retourna auprès des autres chevaliers, une fois libéré, il ne rêvait plus que vengeance envers ceux qui l’avaient humilié en le condamnant à rançon. Et, même s’il savait ne plus espérer de clémence de leur part, il fut toujours à la pointe des combats, massacrant avec rage et sans merci ses ennemis.

L’émir avait donc envoyé une troupe pour le ramener à lui. Mais sur le retour ses hommes avaient été attaqués par une tribu rivale autour d’un point d’eau et défaits ; L’affrontement avait été rude, faisant de nombreux morts et blessés que les survivants ramenèrent à leur campement. Robert, gravement blessé avait été laissé pour mort et abandonné en plein désert.

Au camp des croisés on avait appris le raid mené par un caïd contre l’émir et le fait qu’on avait laissé un croisé à une mort certaine dans le désert. Et personne parmi les grands dignitaires n’avait jugé bon d’envoyer des hommes se risquer dans une région aussi périlleuse pour retrouver son corps, même s’il méritait une sépulture chrétienne. On avait donc faire dire une messe pour le salut de son âme et disposé de son équipement. Un seigneur du voisinage fut chargé de se faire le messager de ces événements auprès de son épouse, lors de son retour sur ses terres.


 

Forts de ces nouvelles, les conseillers du roi et l’évêque avaient donc jugé le retour de sire Robert comme impossible et l’on avait disposé de ses possessions selon le bon vouloir royal. On ne les dispersa pas, mais on accorda le droit à Jeanne de se remarier, les faisant ainsi passer en de nouvelles mains, plus dociles.

C’est ainsi que lors de leurs disputes, Bertrand pouvait rappeler que, le roi lui-même, avait donné son aval à leur union. Ils finissaient par se réconcilier, pour un temps de plus en plus court entre les crises de nerfs et de larmes. Les mois se succédèrent. Longs, sombres, angoissants. À lespérance dune rémission du Comte, aux reproches, succéda labattement, puis le désespoir ; avant que ne sinstallent la résignation et laccoutumance à une situation ne laissant aucune place à lindifférence.

De lextérieur, ne parvenaient que quelques vagues rumeurs. Ils présumaient alors des événements, principalement des fêtes données lorsque leur parvenaient les sons étouffés des musiques et des rires. Les échanges se limitaient à quelques paroles parfois échangées lors des approvisionnements. Cest ainsi quils apprirent lannulation du mariage, la dispersion des gens du Chevalier, la mort de ses parents, les voyages du Comte à la cour du Roi ou ses batailles. Mais, même lors de ces absences, consigne était donnée de ne pas laisser sortir les emmurés, sous peine de mort. Le domaine étant laissé à la bonne gestion du précepteur du jeune vicomte.

Jeanne souffrait de ne plus voir son fils, de ne pas pouvoir rire à ses joies, de ne pas être pour laider dans ses peines. Au début de leur enfermement, elle lavait entendu pleurer derrière la porte lorsque lon venait leur porter de la nourriture, profitant de la circonstance pour échapper à la vigilance des gens du comte. Mais à chaque fois, un garde ou une servante se hâtait de le ramener avant que son père ne saperçoive de son escapade. Un jour, Jeanne avait réussit à lui parler pour le dissuader de revenir, craignant que le Comte ne semportât contre lui et quil ne soit victime de sa colère.


 


 


 

*


 


 

V


 


 


 

Plusieurs années avaient passé, le couple survivait ainsi toujours enfermé. Le roi et la cour les avaient oubliés et seules, quelques personnes encore au fait de leur malheur en parlaient parfois en tapinois, craignant quon ne les dénonçât pour colportage de mauvaise nouvelle.

Les parents de Bertrand, inquiets du sort de leur fils en avait appelé au roi. Mais le comte était un homme trop puissant pour que l’on risquât sa couronne sur une affaire d’ordre privé. D’autant moins qu’ils se trouvaient désormais en territoire ennemi.

À lété, il se fit une rumeur plus grande que dhabitude. Au bruit, Bertrand reconnut que lon se battait aux remparts. Il enrageait de ne pouvoir participer à la défense du château, hurlait quon le laissât sortir pour aller à la bataille, mais nul nentendit ou ne voulut entendre.

Peu à peu les cris de la lutte furent remplacés par des clameurs de victoire. Les emmurés essayèrent de se faire entendre. Amis ou ennemis, peu importait, encore valait mieux être retenus comme prisonniers plutôt que mourir enfermés. Mais nul ne vint ouvrir les portes.

Le silence se fit, puis on n’entendit plus que des bruits de conversations, des chants de victoire, des cris de femmes forcées, puis juste des pas. Sur les pavés de la cour. Quelques hennissements de chevaux, la réa du puits. On entendit le va et vient des guetteurs montant ou descendant de la tour, avec des cliquetis d’armes dans l’escalier.

Le comte avait été tué dans une guerre aux frontières du Royaume. Le carreau, lancé depuis la muraille que l’on assaillait, s’était planté dans sa gorge sans qu’on puisse rien faire pour lui. Lennemi était arrivé devant sa forteresse et établi un siège qui dura plus d’un mois. Privée de son chef et malgré la bravoure du vicomte, succombant sous les assauts, la petite garnison ne put empêcher la chute du château qui, pour la première fois fut investit.

On rassembla les prisonniers dans la cour. Le vicomte retenu captif dans une cour étrangère, attendit vainement que lon payât pour lui la rançon exigée et ne revit jamais son château. Les femmes et les enfants furent séparés des hommes. Les femmes et les fillettes furent livrées aux soudards, les enfants partirent dans des chariots pour servir de nouveaux maîtres. Les hommes étant engagés de force dans la troupe victorieuse. Ils emmenèrent tous les occupants du château hors des murs et abandonnèrent les lieux, ne laissant que quelques hommes sur place, dans l’attente d’une nouvelle garnison.

Les envahisseurs passèrent devant le passage muré, sans le remarquer. Ils entendirent faiblement comme des voix et des coups portés sur la muraille, mais ils crurent à des passages de vent et doiseaux dont ils ne trouvèrent jamais les ouvertures car lon avait soigneusement dissimulé toutes les issues menant à la tour du donjon. Et les servantes, livrées à la soldatesque et craignant pour leur vie, gardèrent le silence. Les bruits sourds se prolongèrent quelques jours, puis lon nentendit plus rien. La soif avait eu raison des emmurés. On parla de fantômes, de sorcellerie, il se murmura que lâme du comte errait encore dans les murs.

Dautres prétendirent avoir aperçu des ombres qui seraient celles dun couple que le comte aurait fait enfermer par vengeance. Mais on crut à des radotages de vieux, des légendes faites pour effrayer les enfants lors de veillées lon se réunissait pour se raconter des histoires dantan autour de la cheminée, en écalant les noix ou en ravaudant quelques nippes.

Position stratégique sur le cours du fleuve quil dominait du haut de sa falaise et de ses murailles, le château défendu par des hommes venus renforcer la petite garnison, résista longtemps à toutes les attaques. Lorsque les troupes royales reprirent possession de la forteresse dont les murs cédèrent sous les coups des couleuvrines, Vingt ans avaient passé. Nul ne savait plus quil y avait eut ici un couple emmuré. Et les rumeurs de château hanté furent balayées comme des balivernes venues de superstitions populaires propagées par des simples desprits.


 


 

*



 

« Voilà l’histoire telle que je la connais. Mais il est vrai que l’on n’a jamais retrouvé aucune trace de ces fameuses chambres murées. C’est pourquoi nous allons entreprendre ici des fouilles et des sondages et qui sait ce que nous allons éventuellement découvrir. »


 

Les archéologues, venus pour effectuer des fouilles dans les ruines de lancien château, furent intrigués par cet espace muré dont lépaisseur était inhabituelle. En défaisant un amas de pierres, ils aboutirent à des pièces inconnues. Dans deux d’entre elles, un lit de fer et dans chacune, un corps momifié. Un homme et une femme, recroquevillés le long d’un mur de séparation.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un final passionnant et impressionnant !

 

Un récit médiéval attachant du début à la fin.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Évidemment Robert est revenu et tout s’est terriblement compliqué.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La guerre ne porte pas à la vertu, la démonstration en est une fois de plus faite. Bien mené, ce récit!

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