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Accents poétiques

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Combe Laval

Featured Replies

Posté(e)

Dans le concert des lames qui enchantent l’aubier

 

… Aubier vite morose !...

 

ils éclaircirent leurs voies vert-cristal sur les sommets translucides.

 

Des haches transalpines scandaient dès le matin de vives marches harmoniques. Les arias des scies reines et des passe-partout résonnaient de parois en vallons. Les grumes s’égosillaient et s’empilaient pour vaincre l’horizon. Elles devinrent si nombreuses qu’il fallut bientôt les descendre dans la vallée.

 

Alors, ils se heurtèrent aux sourdes tessitures verticales : d’ici, pour choir du chanfrein au murmure, on devait dégringoler mille mètres de falaises muettes.

 

Ils s’assirent au bord du gouffre afin de s’affûter les méninges.

 

Après de longues nuits sans musique, des nuits de silence, des nuits de soupirs parfois, une idée se prit à danser à portée de leur espoir.

 

Oh ! Une idée simple,

 

une idée à Dédé, une idée à système D…

 

Mais qui méritait qu’on lui souffle dans le derrière pour libérer ses craintes intestinales.

 

Soudain, l’évidence s’ouvrit à leurs yeux : ça pourrait gazer en inscrivant un passage dans les veines de la falaise.

 

Les plus jeunes entreprirent de tracer leur route.

 

Marionnettes novices, ils pendaient au bout d’un avenir tressé au chanvre de l’aventure. Genoux pliés, ils nourrissaient la paroi de longues guimauves rouges, allumaient une mèche, poussaient fort sur leurs pieds et se balançaient dans le vide pendant que la roche explosait, hilare, en un gigantesque feu d’artifice.

 

Point d’artifice, pourtant. Mais du vrai, du vécu, du trépas à la moindre erreur !

 

Bien que périlleux, les premiers instants furent grisants. Plus tard, ils se durcirent. Eux s’aperçurent que se frayer un chemin dans les accrocs de la vie ne relevait pas de la poésie.

 

La veine taillée, il restait à tracer la voie.

 

Ils s’abîmèrent les mains, le dos et la tête pendant  des jours. Les meurtrissures succédaient aux entailles, les fractures aux ecchymoses. Des mois durant, ils s’échinèrent à percer, creuser,  déblayer, niveler.

 

Certains restèrent vautrés, inertes, sous des mastodontes minéraux décrochés de la voûte comme par enchantement.

 

D’autres s’en retournèrent, contrits, à peine supportés par des cannes de bois sec qui leur lacéraient les aisselles. Des mains s’escamotèrent, des dos se figèrent, des cris frissonnèrent, des douleurs étouffèrent.

 

Des superstitions individuelles naquit un élan collectif, incertain d’abord, solide ensuite, gonflé de certitudes pour finir.

 

Volontaires, ils forgeaient leur devenir aux souffles robustes de l’expérience. L’inquiétude fragile précéda la persévérance  féroce. Les gestes hésitants s’oublièrent dans les postures expertes. On s’accouda même à l’assurance sur les parapets naissants.

 

De virage en virage, l’avenir se dessinait, passant du fusain à l’encre indélébile. On parvenait enfin à se rire de la sinuosité et à s’affranchir de la résistance. L’été grandissait sans cesse vers le triomphe du solstice.

 

Peu après la saint Jean et ses farandoles prometteuses, un premier chariot entama la descente et parvint sur les rives de l’Isère qui flotterait désormais les troncs jusqu’aux ports sur le Rhône.

 

D’autres suivirent, continuelles chenilles sur les flonflons de la joie retrouvée.

 

Eux, satisfaits, se sentirent enfin adultes, prêts à affronter les transports de nouvelles futaies. Ils se séparèrent d’une poignée de main franche, le regard dans le regard. Ils s’en allèrent, sans hâte et sans crainte, sur l’amble chaloupée du voyage.

 

 

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Photo Papy Adgio - La route vertigineuse de Combe Laval (26)

Modifié par Papy Adgio

Posté(e)

Très joli récit alpestre. Des mots entre silex et granit francs comme des mollets montagnards. On sent que vous aimez les mots et on s'en réjouit. 

Posté(e)
  • Administrateur

Vous savez emmener votre lecteur dans une bien belle promenade alpestre.

Ce texte est tout à fait plaisant à lire.

Posté(e)

Une très belle histoire bien contée et la photo pour donner la perspective de ces paysages sauvages que j'aime. J'ai passé un agréable moment, merci !

 

Posté(e)
  • Auteur

Heureux de vous avoir permis une petite balade sur mes mots et dans mes montagnes.

Posté(e)

Belle immersion montagnarde. On a envie de prendre son bâton de Pèlerin et de humer à pleins poumons le grand air des grands espaces. 

Posté(e)

Oui. Je voyais les paysages que je n connais pas. J’aime beaucoup cet entre deux de qui parlez-vous ?

Merci de vos mots, joyeux et gaillards.

Posté(e)
  • Auteur

Merci à tous les deux. J'ai voulu rendre un petit hommage aux hommes qui ont tracé les routes du vertige qui ont permis de désenclaver le Vercors et, au-delà, à la solidarité qu'imposent les travaux collectifs et les liens qu'ils permettent de tisser. Pour tracer ces routes, les plus jeunes se suspendaient à la paroi au bout d'une corde, s'éloignaient à la force de leurs pieds pendant que le bâton de dynamite explosait : mieux que chez Gruss !

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