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Que ne reste que la poésie

Featured Replies

Posté(e)

" Un jour nous comprendrons que la poésie n'était pas un genre littéraire mal vieilli mais une affaire vitale, la dernière chance de respirer dans le bloc du réel ".

(Christian Bobin)

 

 

Très régulièrement, et avec des petits cris de joie, je fais du tri ; c'est incroyable comme je me sens mieux quand quelques gros sacs poubelle noirs s'entassent derrière la porte en attendant mon bon vouloir de les descendre dans le local réservé à cet effet.

Il me faut descendre les étages aussi discrètement que possible, dans ma tenue de camouflage et je sais bien que c'est risible, mais pas impossible. 

Ça m'arrive souvent le mardi, je ne sais pas pourquoi, ce doit être un jour béni dans mon calendrier gigantesque qui orne le mur du salon grotesque tant il est dépouillé de tout.

Dès le matin, après le petit déjeuner solitaire derrière la verrière, celui que je préfère, je m'acharne sans état d'âme sur les objets qui, dit-on, en ont un.

Toutes ces choses inutiles, futiles, qui, croit-on, sont là pour une bonne raison.

La poussière se soulève, fâchée d'être dérangée dans son état somnolent, allez, ma fille, il est grand temps d'aller voir ailleurs si j'y suis.

Un grand coup de plumeau et elle s'éloigne comme un oiseau qui ira se poser ailleurs … sur d'autres bibelots qui rappellent les bonheurs morts qui font mal alors pourquoi les garder ?

Et je m'attaque à mains nues aux innombrables boîtes qui encombrent les étagères avec des étiquettes écrites à la main par grand-mère qui ne jetait rien.

Je me moque de moi-même, pourquoi ai-je gardé ces petits bouts de laine, ces débris de dentelle, ces boutons de nacre, ces immortelles desséchées au parfum âcre, ces broderies antiques ?

Tout ceci me donne des tics.

Allez hop, comme dirait un barde exilé dans le Cotentin, je n'en ai pas besoin.

La suivante contient je vous le donne en mille toute une collection de billes dont les noms, il est vrai, m'ont souvent inspirée : pépite, dragon, terre, œil de chat, espace, galaxie, univers, dauphin, baleine, dalmatien, chinoise …

Hop, hop, sans regret … j'oublie avec quelle sueur je les ai gagnées.

J'ouvre deux boîtes à la fois, pour aller plus vite ; je tombe sur des recettes, ça fait longtemps que je les ai dans la tête, je sais faire des frites tout de même et la ratatouille n'a aucun secret pour moi.

Et puis des lettres d'amour, dont la date de péremption est depuis très longtemps dépassée, mélangées aux photos sépia de visages oubliés.

D'ailleurs, le pire , c'est les photos qui ramènent des souvenirs ; tiens j'avais oublié Valparaiso, Tokyo, Porto ; la vallée des soupirs, tous ces voyages incognito !

Il y a des cartons délicats où c'est écrit fragile en lettres rouges ; le mieux serait de ne pas les ouvrir, mais il est très difficile de faire ça.

Ce sont des objets qu'il faut revoir une dernière fois.

Armée de courage, je n'hésite pas à faire un carnage et à brûler les papiers, on peut oublier les orages mais pas la foudre qui est tombée.

Il est déjà vingt-deux heures, comme le temps passe !

Le chat s'inquiète devant les sacs qui encombrent l'entrée, je le rassure et vais à la cuisine où il n'y a rien à trier, il ronronne, je miaule en descendant les sacs dans leur dernier voyage, la caravane passe et tout est emporté.

Quel soulagement !

Le chien aboie, il se met à pleuvoir comme à chaque fois le mardi soir et je regarde le jardin où il n'y a rien à jeter.

Tout le reste est inutile, et les graines que j'ai plantées commencent à germer.

Il fait doux, juillet s'étale et je bois dans ma timbale rescapée un vieil élixir de jeunesse.

Il a le même goût que les souvenirs entassés que je viens de jeter.

Et je respire dans l'espace libéré où des milliers de poèmes racontent sans objet de nouvelles aventures qui ne seront pas enfermées dans des boîtes. 

(joailes --------) 9 juillet 2024

 

 

Posté(e)

Je ne me suis que trop bien retrouvée dans votre texte, avec ma manie furieuse à ne rien garder. Petit sourire en coin, sur le passage où vous descendez en catimini au local poubelle. 

Étrangement, les seules fois où je me surprends à compiler des souvenirs, c'est quand il s'agit de prendre en photo mon animal. J'ai envie de pouvoir faire un album à sa mort, car c'est quelque chose qui m'a cruellement manqué au décès du précédent.

Les seules autres choses que je m'impose à garder, ce sont les cadeaux qu'on a pu m'offrir.

 

Pauvre chat, qui doit croire à chaque fois à un déménagement 😂

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Toi, tu fais comme moi à cette heure: le grand ménage! Il y a - pour certaines personnes - du plaisir à ranger, trier, sélectionner, valider des souvenirs, voire renouveler son environnement immédiat... Faire le point. Et ça ne plaît guère à Minet, qui est néophobe. Que tu rassures avec la même délicatesse que l'on trouve dans tes textes. La chute respire l'apaisement. Ça valait donc la peine!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

C'est joli, comme récit.

 

Beaucoup d'émotion, le plein d'humour et d'auto-dérision...

 

Tout cela navigue agréablement.

 

Belle harmonie d'ensemble.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il faut du courage pour se séparer des anciens objets et faire table rase du passé.

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