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A l'ombre du château (2ème partie)

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Posté(e)

II


 


 


 

Il y avait déjà plus de sept années que père et fils avaient quitté le donjon lorsque lun des chevaliers revenus de la croisade confirma à la jeune comtesse la mort de son beau-père et celle plus que probable de son mari, lors dune bataille déjà ancienne.

Il navait pas vu les corps et lon navait pu retrouver les écus, sans doute pris en guise de trophées au cours des combats, mais on lui avait assuré que « Robert est mort », sans plus.

On avait vu les deux hommes ensanglantés tomber sous les coups et disparaître sous les sabots des chevaux, au cœur de la mêlée. Nul navait pu ramener leurs dépouilles au camp puisque les Maures tenaient fortement la place et quil aurait été trop périlleux de vouloir sen approcher.

Lorsque lon avait pu enfin la reconquérir, après plusieurs mois, il ne restait plus trace des morts des anciens affrontements.

Jeanne demanda également des nouvelles du chevalier Bertrand, mais nul ne savait ce qu’il en était advenu. On se rappelait qu’il avait apporté la rançon exigée par les maures et que ceux-ci avaient remis le comte en liberté en lui faisant jurer de ne plus prendre part aux combats, sous peine de se voir achevé s’il se retrouvait à nouveau blessé.

Le comte n’avait pas voulu faire cette promesse et fut donc probablement tué lors d’un combat, au cours duquel il fut désarçonné et jeté au sol, par un violent coup de lance, sans que l’on sache s’il avait pu en réchapper. « Toutefois, ajoutait-on, on a reconnu son heaume et sa cuirasse à terre, gisant les yeux tournés vers le ciel. Du sang coulait de sa poitrine, sans que l’on sache s’il s’agissait du coup de lance reçu ou de l’ancienne blessure qui s’était rouverte. Et nous sommes sûrs que si les maures l’ont de nouveau capturé, ils auront tenu parole et ne l’auront point épargné cette fois., puisqu’ils ne pouvaient espérer recevoir une nouvelle rançon pour sa libération. »


 


 


 

*


 

 


 

Le chevalier Bertrand revint. C’était maintenant un homme encore jeune, mûri par les batailles, dont le corps avait subit plusieurs blessures et bruni par le désert. Un homme qui avait tant de choses à dire sur cette croisade quil avait le besoin d’en parler avec la comtesse. Il en parla donc. Souvent. Il avait appris la mort probable du comte alors qu’il se remettait d’un blessure infligée par une flèche maure. Il se reprochait de n’avoir pas été à ses côtés pour lui porter secours, mais sa blessure était trop récente pour qu’il puisse monter à cheval sous l’armure qui lui avait été remise par sire Robert, lors de son adoubement.


 

Jeanne venait de passer tout ce temps dans le souvenir de son mari et lattente de son retour, se consacrant à son enfant, gérant le domaine avec efficacité, rendant la justice au nom de son mari, organisant la défense lors des attaques menées par des bandes en quête de pillages, ou de seigneurs souhaitant agrandir leurs possessions. Malgré les béliers couverts, catapultes et beffrois construits avec le bois des forêts environnantes, toujours le château avait résisté et les châtelains du comté qui savaient les comtes protégés du Roi, avaient su porter assistance à lépouse de leur suzerain. Ils avaient pu en apprécier le courage, lorsquelle apparaissait en haut des remparts, brandissant lécu aux couleurs du comté, droite dans ses robes dun bleu vif, les voiles de son hennin soulevés par le vent, lors de ces attaques.

La mère de Robert était morte lhiver précédent et la jeune femme restait seule à la tête du domaine. Le nouveau roi lui confirma la protection de la couronne, en remerciement du sacrifice consentis par son mari et son père. Il en fut de même pour lévêque qui se plia aux exigences du Pape et souhaitait que la châtelaine continue à protéger « son » abbaye, dont les revenus assuraient une partie de son bien être.

Elle avait tenu son engagement de fidélité, sans avoir besoin de faire et défaire une tapisserie. Même si les nuits étaient parfois difficiles à passer, seule. Les rêves audacieux, les caresses solitaires, les bains de siège dans leau froide, ne suffisaient pas toujours à apaiser un désir brûlant. Il y eut des tentations. Jolis troubadours, godelureaux devenus de beaux jeunes hommes, damoiseaux sachant courtiser les belles, ne manquèrent pas de lui déclarer leur flamme ; mais si les cours se firent parfois très pressantes, elle sut ne pas céder, se réfugiant dans la prière, se flagellant ou portant un cilice pour se punir de ses tentations charnelles.

Elle dut avoir recours à la menace d’en référer au roi, le jour où l’un des seigneurs du voisinage se montra menaçant. Il la somma de lui céder sous peine de voir son domaine envahit par ses troupes. Elle dépêcha un messager à la cour qui se trouvait alors à quelques lieues de là, chassant avec le roi dans un vaste forêt voisine, dont on prisait de courir le gros gibier. Le roi se montra extrêmement courroucé d’apprendre que l’un de ses seigneurs ne respectât pas la loyauté d’une femme dont l’époux lui était si cher.. Le messager revint avec la promesse ferme de faire mettre en geôle le dit seigneur et de raser son château s’il continuait d’ainsi la poursuivre et à la menacer. Après quoi il renonça à ses prétentions et chacun sut désormais qu’il était vain de tenter une telle conquête.


 


 


 


 

*


 


 


 


 


 


 

Le chevalier Bertrand lui conta tout ce qu’il avait vécu de la Croisade, Lui parla de son mari et de son beau-père dont il louait la vaillance dans les combats. Enjoliva certains détails, en noircit dautres relatifs aux mœurs de lennemi. Il laissa un peu despoir à la comtesse de revoir un jour son mari vivant, même si certains avaient dis avoir vu « Robert mort ».

Un jour un homme vint, qui avait combattu aux côtés du comte lors de cette fameuse bataille. C’était un chevalier qui, retournant sur ses terres bien plus au nord, avait demandé à être hébergé quelques jours, le temps de reposer ses chevaux et la dizaine d’hommes qui l’accompagnaient. Il avait connu le comte à Jérusalem et lui avait promis, passant par ses terres pour rentrer chez-lui, de donner de ses nouvelles à son épouse.

Il raconta le combat, l’enchevêtrement des armées, le bruit des armes, les cris et la chute de nombreux chevaliers mis à bas par la violence des chocs des armes contre les boucliers et les cuirasses. La disparition du comte, renversé sous son cheval mort, entre les jambes des chevaux dressés aux piétinement des corps à terre. Aussitôt quatre chevaliers l’avaient entouré afin de le protéger, mais ils avaient été rapidement débordés par le nombre des assaillants et succombé aux coups portés par les cimeterres des ennemis. Le comte reçut une flèche en pleine poitrine et un coup de sabre à l’épaule droite avant de s’effondrer.

Il avait vu l’un des chefs maures se pencher vers le corps du comte et lancer un ordre. Aussitôt quatre de ses hommes l’avaient soulevé et emmené sur l’un des brancards portant leurs blessés. Ensuite, ils étaient repartis avant la fin du combat, comme si celui n’avait eu d’autre but que de capturer le comte. Il confirma l’inquiétude de tous quant à sa survie, sachant que les maures avaient promis de le tuer s’il se trouvait de nouveau à les combattre, après sa libération. Inquiétude d’autant plus grande que beaucoup de sang s’échappait de ses blessures.

Quelques jours plus tard, un prisonnier fut relâché par les maures et chargé d’annoncer la mort du comte au camp des Croisés. Il avait avec lui comme preuves, le haubert, le heaume et la bague chevalière de sire Robert. Une bague qu’il n’aurait jamais retiré de lui-même s’il avait été en vie.

A ce récit Jeanne et le jeune Robert versèrent bien des larmes, désespérant de revoir un jour leur mari et père. Et l’on passa bien des jours en prières pour son retour. Faisant dire des messes. Mais les semaines et les mois passant, on se résolut, après plus d’une année, à admettre la mort de Robert. Et l’on pria désormais pour le repos de son âme.


 


 


 


 


 


 

*


 


 


 

Durant toutes ces semaines, Bertrand s’attacha à apporter du réconfort à Jeanne, lui donnant toutes les raisons d’espérer le retour de son époux. Jusqu’au jour où l’on appris qu’il avait été laissé pour mort dans le désert lors d’une bataille entre tribus rivales, abandonné à la fois par les vaincus qui le détenaient et les vainqueurs ne souhaitant pas s’embarrasser d’un tel prisonnier, trop dangereux pour eux qui ne souhaitaient pas se trouver butte aux croisés, car ils trouvaient plus de profit à commercer avec eux qu’à les combattre. C’est du moins ce qu’avait affirmé un membre de la troupe maure, pris par les croisés lors d’une escarmouche suivante.

Bertrand fit à Jeanne une cour discrète par laquelle la jeune comtesse se laissa séduire sans la décourager, car elle appréciait ces moments, mais sans lencourager pour limiter les audaces. On sen tenait donc à cet « amour courtois », qui autorise les chansons ou les poèmes aux images parfois audacieuses, mais ne permet pas que lon passe aux actes. Bertrand rétribua un ménestrel pour qu’il compose quelques chansons et ballades en l’honneur de Jeanne qui furent dis et chantés lors des longues soirées. Chacun était donc au fait des sentiments de lautre, mais se gardait bien dy céder.


 


 

*

Ce soir-là, une pluie de tempête sétait abattue brusquement sur la région et le Chevalier fut invité à rester au château pour la nuit.

Le dîner fut servi sur la longue table de chêne, mais Bertrand s’abstint de prendre place au bout de table réservé au maître. Il se plaça donc à la droite de Jeanne, en milieu de table. Ils conversèrent du mauvais temps, des travaux des champs, de ceux à faire réaliser pour l’entretien du château en attendant le retour de sire Robert.


 

Une servante vint prévenir que la chambre réservée à l’invité était prête. Elle se trouvait à quelques pas de celle de la Comtesse. Quelques pas quil franchit pour un entretien « courtois ».

Au cours de la conversation l’on évoqua la Croisade, la disparition de sire Robert et Jeanne laissant ses pleurs couler, Bertrand la pris dans ses bras pour le consoler. Elle se blottit si fort contre lui, qu’il l’embrassa sur le front. Elle leva ses yeux vers lui, ses lèvres attirèrent la bouche du jeune homme qui l’embrassa tendrement.

— Pardon, Madame, je suis confus, je n’aurais pas dû, je vais me retirer, je vous demande encore pardon

Lorsqu’il se dégagea pour prendre congé, la jeune femme le retint.

— Non, c’est de ma faute.

Elle se blottit de nouveau contre lui.

— Serre-moi fort dans tes bras.

L’étreinte fut douce et longue, les mains caressèrent les corps, les bouches s’unirent. Jeanne dans un souffle lui dit :

« Viens »

Et lui prenant la main, le guida vers la chambre et se donna sans retenue aux élans de cet homme qui fut l’être le plus proche qu’elle connût de son mari.

À cette nuit en succédèrent dautres.


 

*


 


 

Depuis plusieurs années déjà on avait annoncé aux gens du comté, la mort de leurs seigneurs. Il sembla donc normal que la jeune veuve après la période de deuil convenuesous la double pression du Roi et de l’Évêque, inquiets de voir limportant comté placé sous la seule autorité dune femmeet afin dassurer la pérennité de cet important fief-, noue un nouveau lien matrimonial. Elle sunissait, mais napportait pas son titre, qui revenait de fait au tout jeune Robert III. Elle eut un second fils, Jean.

Bertrand se montra un seigneur de bonne composition, rendant la justice avec aménité et lorsque cela était nécessaire, avec sévérité. Sous la bienveillance de Jeanne, il fit prospérer le domaine qui, en cinq années, gagna encore en bonne réputation.

(A suivre)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je poursuis avec plaisir cette lecture médiévale intense et prenante !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Car l'amour n'attend pas, il est sans loi ni foi.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Évidemment Robert va revenir et, là, tout va se compliquer.

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