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Eveil

Featured Replies

Posté(e)

Se perdre dans un paysage de Buffet…

Déambuler dans un dédale de Klee...

En apnée, disparaître dans un labyrinthe de lignes imbriquées : désuètes diagonales de bois, sentencieuses sentinelles de pierre, vertigineuses verticales de verre, horizontales sourcilleuses de béton, courbes enjôleuses de métal. L’ensemble abandonné dans un indescriptible bric-à-brac d’époques enchevêtrées, entrechoquées et parfois entretoisées.

Pénétrer… Parcourir… S’égarer… Périr… Renaître… Longtemps après l’oubli de ses pérégrinations urbaines. Puis s’épancher de ses répulsions auprès des psychologies populaires !

Elles professent avec patience que les cités sont des écrins aux bijoux linéaires et simplement géométriques. Elles promènent les pas du piéton, leur indiquent la route, leur enseignent l’ordonnancement. Elles protègent l’histoire, les agoras, les forums, les pinacles de l’éloquence architecturale.

Curieuse, ma sociabilité se sacrifie alors à l’escapade citadine. Comme ce dimanche de printemps où nous goûtâmes aux charmes immodérés de la ville rose…

Nous cheminions vers la place du Capitole. Rue Lafayette, la misère gisait au béton fracturé du trottoir. Allongée, pour mieux se fondre avec la honte.

Malgré le cloaque, ce dimanche de mars avait revêtu des habits de fête. Il oubliait les nuits guerrières à repousser le froid. Il devenait la cible des premières flèches amènes de l’année. Il flânait sans but sur le pavé ravi. La nonchalance ralentissait les pas. Elle égaillait des progénitures promises à des avenirs plus prolixes que ceux des chapiteaux de Saint Sernin. Le sourire, labial, éclairait leurs visages. Le babil les agitait. L’apathie les surprenait.

La rumeur était badine.

Elle nous poussa sur la place qui exhalait des parfums de liesse. Une musique joyeuse s’évaporait vers nos sens surpris. Au centre de l’espace, une bande de clowns sautait, virevoltait et alpaguait la foule qui se pressait alentour. Ils invitaient à la danse, à la cabriole, à l’acrobatie.

Des jeunesses en bande déballaient des rires sonores et, le bras tendu, s’amusaient de portraits débordants de mimiques.

Des familles encerclaient des bambins bambinant entre leurs jambes. Elles commentaient, ricanaient,  s’extasiaient, grondaient les agitations intempestives.

Les enfants couraient. Leurs joues rosissaient.

Chevaleresques, des cyclistes claudiquant chaperonnaient leur monture d’une main experte posée sur la potence. De couleurs vives, casqués, ils découvraient des dentitions heureuses de mordre dans l’absence d’effort.

Le monde entier devenait expansif : anglais anglicisants, germains germanisants, italiens italianisants, ibères ibérisants, bataves batavants… Les autres bavassaient, baguenaudaient ou, plus intelligemment, se taisaient et observaient.

Tous offraient une consonne ouverte à la beauté béate du lieu.

Tous avaient le temps de la paresse. Ils se campaient sur leurs pieds et levaient des visages radieux vers les cieux rassérénés. Au tutoiement de l’astre, ils se bricolaient à la hâte des visières manucurées, puis effectuaient des rotations expertes.

Tous, cous et bras découverts, erraient pour le seul plaisir d’errer, de forcer et de renforcer leurs réserves de mélanine. Le culturisme pigmentaire déroulait sans gêne ses continents, ses océans, ses grands espaces, ses îlots et ses îlets.

Face au front sobre et rosâtre du palais, les terrasses débordaient d’amitiés tranquilles, lascives et souriantes. Les ogres traînaient à table, blaguaient avec les serveurs, osaient un digestif, dégustaient leurs premières bières fraîche de l’année.

A l’intérieur, les réfrigérateurs retrouvaient enfin leur raison d’être.

A l’extérieur, les automobiles passaient discrètement, presque en silence, s’excusant de s’en prendre contre leur gré à l’intégrité de la couche d’ozone. Placides, elles s’apprêtaient à se convertir à l’électrique.

Le printemps s’installait, espérait d’autres journées à vivre le sourire aux lèvres. Il s’inventait des avenirs débonnaires, des harmonies éternelles. Il rêvait de journées sereines et fraternelles. Il tentait de les fixer sur le grain des photographies prises pour immortaliser son retour…

 

… Et, au cœur de l’image, un pickpocket pour gâcher la fête…

Posté(e)

Belle chute inattendue qui vient briser cette ambiance de renouveau.

 

Posté(e)
  • Auteur

Malheureusement, il y a souvent une ombre au tableau. Merci.

Posté(e)

Excellent, ce texte, que j'ai lu avec plaisir du début à la fin, jusqu'à cette image du pickpocket qui eut l'outrecuidance de gâcher la fête, mais pas mon plaisir ! 😉 

Posté(e)

Etant quasiment Toulousaine, ce poème me touche forcément!
Et quant à la chute, elle est magnifiquement bien trouvée 🙂

J'ai également beaucoup aimé les allitérations du début:

" En apnée, disparaître dans un labyrinthe de lignes imbriquées : désuètes diagonales de bois, sentencieuses sentinelles de pierre, vertigineuses verticales de verre, horizontales sourcilleuses de béton, courbes enjôleuses de métal. "

Posté(e)
  • Auteur

Merci à toutes les deux. Pour répondre à Joailes, il est vrai que j'ai une certaine propension à débusquer les cailloux dans les lentilles ! Et pour te répondre, Notabene, je connais peu Toulouse mais j'avoue qu'à chacun de mes rares passages j'ai pris du plaisir à traîner dans ses ruelles avec dans les oreilles les consonnes claquantes de maître Claude. Quant aux pickpockets, il n'y en a malheureusement pas que dans la ville rose...

Posté(e)

quelle belle plume Papy Adgio et tu résumes joliment tout l'intérêt de fréquenter les arts

"Pénétrer… Parcourir… S’égarer… Périr… Renaître…" 

 

Posté(e)
  • Administrateur

Encore un texte très réussi et cette évocation du pickpocket pour gâcher la fête à la toute fin est si inattendue qu'elle est certaine de faire son effet en venant (justement) gâcher l'harmonie qui se dégage de ces lignes.

Posté(e)
  • Auteur

Il fallait effectivement une chute qui tranche avec la joie de vivre ambiante et qui rappelle que tout n'est pas aussi rose qu'on aurait pu le penser ce jour-là. Alors, j'ai frappé fort !

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