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Accents poétiques

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La retraite des chelous

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Qu'est-ce qu'on s'en foutait d'être traités de chelous alors qu'on se trimballait dans un vieux tube Citroën ou dans un van très coloré dont la carrosserie était entièrement recouverte de grosses marguerites et d'un « Peace and Love » que j'avais peint personnellement avec mon vieux pinceau en poils de nylon, fabriqué par un peintre devenu chauve après avoir mangé trop de guimauve ; signe distinctif qu'on arborait également en pendentif , en couronne, en bague, et même quand le temps le permettait, sur nos slips de bain.

Il n'empêche, je crois que les gens sont jaloux, c'est tout.

 

On a longtemps vécu d'amour et d'eau fraîche et même dans la dèche, on était plus heureux que ces vieilles pimbêches qui portent des colliers en perles dont une seule, sortant du rang, pourrait nourrir bien des mendiants …

On portait des pattes d'éléphant et des guitares en bandoulière, ce que n'appréciaient pas forcément nos grands-pères, qui avaient oublié leurs culottes de zouaves durant la dernière guerre ;  mais ainsi en est-il de tout temps, le conflit des générations dû à l'oubli des convictions qui, au fond, se rejoignent.

 

On vivait près d'une rivière dans un grand champ couvert de coquelicots ; l'été, à la belle étoile on faisait l'amour après avoir chanté le répertoire de Santana mêlé à celui de Janis Joplin ; d'aucuns, du troupeau des jaloux, disaient qu'on fumait la moquette mais ce n'était pas vrai quelle idée ! alors qu'on avait fait pousser de bonnes herbes fraîches en plein terre, pas pires que les tisanes des grands-mères, ce qui était je vous l'accorde, quelque peu paradoxal avec la contre-culture que nous prônions.

 

Mon mec à moi s'appelait Jimmy, avait une jolie voix et me chantait des chansons écrites exprès pour moi ; on ne s'est jamais rien promis, sinon de vivre notre jeunesse ensemble ; je sais qu'aujourd'hui il tremble dans une maison de retraite au fin fond de la Corrèze et ce qu'il y a de plus balèze c'est qu'il n'a plus un seul de ses longs cheveux blonds emmêlés ; quand il chante parfois, on l'envoie se coucher avec de la musique de Bob Marley.

Quant à Yoko, son gars s'appelait John, il était très grand et mince comme un haricot vert et ne parlait guère, il adorait les pommes de terre bouillies et savait mieux que personne imiter le cri d'un oiseau de Californie dont j'ai oublié le nom ; lui aussi a sa chambre à côté de celle de Jimmy.

Nous avons établi notre camp dans un grand champ d'où l'on voit leurs fenêtres, fidèles jusqu'au bout et chaque lundi et vendredi, avec nos guitares on va les voir, essayant de réveiller en eux quelque coin de mémoire.

Parfois, mais c'est rare je l'avoue, d'autres résidents se joignent à nous et alors c'est la fête même si l'on dit de nous qu'on est chelous, on s'en fout, on a encore toute notre tête …

enfin, je crois.

Ce soir, c'était la fête, des mères qui ont compté sans doute mais qui n'ont pas suivi la route ; beaucoup sont mortes sans qu'on sache de quoi, ou parties sans qu'on sache pourquoi ; pourtant on les vénère encore pour le parfum qu'elles ont laissé, l'éclat du miroir aux alouettes.

On a fait des omelettes, et chacun sait que ce n'est jamais sans casser des œufs ; il m'a semblé que pour une fois on était revenus au temps du « Peace and Love » . ce fut une nuit mémorable dont on ne se souviendra plus bientôt et c'est dommage ; alors on a pondu ce petit texte avant que d'intégrer la maison où l'on se retire avant que de mourir.

On a laissé brûler nos souvenirs, notre vieux tube si joliment décoré, et c'est avec un grand sourire que Yoko et moi nous sommes présentées à l'accueil de la « maison des jeunets » où l'on avait réservé nos chambres, face à face avec nos amoureux.

On a eu du mal, au début, à s'adapter, mais rapidement, on nous a mis dans le quartier des chelous et là on était tranquilles, on a retrouvé des amis de bohème … ça voulait dire qu'on est heureux, Jacques ne s'était pas planté on a chanté jusqu'à la fin ça voulait dire, on a vingt ans et nous vivions de l'air du temps, on était jeunes, on était fous …

chelous, sans doute ... 

 

(joailes ------) 26 mai 2024

 

Hippie-Van-2.jpg

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

C’est drôle de penser que les hippies qui ne sont pas morts à vingt-sept ans prennent maintenant progressivement le chemin de l’EHPAD. 

Posté(e)
  • Auteur

... n'est-ce pas ..? je trouve également cela très drôle ! 🙂 et j'écoute Charles Aznavour ... 

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Evocation combien touchante! Quand j'étais gamin, les hippies me faisaient rire. Ado, ils m'émouvaient alors même que leur succès s'émoussait. Pas si courtes que ça, leurs idées. Ce fut un bol d'air et de poésie dans un monde guindé jusqu'au mensonge. Sympa l'hommage!

 

 Y a pas d'âge pour être fou!

 

Posté(e)
Il y a 11 heures, Joailes a écrit :

 et j'écoute Charles Aznavour ... 

 

moi aussi...il aurait 100 aujourd'hui...

 

Il y a 13 heures, Joailes a écrit :

l'été, à la belle étoile on faisait l'amour après avoir chanté l

ouh la la non ! pas moi....j'étais pas encore si libre que ça...! 🤪

Posté(e)

Que de tendresse pour ces hippies, ils le méritent, surtout s'ils ont survécu ! Je n'étais pas née dans les années 60, par contre j'avais un iroquois dans les années 80... une autre variété de chelou 😉
 

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