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Les contes de l'obscur - Un spectre en ce manoir 3/3

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un spectre en ce manoir

 

 

Jadis, dans un petit village perdu au cœur de la vallée, s’élevait un vieux manoir abandonné depuis des décennies. La bâtisse, cernée d'arbres aux branches tordues et recouverte de lierre rampant, était devenue la demeure d'un fantôme du nom d'Aloysius, ancêtre probable du dernier occupant des lieux.

 

Ce château avait très mauvaise réputation dans la région. On racontait que des morts-vivants y erraient et que des fantômes poussaient des cris affreux en pleine nuit. La rumeur faisait courir le bruit également qu’une fois entré, nul ne pouvait ressortir. Mais on raconte beaucoup de choses…

 

En fait, invisible aux yeux des humains, Aloysius, de naturel farceur, aimait jouer des tours aux rares visiteurs un peu trop curieux qui s'aventuraient dans le manoir. Il avait une sainte horreur des humains, connaissant leurs défauts. Mais il était suffisamment charitable pour se borner à leur infliger une bonne leçon. Il espérait toujours que ces curieux pitoyables qui exploraient la demeure ancienne retiendraient le message et apprendraient les vraies valeurs.

 

Cette année-là, quelques adolescents, bien décidés à tester leur courage, s'étaient donné rendez-vous devant le portail du manoir pour en franchir le seuil. Dès leur arrivée, Aloysius ressentit un frisson d'excitation. "Parfait ! Des victimes fraîches pour mes blagues !", pensa-t-il en ricanant.

 

Les jeunes entrèrent en file indienne, armés de torches et de paquets de chips pour se donner du courage. À peine eurent-ils franchi le seuil que la porte se referma brutalement derrière eux, les plongeant dans une obscurité soudaine.

 

Ils allumèrent prestement leurs lampes et l'un d'eux, Jules, rit nerveusement :

— Coucou ! Qui est-ce ?

 

Mais seul Paul répondit avec angoisse :

— Qui m'a tiré les cheveux ? Arrêtez, ce n’est pas drôle !

 

Ses amis protestèrent de leur innocence mais la tension monta d’un cran.

 

— Vous êtes les bienvenus… pour toujours…

 

Ces mots mystérieux, comme prononcés par une voix sépulcrale sous la voûte, résonnèrent dans toute la pièce, glaciale et sinistre. Les jeunes gens restèrent figés, incapables de bouger.

 

Dans son coin sombre, un sourire diabolique dessiné sur ses lèvres aussi minces qu’invisibles, Aloysius se frottait les mains. Qu’elles soient transparentes ne le gênait guère. Il exultait. Voilà une soirée réussie ! Il avait réussi à tétaniser cinq jeunes prétentieux.

 

Finalement, dans un élan de terreur, la petite bande se mit à courir en hurlant vers la sortie, laissant derrière elle ses sachets de junk food et quelques sneakers. La porte du vieux château s'ouvrit toute seule en grinçant, comme pour les inviter à fuir, puis se referma doucement une fois qu'ils eurent disparu dans la nuit.

 

Arrivés à bonne distance du manoir, les jeunes s’arrêtèrent pour reprendre leur souffle. Ils constatèrent avec terreur que l’un d’eux, Christophe, manquait à l’appel. Quelle horreur ! Il était resté prisonnier dans le manoir, sans doute, en tête-à- tête avec la créature maléfique qui semblait le hanter.

 

Ils se concertèrent rapidement. Fallait-il retourner en arrière et tenter de sauver leur ami ? Certes, c’était la chose à faire mais, curieusement, aucun des adolescents présents ne semblait pressé de faire le premier pas dans la direction du repaire hanté.

 

Finalement, en regardant dans le vide, ils se dirent au revoir et rentrèrent au plus vite chez eux, chacun de son côté. Ils se retrouveraient le lendemain au lycée. Promesse fut faite de ne rien dire de leur équipée nocturne ni de la disparition de l’un d’entre eux. Ils seraient solidaires dans le secret et se soutiendraient. Ainsi, ils ne seraient pas inquiétés par la police qui finirait, c’était certain, par classer l’affaire.

 

Après une nuit agitée de multiples cauchemars, les jeunes se retrouvèrent comme prévu dans le lycée familier. Tandis qu’ils discutaient dans la cour de l’établissement scolaire, ils eurent la surprise de voir surgir leur ami Christophe, la démarche légère, un sourire aux lèvres. Il expliqua à ses « amis » éberlués qu’il avait seulement fui dans une autre direction. La bande se garda bien de lui révéler qu’ils s’étaient concertés pour l’abandonner finalement à son sort au nom du « chacun pour soi ».

 

Les choses reprirent leur cours normalement, mais les adolescents se contentèrent dorénavant de faire les quatre cents coups au centre-ville. C’est la seule leçon qu’ils retinrent de leur équipée pitoyable. Aloysius avait sans doute raison de se méfier des humains.

 

 

FIN

 

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ah elle est belle, la jaunesse! 😉 Conte satirique plus qu'horrifique, bien mené avec sa part de suspense. Qui sait si cet Aloysius n'est pas le célèbre Bertrand dont les poèmes en prose sont si joliment hantés?

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Un poète que j'aime beaucoup aussi, Thy Jeanin, précurseur du poème en prose !

 

"Il était nuit. Ce furent d'abord, - ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, - une abbaye aux murailles lézardées par la lune, - une forêt percée de sentiers tortueux, - et le Morimont(*) grouillant de capes et de chapeaux.

     Ce furent ensuite, - ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, - le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, - des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ramée, - et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.

     Ce furent enfin, - ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, - un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, - une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, - et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.

     Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.

     Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, - et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.

(*) C'est à Dijon, de temps immémorial, la place aux exécutions."

   Aloysius Bertrand - Gaspard de la nuit - Livre III - 1842

Posté(e)

Oh oh ... j'aime beaucoup cet Alyosus et l'autre aussi, d'ailleurs 😉 

Posté(e)
Le 16/11/2024 à 12:58, Alba a écrit :

Un spectre en ce manoir

 

 

Jadis, dans un petit village perdu au cœur de la vallée, s’élevait un vieux manoir abandonné depuis des décennies. La bâtisse, cernée d'arbres aux branches tordues et recouverte de lierre rampant, était devenue la demeure d'un fantôme du nom d'Aloysius, ancêtre probable du dernier occupant des lieux.

 

Ce château avait très mauvaise réputation dans la région. On racontait que des morts-vivants y erraient et que des fantômes poussaient des cris affreux en pleine nuit. La rumeur faisait courir le bruit également qu’une fois entré, nul ne pouvait ressortir. Mais on raconte beaucoup de choses…

 

En fait, invisible aux yeux des humains, Aloysius, de naturel farceur, aimait jouer des tours aux rares visiteurs un peu trop curieux qui s'aventuraient dans le manoir. Il avait une sainte horreur des humains, connaissant leurs défauts. Mais il était suffisamment charitable pour se borner à leur infliger une bonne leçon. Il espérait toujours que ces curieux pitoyables qui exploraient la demeure ancienne retiendraient le message et apprendraient les vraies valeurs.

 

Cette année-là, quelques adolescents, bien décidés à tester leur courage, s'étaient donné rendez-vous devant le portail du manoir pour en franchir le seuil. Dès leur arrivée, Aloysius ressentit un frisson d'excitation. "Parfait ! Des victimes fraîches pour mes blagues !", pensa-t-il en ricanant.

 

Les jeunes entrèrent en file indienne, armés de torches et de paquets de chips pour se donner du courage. À peine eurent-ils franchi le seuil que la porte se referma brutalement derrière eux, les plongeant dans une obscurité soudaine.

 

Ils allumèrent prestement leurs lampes et l'un d'eux, Jules, rit nerveusement :

— Coucou ! Qui est-ce ?

 

Mais seul Paul répondit avec angoisse :

— Qui m'a tiré les cheveux ? Arrêtez, ce n’est pas drôle !

 

Ses amis protestèrent de leur innocence mais la tension monta d’un cran.

 

— Vous êtes les bienvenus… pour toujours…

 

Ces mots mystérieux, comme prononcés par une voix sépulcrale sous la voûte, résonnèrent dans toute la pièce, glaciale et sinistre. Les jeunes gens restèrent figés, incapables de bouger.

 

Dans son coin sombre, un sourire diabolique dessiné sur ses lèvres aussi minces qu’invisibles, Aloysius se frottait les mains. Qu’elles soient transparentes ne le gênait guère. Il exultait. Voilà une soirée réussie ! Il avait réussi à tétaniser cinq jeunes prétentieux.

 

Finalement, dans un élan de terreur, la petite bande se mit à courir en hurlant vers la sortie, laissant derrière elle ses sachets de junk food et quelques sneakers. La porte du vieux château s'ouvrit toute seule en grinçant, comme pour les inviter à fuir, puis se referma doucement une fois qu'ils eurent disparu dans la nuit.

 

Arrivés à bonne distance du manoir, les jeunes s’arrêtèrent pour reprendre leur souffle. Ils constatèrent avec terreur que l’un d’eux, Christophe, manquait à l’appel. Quelle horreur ! Il était resté prisonnier dans le manoir, sans doute, en tête-à- tête avec la créature maléfique qui semblait le hanter.

 

Ils se concertèrent rapidement. Fallait-il retourner en arrière et tenter de sauver leur ami ? Certes, c’était la chose à faire mais, curieusement, aucun des adolescents présents ne semblait pressé de faire le premier pas dans la direction du repaire hanté.

 

Finalement, en regardant dans le vide, ils se dirent au revoir et rentrèrent au plus vite chez eux, chacun de son côté. Ils se retrouveraient le lendemain au lycée. Promesse fut faite de ne rien dire de leur équipée nocturne ni de la disparition de l’un d’entre eux. Ils seraient solidaires dans le secret et se soutiendraient. Ainsi, ils ne seraient pas inquiétés par la police qui finirait, c’était certain, par classer l’affaire.

 

Après une nuit agitée de multiples cauchemars, les jeunes se retrouvèrent comme prévu dans le lycée familier. Tandis qu’ils discutaient dans la cour de l’établissement scolaire, ils eurent la surprise de voir surgir leur ami Christophe, la démarche légère, un sourire aux lèvres. Il expliqua à ses « amis » éberlués qu’il avait seulement fui dans une autre direction. La bande se garda bien de lui révéler qu’ils s’étaient concertés pour l’abandonner finalement à son sort au nom du « chacun pour soi ».

 

Les choses reprirent leur cours normalement, mais les adolescents se contentèrent dorénavant de faire les quatre cents coups au centre-ville. C’est la seule leçon qu’ils retinrent de leur équipée pitoyable. Aloysius avait sans doute raison de se méfier des humains.

 

 

FIN

 

 

Je commence par la fin Alba et je ne reste pas sur ma faim 😉 je m’en vais lire les autres tout de même car tu m’as mis en appétit …

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous !

 

Deux mondes en opposition, les prénoms sont si révélateurs...

 

Toujours la face émergée de l'iceberg !

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