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Accents poétiques

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Le crime parfait

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le crime parfait

 

 

Elle s'émerveilla de cette couleur carmin qui jonchait le sentier, là-bas, dans le grand parc attenant au château. Une foule d'iris, dressés bien droit sous le soleil de juin, enchantait sa promenade.

 

Angers est une bien jolie ville,  douce cité des anges au parfum d'oranger, se disait-elle. Elle avait l'âme d'une poétesse mais hélas ! également, l’intelligence d’une criminelle. 

 

Il lui fallait rentrer à présent et préparer le déjeuner de son "tyran domestique". Son mari l'assommait par ses discours sans fin, son appétit de vivre tellement vulgaire et cette funeste habitude de jouer au tiercé et au loto comme le plus ordinaire des Angevins.

 

Ah ! S'en débarrasser, une bonne fois pour toute, être enfin tranquille, mener une vie paisible loin de cette volière dans laquelle il l'enfermait par ses pépiements continuels et voraces !

 

Mais comment faire ? Elle s'interrogeait souvent. L'occasion se présenta un dimanche à midi, après une course folle dans les rues de la ville, transformées en brocante géante par les bons soins de la municipalité.

 

Elle eut une idée qui pouvait peut-être, pensa-t-elle, résoudre ses problèmes conjugaux. Elle prépara la table du déjeuner savamment, de façon à accumuler un maximum de pièges pour son époux. Ce dernier devait, naturellement, ne se douter de rien.

 

Lorsque les douze coups de l'horloge de Saint-Gratien retentirent, sa voix flûtée appela son mari pour lui indiquer que le repas était servi et qu'il n'y avait plus qu'à passer à table. Le mari en question leva le nez de ses grilles de loto en hâte : il avait grand-faim, la recherche du matin parmi les stands l'avait mis en appétit.

 

Sitôt assis, il enfourna une grande fourchetée de carottes râpées. Las, l'assaisonnement laissait à désirer. Beaucoup trop insuffisant... Il tendit la main vers la vinaigrette, non sans se remplir à nouveau la bouche de carottes bien sèches. La bouteille était vide ! Il tenta alors d'avaler le contenu de sa mastication en hâte : il commençait à étouffer, sous le regard en coin de sa tendre épouse.

 

Cela lui fut impossible. Le bouchon végétal restait coincé en travers de son gosier. Il essaya en hâte de se servir un verre d'eau pour humidifier la chose. Peine perdue. Affolé, il constata que la carafe posée devant lui était dénuée de la moindre goutte d'eau.

 

Il commençait à devenir rouge comme un coq : il étouffait, il manquait d'air. Les carottes râpées agglomérées empêchaient ses poumons de se remplir d'oxygène correctement.

 

Il se leva d'un bond pour se précipiter vers la cuisine et tenter de boire un verre d'eau salvatrice. Mais en secouant la poignée de la porte, il réalisa, hagard, que les portes étaient fermées de l'intérieur. Impassible, sa femme le regarda devenir violacé, confronté qu'il était à son destin.

 

Il ne tarda pas à s'effondrer sur la moquette de la salle à manger, agité de convulsions. Ce fut vite terminé.

 

La tendre épouse, poétesse de cœur, se leva, un sourire aux lèvres. Après avoir déverrouillé les battants de la porte de la salle à manger, elle alla chercher le flacon de vinaigrette plein à la cuisine et le déposa sur la table. Elle remplit ensuite la carafe d'une eau fraîche et transparente.

 

Elle appela enfin les secours. Sa voix était tout à fait convaincante et délicieusement angoissée.

 

Le médecin des pompiers, venu en urgence, ne put que constater le décès de Monsieur Jacques Lefrançois à 12h45. Il ne manqua pas d'avoir une parole compatissante pour sa veuve éplorée.

 

Le crime parfait, en quelque sorte, celui d'une épouse vindicative et criminelle, aimant si passionnément les iris carmins...

 


FIN

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je ne mangerai plus de carottes râpées qu’en présence d’un avocat.

Posté(e)

Au moins, mourir avec les cuisses roses et l'air aimable, c'est sympa. 

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous !

Je connais un bon avocat, Jeep, il sent un peu la crevette, mais ce n'est pas grave.

Joailes, certes, pour les autres !

 

mvp2.jpg

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Récit fluide, contrairement à la bouchée de carottes!

Tyrans domestiques, tremblez!

Attention toutefois qu'on ne te carotte ton idée: fais-la breveter.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

C'est fait, Thy Jeanin, merci pour la suggestion !

Posté(e)

Je n'aurai jamais cru pouvoir dire préférer un jour le bâton à la carotte... 

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup !

 

Comme quoi, tout arrive, quand on passe (ou qu'on trépasse) à table.

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