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À l’ombre du château 1

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À l’ombre du château



 

« Voilà, nous y sommes, ce sont bien les ruines dont je vous parlais. Celles du château des "Rochères", qui doit son nom au fait d’avoir été bâti au sommet de cette falaise et dont le nom d’origine de « Haute Roche », a été transformé, après la triste histoire qui s’y est déroulée. Il s’agit d’un château-fort dont la légende est assez sombre. Vous pouvez voir que, comme celui de « la Belle au bois dormant », ses tours et son donjon, abandonnés depuis des siècles, émergent encore au-dessus des halliers. Mais ici, il ne s’agit pas d’un conte de fées. Même si l’on peut penser que c’est bien la plus méchante d’entre elles, qui s’est penchée sur ses occupants.

À ce que l’on sait, il a été bâti sur ce promontoire en moins d’une dizaine d’années. Les pierres ont été tirées dans les carrières, ouvertes dans les falaises environnantes, et taillées. On a édifié une double muraille afin de retarder sa destruction par un vide dans lequel les boulets se perdaient. Les pierres ont été montées à l’aide de treuils animés par des enfants presque adultes et des jeunes hommes, dans des roues d’écureuil et ajustées par des maîtres maçons.

Pendant sa construction, les postes avancés en bois protégeaient les ouvriers et le castel, lui aussi alors en bois.

Les fouilles que nous allons entreprendre sont destinées à vérifier si la rumeur populaire a un fondement historique, ou s’il ne s’agit que d’une médisance colportée par le vent des on-dit.

Nous allons d’abord sécuriser ces ruines en débroussaillant et en posant des étais. Ensuite, nous rechercherons dans toutes les pièces accessibles s’il existe une chambre secrète. Enfin nous sonderons les murs afin de découvrir si un homme y a bien été emmuré.

— Comment connais-tu cette histoire ?

— Comme je vous l’ai dit, il s’agit d’une rumeur ayant traversé les siècles. Mais certains documents, retrouvés aux archives départementales, donnent à penser qu’il pourrait y avoir un fondement historique. Je vais vous la raconter telle que j’ai pu la recueillir.

À cette époque, nous étions à celle des Croisades, le seigneur du lieu était apparenté au roi. Celui-ci avait accepté d’être le parrain de son petit-fils et, chose assez rare, comme il se rendait lui-même en Palestine, il avait accepté d’être présent en personne à la cérémonie. À la condition que ses hôtes se joignent à lui pour rejoindre les Croisés avant leur embarquement vers la Terre Sainte. Et l’on ne refuse pas de répondre à un vœu du roi, si l’on souhaite rester en cours auprès de lui. »


 


 

I


 

 

— Ce fut une belle cérémonie mon fils

— Oui mon père, ce baptême montre quavec ce premier fils notre lignée ne séteindra pas de sitôt. Mon petit Robert, quatrième du nom, est appelé à régner longtemps sur ces terres comme nous le faisons depuis plus de cent ans déjà.

— Certes et les réjouissances ont été à la hauteur de notre rang. Ces trois jours nous ont offert ce que nous produisons de meilleur et les troubadours et acrobates nous ont fort amusé.

Et puis il y a eu cet aparté au cours duquel le roi nous a confié cette mission, nous étions près de la grande cheminée de la chambre que nous lui avions réservée.

« -Messires, je suis bien aise de votre accueil et vous connaissez les sentiments qui m’ont fait accepter d’être le parrain de ce tout jeune Robert. Je sais pouvoir compter sur votre loyauté en toutes circonstances. C’est pourquoi je vous invite à vous joindre à moi dans cette nouvelle Croisade qui doit nous permettre de délivrer Jérusalem du joug ottoman. Dès demain mon ost se met en route. Dans un mois j’embarquerai pour la Terre Sainte. J’aurai besoin de gens sûrs auprès de moi. Je vous mande donc de lever une troupe d’une centaine d’hommes équipés qui assurera notre sécurité durant ce voyage. Arrivé au port d’embarquement Je n’attendrai pas plus d’une décade pour lever l’ancre vers St-Jean d’Acre. Tâchez donc de nous joindre dans ce délai. Tout retard sera considéré comme de haute trahison.

Vous connaissez mes volontés, j’ai maintenant besoin de repos, car nous partirons dès l’aube levée. »

Le soleil se levait à peine sur l’horizon que le cortège royal franchissait le pont-levis.


 


 


 

*


 


 


 


 

Alors que le roi s’éloignait à cheval, suivi de son carrosse, père et fils, tout en conversant, se rendirent sur la muraille,.

— Mon fils, il nous faut maintenant songer à demain. Nous avons promis de nous mettre en route après ces célébrations, la croisade nattend pas.

— Je le sais bien et croyez que ce départ me chagrine grandement, car nous ne savons quand nous reviendrons. La Palestine est très loin de notre fief et mon épouse et mon fils sont si jeunes.

— Mon fils, une promesse est une promesse et nous ne pouvons nous y dérober, le Roi, parrain de votre fils et qui vient de nous honorer de sa présence, ne nous le pardonnerait pas.

— Et je nai nullement lintention dy manquer. Je vais donc rassembler la piétaille et les chevaliers qui nous accompagnent et puisque nos charrois sont apprêtés, nous nous mettrons en route dès laube.

Depuis le chemin de ronde, entre deux créneaux, les deux hommes dominaient du regard la campagne environnante. Ils arboraient la même crinière d’un roux flamboyant, tombant sur leurs épaules et portaient leurs tenues d’apparat ornées de l’écusson à leurs armes.

A gauche de gueule portant créneaux sur une croix d’or, au centre, deux fleurs de lys d’ azur sur une bande blanche et à droite, d’or à deux épées croisées d’argent, en tête et un fléau d’arme en pied, également argent.

Ils regardèrent disparaître le cortège royal derrière un bois, dans la courbe de la rivière dont il venait de franchir le cours par un pont de pierre en arc brisé. Un pont donné pour avoir été construit par les légions romaines.

Le roi s’éloignait avec sa troupe d’escorte, bannière et gonfanons à ses armes fleur-de-lysées, hauts levés flottant au vent, afin de bien signifier qu’il s’agissait bien là du cortège de Sa Majesté qui s’avançait au rythme des tambours dont les battements sestompaient au loin.

Le soleil envoyait les scintillements de ses rayons sur les cuirasses des hommes d’armes, leurs écus et leurs hallebardes jusqu’à ce qu’ils disparaissent derrière les premiers mamelons.

Les deux châtelains firent le tour du haut donjon carré, regardant au travers des créneaux, la campagne environnante sur laquelle veillaient leurs domaines.

Le fief du comte sétendait bien au-delà des lointaines collines barrant lhorizon. Il fallait deux journées de cheval pour le traverser. Un comté qui tenait une place essentielle pour la protection du royaume car, au-delà des collines, il bordait une frontière instable, face à de turbulents ennemis. Proche du Roi, à la cour duquel il figurait comme lun de ses conseillers influents, pour l’avoir soutenu et protégé lors de rudes batailles, il avait obtenu quune partie du son comté soit érigé en vicomté, un titre dévolu à son fils en attente de succession, et qui reviendrait ensuite à ce petit-fils dont ils venaient de célébrer le baptême. Les nombreuses seigneuries sur lesquelles il étendait sa suzeraineté permettaient de procurer au nouveau vicomte un fief au revenu confortable, sans réduire trop fortement celui de son père auquel, vassalité oblige, il verserait un impôt.


 

Construite sur une haute roche la forteresse gardait la vallée, Pendant près de dix années les serfs, en plus de leurs travaux des champs, avaient été mobilisés à l’érection des murailles. On avait fait appel à un architecte et un maître maçon renommés pour la construction du logis et son aménagement. La nouvelle place forte avait peu à peu remplacé l’ancien castrum de bois devenu trop étroit et dont les palissades ne suffisaient plus à contenir les assauts ennemis, dont les béliers enfonçaient les rondins dressés en défense, lorsque les flèches enflammées ne les incendiaient pas. Et les défenseurs avaient alors beaucoup de difficultés à contenir toutes les tentatives d’investissement.

Aujourd’hui c’était une demeure confortable et bien protégée par des douves alimentées par un bras détourné de la rivière voisine et entourée de mamelons boisés.

La rivière à leurs pieds serpentait mollement entre champs et prairies qu’elle recouvrait au printemps de ses inondations, longeant les terres de l’abbaye dont on devinait les toits couverts en tuiles rondes et les fortifications, entre les arbres.

Elle avait été fondée dix ans plutôt par un groupe de moines échappés du pillage d’un monastère et recherchant la protection d’un puissant seigneur afin de créer une nouvelle congrégation. Ils avaient obtenu de sire Robert, le droit de s’établir aux abords du château, sur une grande île de la rivière. Un pont levis en permettait le franchissement et se relevait en cas de danger. Charge à eux d’y cultiver et de créer un moulin à eaux qui assurerait la production de farines en complément du moulin à vent dont la tour et les ailes dominaient une colline voisine. Des murets de pierre sèche séparaient les parcelles créées par les frères. Cependant les moines avaient proposé de construire un deuxième moulin pour le production de papier, ce qui avait rapidement fait la renommée de la nouvelle abbaye et augmenté les revenus du châtelain prélevant sa part d’imposition. Leurs matières premières étaient issues soit de rebus de scieries, soit de vêtements trop usés pour être encore portés. Le papier « noble » était réserve aux textex sacrés, et manuscrits destinés à l’éducation des seigneurs, enrichis d’enluminures et d’iconographies rehaussées à l’or. L’autre papier était utilisé pour les courriers, les placards publics, actes de justices et de notaires, impression de livres…

Sur le flanc opposé d’une colline, exposé à l’ouest, ils avaient créé des terrasses de cultures et sur le flanc sud, installé des rangs de vigne pour la production d’un vin gris, un peu aigre, mais que l’on rendait buvable en y ajoutant de l’eau dans son verre. Ce qui permettait également de réduire les risques d’ivresse et de l’économiser. Un petit alambic, abrité sous une grange, produisait une eau de vie, raide à boire, mais apte à bien conserver les fruits que l’on y plongeait.

Une petite garnison, protégeait les installations. Hébergée par les moines, dans un fortin comprenant une salle des gardes avec quelques bas-flancs le long des murs, pour le repos et un foyer central pour chauffer et cuire, elle assurait leur sécurité depuis des remparts, de peu de hauteur, certes, pour ne pas faire d’ombre au château. mais également entourés de douves, alimentées par la rivière, On y envoyait les soldats ayant besoin de repos après de durs affrontements, et de jeunes recrues que l’on voulait aguerrir aux postes de garde.

Les occupants de la forteresse avaient déjà subits plusieurs attaques de reîtres, mais les postes avancés des tourelles et des palissades de bois avaient suffisamment retardé leur action pour permettre à la garnison de s’organiser et les murs avaient tenu bon face aux beffrois et béliers couverts construits avec les arbres des bois environnants. Les fortes murailles, bâties avec les pierres taillées dans le rocher affleurant avaient su préserver les seigneurs et leurs paysans venus se réfugier à lintérieur de la grande cour. Au milieu, deux lourds bœufs animaient une noria chargée de remonter l’eau de la rivière jusqu’aux réservoirs où l’on venait puiser pour alimenter cruches, bassines et baquets.

Au pied du tertre, le quadrillage des champs offrait aux regards le patchwork de leurs cultures dont l’entretien et les récoltes seraient assurés par les hommes âgés, les femmes et les enfant trop jeunes pour être enrôlés pour la guerre.

Dans un champ traversé par la rivière, sétendait le campement des hommes darmes et des chariots prêts à partir. Autour des feux de camp, les cuisiniers saffairaient aux broches rôtissant les viandes, mêlant dans d’énormes chaudrons ce qui constituerait les ratas servis aux hommes. On entendait les chants mélancoliques des départs, adieux à la bien-aimée et au clocher.

Père et fils redescendirent létroit escalier qui les ramènerait trente mètres plus bas. Tout au sommet, sous le toit de tuiles de bois, dans un grenier, s’alignaient les jambons et les viandes que l’on avait à sécher, ainsi que les sacs de blé que l’on descendraient à l’aide de la réa, jusqu’au pied de la tour pour que les moulins les transforment en farine. Juste au-dessous, dans une vaste salle, s’alignaient les bas-flancs des archers qui défendraient de leurs flèches les créneaux. Suivait la salle d’armes où l’on tenait en réserve les lances, hallebardes, flèches, javelots que l’on distribuerait en cas d’attaque. Venait ensuite la salle de conseil où le comte recevait les hôtes avec lesquels il avait à s ‘entretenir en privé, enfin l’on arrivait à la salle des gardes avant de déboucher dans la cour quils traversèrent pour rejoindre le corps principal, large bâtisse aux hautes fenêtres lon séjournait en temps dété. Lhiver lon préférait les murailles épaisses du donjon qui vous préservaient mieux des froidures de lhiver et plus faciles à chauffer. Des cheminées ornées des blasons des domaines dépendant du comté, engloutissaient sur leurs chenets à têtes de cerfs les arbres coupés dans la forêt voisine. Elles réchauffaient tant bien que mal les hautes pièces à poutres apparentes peintes et sculptées en griffons lon se réunissait lors de festivités pour banqueter devant ces troubadours et saltimbanques venus pour égayer les longues soirées de lhiver. Leurs acrobaties, leurs jongleries et leurs chants damour leur valaient les faveurs seigneuriales et leur assuraient quelques journées et quelques nuits confortables et rémunératrices. Les troubadours chantaient et contaient les exploits des preux lors d’anciennes batailles en les glorifiant lorsqu’ils concernaient des aïeux de leurs hôtes du moment. Ils touchaient alors le cœur tendre des femmes, le cœur vaillant des hommes et quelques pièces de monnaie généreusement distribuées. Et lorsque le vin, les chansons et les poèmes avaient ouvert les cœurs, il arrivait que souvrent également les draps et les paillasses pour des élans dune nuit.


 


 


 


 

*


 


 

De retour auprès de son épouse le jeune vicomte prit son fils dans ses bras et le recommanda à ses bons soins le temps de son absence.

— Jeanne, ma mie, je ne sais pas quand nous nous reverrons, ni même si nous nous reverrons. Je serai absent sans doute pour au moins cinq années ; je te confie ce petit Robert, troisième du nom qui restera auprès de toi en gage de nos serments de fidélité. Pour moi, sache que je my tiendrai autant que je le pourrai. Pour toi, je ne te demande que de préserver sans tache le nom que je transmets à mon fils. Je sais que notre curé ty aidera par ses prières et son aimable regard sur ton entourage. Ma mère tassistera dans léducation de notre petit Robert.

— Mon cher mari il en sera comme tu le souhaites. Je puis t’assurer que notre fils aura une éducation digne de notre famille. Quant à ma fidélité, elle test garantie, car je tai donné ma foi devant Dieu et te la conserverai tant que tu vivras. Naies pas dinquiétude, il nest dans notre entourage, nul vieillard ou godelureau qui pourrait me conduire à renier mon serment de fidélité. Et mon amour pour toi saura me préserver de tout. Allons, pars tranquille et reviens-moi bientôt. Jaimerais donner rapidement à cet enfant des frères et sœurs issus de notre union.

La nuit dadieu fut tendre. À laube, le Vicomte Robert et son père se mirent en route à la tête dune petite caravane dune trentaine dhommes liges, montés sur de lourds chevaux capables de les porter avec leur armure lorsque cela serait nécessaire, accompagnés de leurs écuyers, de quelques serviteurs. Une dizaine de volontaires enflammés par les sermons de labbé appelant à reprendre aux Maures la ville sainte, avaient souhaité se joindre à la petite troupe et seraient les premiers sacrifiés dans les combats à venir. Une dizaine de chariots portaient armures, armes, effets de voyages et nourriture, bien que cette dernière soit le plus souvent « offerte » par les populations des fiefs traversés. Ils allaient se joindre aux troupes de lost royal, en attente dembarquement sur une nef qui leur ferait traverser la mer.

Du haut du donjon, les femmes suivirent longtemps du regard leurs deux Robert arborant fièrement leurs couleurs. À leurs pieds, les vilains vaquaient à leurs tâches plébéiennes, comme indifférents au départ de la petite troupe. Cette expédition ne concernait principalement que leurs seigneurs. Les compagnons des deux seigneurs se constituaient essentiellement de jeunes vassaux accompagnés de leurs écuyers, encadrés par des hommes d’armes ayant déjà une longue pratique des confrontations armées.


 


 


 


 

*


 


 


 


 

Robert « le jeune », se rêvait Ulysse, vainqueur de Troie, en tâchant de gagner dabord Jérusalem. Il ne pensait pas que, comme le Héros grec, il serait absent plus de dix années. Il avait fallu dabord batailler contre des attaques de brigands le long de la route ; contre toutes les lois de la chevalerie et malgré lÉdit royal, plusieurs châteaux avaient refusé douvrir leurs portes pour les accueillir, prétextant craindre une ruse de leurs ennemis, bien que le gonfanon de tête ne laissât aucun doute sur la personnalité et la qualité des voyageurs. Il fallut rejoindre le gros de larmée à Lyon avant de traverser lItalie, puis la Grèce pour atteindre Constantinople. On se joignit alors à d’autres armées venues prendre part à la Croisade. Les nefs affrontèrent une forte tempête qui dispersa les vaisseaux, dont plusieurs sombrèrent avant de toucher terre sur lîle de Chypre ; Puis l’on dut résister lors des marches, à la chaleur insupportable sous les lourdes armures métalliques dont les éclats renvoyés par le soleil se voyaient de loin et prévenaient les troupes ennemies, de leur arrivée. Bien des combattants en moururent avant même davoir engagé la moindre escarmouche. La terre de Palestine se révéla rapidement peu hospitalière. On appris qu’un grand empereur s’était noyé en traversant une rivière.


 


 


 

*

Il y eut de grandes batailles devant plusieurs villes lon mit le siège avant de les conquérir. Lorsque, lon arriva enfin devant les murs de Jérusalem, ce fut pour sinstaller dabord dans un campement mal protégé des attaques. Il fallait prendre la ville pour sassurer une certaine sécurité. Malgré les lourdes armes, les engagements pour y parvenir furent longtemps vains et nul ninventa de « Cheval », pour en forcer les portes. Au cours de lun de ces combats, Robert vit son père tué par une pique et fut lui-même désarçonné et sérieusement blessé par un cimeterre qui lui fendit son heaume et lui ouvrit le crâne. Gisant au sol ensanglanté et inanimé, il fut laissé pour mort, nul ne se risquant à venir le secourir sous la violence des combats. Repoussés, les Croisés se replièrent à l’abri d’une forteresse devant laquelle les ottomans mirent le siège quelques jours avant de s’éloigner, attendant une nouvelle sortie qui leur permettrait d’infliger une nouvelle défaite à leurs ennemis.

Ce fut après la bataille qu’un médecin maure remarqua que Robert respirait encore faiblement. Fait prisonnier, il survécut grâce aux soins de ce médecin, dont le savoir lui assura une guérison lente, mais complète. Hormis une amnésie concernant son identité. Le coup porté au crâne avait effacé de sa mémoire tout ce qui le concernait. Seules ses armes, brodées sur sa tunique, attestaient de sa qualité. Des espions introduits dans le camp chrétien, plusieurs prisonniers en firent une identification partielle. On envoya des émissaires auprès des croisés pour réclamer une rançon, mais la réponse ne pouvait intervenir avant bien des mois, voire une année puisque le roi devait tout dabord donner son accord, après que des héraldistes eurent attesté de lauthenticité des écus reproduits. Ensuite de quoi lon se mit en quête de réunir la lourde somme demandée, que lon tenta de faire abaisser, par de longues négociations. Dans lattente du règlement des tractations et dès son rétablissement physique, Robert fut traité en esclave. D’abord employé à des terrassements, il su rapidement parler suffisamment bien la langue de ses geôliers pour servir de « truchement » en traduisant les entretiens qui pouvaient se tenir entre forces chrétiennes et mauresques.


 

Il apprit par ses geôliers, les faits darmes des troupes chrétiennes et la prise de Jérusalem, avec le bain de sang qui s’en suivit de la part des chrétiens, massacrant jusqu’aux enfants sur leur passage. Il s’insurgea contre cette barbarie, regrettant que certains de ses compagnons, dont il respectait le lignage et la droiture, et s’érigeant en défenseur du Christ, aient pu se laisser aller à une telle conduite.

Il restait un prisonnier que lon maintenait en vie dans lattente dune rançon. On connut sa véritable identité, après de longs mois, par le biais de certains de ses compagnons, également prisonniers. Il fallut la lui répéter longuement, avant que la mémoire commence de lui revenir, par bribes, par images entrevues, par l’interprétation de ses rêves. Des rêves dans lesquels il revoyait son enfance, ses parents, ses amis, son épouse.

Mais il ne savait quand, ni si la rançon serait payée. Alors il se morfondait dans le palais de l’émir qui le retenait en captivité. Une captivité peu contraignante hormis le fait de ne pouvoir s’éloigner des murs du palais. Il pouvait se promener dans les jardins, assister à des réjouissances et même avoir des femmes. Il s’agissait de femmes enlevées lors de razzias menées contre des tribus ennemies ou contre des communautés européennes. Mais Bertrand s’abstenait de toute relation avec ces dernières, ne souhaitant pas porter atteinte à l’honneur de compatriotes. Même si elles n’appartenaient ni à son rang, ni à la même nation. D’autant que, nombre d’entre-elles appartenaient à des communautés religieuses venues pour évangéliser les autochtones. Mais il puisa largement parmi les femmes issues d’autres ethnies et il advint que plusieurs d’entre-elles devinrent grosses, L’enfant leur étant ôte pour rejoindre les rangs des eunuques.

Cependant l’une d’elles sut devenir une concubine officielle et quasi unique, qui lui donna deux enfants qui purent rester avec leur mère. Mais si elle avait sa préférence dans son lit, jamais elle ne partagea ses appartements, restant confinée dans le sérail où les autres femmes se devaient de la servir.


 

Un jour arriva pourtant, où un émissaire vint annoncer que la rançon demandée était en passe d’être payée. Informé, Robert ne songea plus qu’au retour vers son château, son fils et Jeanne. Mais il devait auparavant se montrer un chevalier fidèle à son serment et son engagement et participer encore à la protection des lieux Saints. Le paiement de la rançon le libérait de ses geôliers, pas de son engagement à défendre les Lieux Saints. Il ne savait pas quand il reverrait Jeanne et Robert et les nouvelles ne parvenaient que rarement jusqu’à leurs destinataires.

Après son départ sa concubine et ses enfants furent bannis par l’émir et abandonnés au désert. Retrouvés par une caravane, ils devinrent esclaves et furent vendus séparément sur le marché de Damas.


 


 

*


 


 


 

Jeanne, était la fille d’un hobereau de son fief. Il avait fait sa connaissance alors que son père était venu pour l’hommage annuel, accompagné de sa femme et de sa fille aînée. Robert avait apprécié la discrétion et la modestie dont cette dernière faisait preuve, ainsi que son port droit dans une robe au décolleté mettant discrètement en valeur sa poitrine aux galbes prometteurs. Alors, au cours d’une chasse, il était passé par le castel de son vassal. Il avait été reçut comme il se doit et fait sa demande au père de Jeanne. Une demande qui ne se refusait pas.

Les noces avaient été célébrées par l’évêque et le roi avait demandé au duc de le représenter lors de la cérémonie et fait porter une broche d’or et diamants pour la jeune épouse et une longue et large épée, avec sa dague à lames damassées, dont les gardes affichaient en émail, l’écusson du comte surmontées d’un pommeau d’argent, pour le marié.

Le banquet avai été à la hauteur du rang et l’on avait installé des planches sur des tréteaux, recouvertes de tissus carmins et de napperons de dentelles. Les plus proches parmi les chevaliers encadraient le couple. Hormis Jeanne, la jeune épouse, les femmes se retrouvaient en bouts de tables.


 


 


 


 

Afin de payer sa part de la rançon, Jeanne avait vendu la plupart de ses bijoux, mais conservé les cadeaux royaux, craignant d’indisposer leur donateur.

Les jeunes époux s’étaient installés aussitôt après les noces, dans leurs appartements du château. Jeanne avait été séduite par cet homme jeune dont la prestance et la vaillance au combat attiraient les regards de bien des femmes. Elle fut flattée d’être choisie lorsqu’il lui présenta la couronne de laurier remportée de hautes luttes, lors d’un tournoi. Elle fut dès lors très amoureuse de son mari. Et leur premier fils était né un an plus tard.

Jeanne avait su se faire respecter des gens du comte par son écoute, son respect envers eux, traitant chacun avec humanité, ainsi que par son autorité. Elle avait elle-même allaité ses enfants nés les confiant aux nourrices que pour les changes. Comme de tradition, c’est elle qui gérait la domesticité et la basse-cour et veillait à la bonne marche des cuisines. Et Robert appréciait que sa femme sache le décharger de ces tâches quotidiennes, lui laissant toute latitude pour l’administration de ses domaines et la conduite des luttes armées.

Elle ne manquait pas d’assister aux tournois dans lesquels il apparaissait, tremblant pour lui lors des charges menées lance en main, au galop des lourd chevaux de guerre. Elle avait applaudi lorsqu’il faisait chuter ses adversaires et pleuré lorsqu’il se faisait renverser. Et il se montrait ombrageux et particulièrement dur envers celui qui avait l’audace de choisir Jeanne pour sa dame et avait le malheur de l’affronter par la suite. Il se disait qu’il avait gravement blessé d’un coup de dague, l’un de ces audacieux, qui ne dû la vie sauve qu’à la clémence du duc, présent ce jour-là.


 


 

*


 

Les émissaires chargés de collecter la rançon, avaient parcouru un périlleux chemin afin de parvenir jusqu’en la cour de France. La régente les avaient reçu et informés qu’elle ne pouvait réunir la totalité de la somme demandée. D’autres preux de qualités se trouvaient également aux mains d’ennemis et devaient également payer rançon. Quant à Jeanne, la vente de ses plus beaux bijoux et d’une partie du domaine ne suffisait pas à combler l’énorme somme demandée. Elle avait promis de préserver l’intégrité des biens de son beau-père, de son mari et de son fils et ne pouvait se résoudre, sans leur avis, à les aliéner de quelque manière que ce fut. Elle remit toutefois une importante somme d’argent afin de prouver sa bonne foi et sa bonne volonté aux envoyés des maures.

Parmi eux se trouvait un jeune seigneur du voisinage, vassal du comte, que l’on avait chargé de prouver à la comtesse que son mari était encore en vie, pour en avoir recueillit de sa main les marques de reconnaissance prouvant sa bonne foi. Il s’appelait Bertrand et le comte venait de l’armer chevalier pour en faire une émissaire respecté. Le nouveau chevalier se chargea au mieux de sa mission.

Il rencontra la reine, régente du royaume, s’assura l’amitié de puissants seigneurs, sut que, pour d’autres, la situation délicate dans laquelle se trouvait le comte, constituait une opportunité de prendre sa place au conseil, voire de le spolier de certains de ses biens. Il fut un ardent défenseur de son suzerain et obtint la promesse que l’on préserverait les intérêts do comte.

Avant de repartir il rendit compte de sa mission à la cour, à la comtesse qui lui remit, en plus de la part de rançon qu’elle avait pu réunir, un portait d’elle et de son fils, maintenant âgé de cinq ans.

« Chevalier, je vous remercie de votre loyauté envers mon époux. Sachez qu’il y aura toujours une place pour vous en mon cœur, pour ce que vous accomplissez aujourd’hui, pour lui. »

Bertrand revint vers le palais maure, sous la haute protection de cinq chevaliers du Temple, afin qu’il puisse accomplir pleinement sa mission jusqu’en  Palestine, où il remit les fonds récoltés, pour le paiement de la rançon de sire Robert.

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  • Semeur d’échos

Un voyage dans le passé qui vaut le détour !

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Un récit cohérent et pittoresque.

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  • Semeur d’échos

Un texte moderne qui reprend avec bonheur la tradition des romans de chevalerie.

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