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Accents poétiques

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La pauvre proie des flammes

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Posté(e)

Il est né nulle part. Il n’a pas de souvenirs, pas de souvenirs antérieurs à ce jour où, sur une petite plage, personne ne sait ce qui s’est passé, pas même lui.

 

Il n’est resté de ce jour que des émotions, vagues, comme celles qui déferlaient doucement dans la lumière aveuglante.

 

Il aurait dû y avoir un avant et un après : pour lui il n’y eut qu’un après, un après morne et plutôt gris.

 

Quand on regardait ses photos d’enfance on ne voyait qu’un enfant qui ne souriait pas, ou un enfant au sourire triste.

Les gens qui le connaissaient dirent plusieurs décennies après, avec le recul et a posteriori, qu’il avait toujours été triste.

 

De son regard, souvent, ne semblait naître nulle émotion, car rarement il ne s’éclairait.

Il n’était pas plus enclin que les autres à garder ses émotions pour lui-même ; on le voyait comme un ordinateur, sans enthousiasme, sans âme.

Cherchait-il dans les livres, dès sa plus tendre enfance, les chemins d’une vie meilleure ?

Cherchait-il dans les yeux et les sourires des femmes, sur leur corps, la clef des émotions ou l’illusion d’un bonheur accessible ?

Il en poursuivit certaines de ses assiduités, tentant de leur arracher un aveu qui ne venait pas, qui ne viendrait jamais.

Il lui était même arrivé d’aller, certains soirs, dans des bars de nuit, pour se raconter des histoires ; payer pour une conversation, une présence, un verre ou deux, ou l’inverse des bars ; un moment forcément éphémère mais désespéré.

Il s’inventait un personnage. Un brillant scientifique, qui avait fait des découvertes phénoménales, mais peu reconnu. La science payait mal.

Ou un type qui faisait des affaires, brassait beaucoup d’argent, mais ne voulait pas l’étaler ni son apparence.

C’était maladroit et plutôt malvenu avec des femmes vénales, des femmes payées à laisser filer le temps en lui faisant cracher son fric, le fric qu’il n’avait pas.

Et puis il était peu crédible avec ses vestes élimées – même pour un type qui a envie de passer pour un bohème friqué, surtout dans ces bars minables, avec ces call-girls ratées.

Il en repartait toujours à sec – un peu plus à sec – rarement soulagé d’une envie physique, avec un plaisir trop bref, et souvent frustré, un peu plus triste, un peu plus amer, un peu plus aigri.

A peine avait-il eu le temps de toucher leur peau, jeune et douce.

Tout juste s’était-il rassuré sur sa virilité toujours intacte, trop intacte même.

 

Il avait commencé à vieillir très tôt, il aurait voulu que ça s’arrête.

Il ne voyait dans les nuits de fête que le visage grimaçant du roi du Carnaval, et le souvenir d’une femme à la voix troublante et au visage dissimulé qu’il perdait dans la foule comme si elle n’avait eu de cesse de fuir, après l’avoir tenté.

Attrape-moi si tu peux, tu ne m’attraperas jamais.

Il ne l’avait jamais attrapée bien entendu, ni elle ni aucune autre, comme si cette recherche était perdue d’avance. Comme si tout était écrit. Comme s’il était né avec cette malédiction. « Tu ne seras pas heureux ».

Les femmes étaient à l’image de la belle vénitienne de son rêve, elles le tenaient puis lui échappaient toutes.

Il n’avait pas honte de ses choix mais avançait masqué lui aussi. Mais son masque était pitoyable tant il ne cachait rien. Il était un chasseur toujours bredouille, parce qu’il avait toujours un temps de retard, et parce que le bruit de ses pas le trahissait : juste avant son arrivée, les oiselles s’envolaient dans un bruissement d’ailes qui ressemblait à des rires.

« Et je mourais encore en entendant ton rire » pouvait-on lire sur son visage, ce dernier vers d‘Apollinaire.

 

Enterrons, enterrons notre honte. Dans le plus grand secret, loin des yeux indiscrets, brûlons ce terrible manuscrit, cet écrit qui choque notre morale et qu’on ne comprend pas.

Elle croit accomplir un devoir sacré en réalisant ce pitoyable autodafé, tandis qu’il alimente le feu.

Lavons nos mémoires, lavons nos yeux de ces images, lavons nos consciences, notre faute inconnue.

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un beau portrait de loser, où l'on lit la nécessité d'une catharsis pour brûler sa croix...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

« Un homme parti de rien pour ne pas arriver à grand-chose n’a de merci à dire à personne. » Pierre Dac

Posté(e)

Portrait d'un homme qui ne laisse aucune trace sur son passage, mais qui pourtant ne renonce pas à essayer. 

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