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Le pont la nuit

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Posté(e)

Le jour vient d’abandonner la ville et le néon se réveille sur le pont piétonnier. Un costume à couleur variable revêt de bleu, de vert, de rose les filins qui triangulent cette urbanité au-dessus de la rivière. Le long des berges les arbres s’en moquent. Les hommes aussi.

 

Quelques passants passent, tirés par des compagnons canins, un adulescent s’empresse sur un scooter en slalomant entre ce que ces derniers ont laissé choir et l’un des bancs perdus sur ce ruban tendu exhibe avec mépris un paquet de gâteaux vide et deux canettes dans le même état.

 

L’automne s’est installé et le froid est arrivé. Il fait bon marcher, les picotements au visage réveillent l’esprit, propulsent les jambes, et le vent ce soir est amical, ayant décidé de bécoter plutôt que dévorer. Dans la distance, la montagne a enfilé son bonnet de vierge, donnant au tableau un contraste étrange. Le noir et blanc de la nature en arrière-plan, les couleurs de la ville devant.

 

Ce n’est pas mon premier trajet sur ce pont. J’ai regardé depuis ses rambardes les bancs de poissons, canards, hérons, promeneurs et coureurs en contrebas par centaines. J’y ai souri, hoché de la tête et salué des inconnus des dizaines de fois. Ce soir, pourtant, lorsque je grimpe les escaliers, quelque chose est différent. Dès mon premier pas sur le béton flottant, je ressens la précarité de ma position. Suspendue au-dessus de l’eau, je ne suis plus sur terre, mais pas tout à fait dans l’air. Je m’avance un peu et je ne vois plus ni la ville, ni la rivière, ni la montagne. Je n’existe plus, je ne suis pas là.

 

Mes pieds semblent avoir compris avant moi l’absurdité verticale de ma présence. Ils se sont mis à danser sans que je sache pourquoi, et je retrouve la légèreté des pas sautillants de mon enfance. Puis les sautillements se muent en pas chassés et bientôt je tourne sur moi-même au milieu de nulle part, sous la lumière artificielle changeante, dans une nuit sans étoiles.

 

Me voilà au centre du pont. Les passants continuent de passer, avec et sans chiens, les bancs n’ont pas bougé. L’indifférence des citadins est une bénédiction qui permet la magie des instants : je danse entre la rivière et le ciel et je suis invisible.

 

Arrivée au bout, je descends les quelques marches qui me ramènent sur la terre ferme et poursuis ma promenade.

 

Je reviendrai peut-être demain.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

De ces moments magiques où l'imagination croit se réaliser à la faveur d'un constat d'absurdité. C'est très joliment narré, décrit raconté, vécu. Oui, reviens-y!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un texte bien écrit qui nous fait ressentir la magie un peu inquiétante d’une déambulation onirique qui se termine sur un pont flottant dans le rêve.

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