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Le parrain

Featured Replies

Posté(e)

 

Gonzague est un spécialiste de la drague sur les plages, aussi peaufine-t-il, bien avant l'été sa panoplie parfaite ; il astique sa dague et répète quelques courbettes.

Quelques séances d'UV et de musculation, une soigneuse épilation en institut et l'achat de plusieurs caleçons bariolés avec les draps de bain assortis, à Monoprix, le mettaient sur les starting-blocks bien avant l'arrivée des touristes amerloques qui sentaient le hamburger, avec des panses comme des bouées : ils ne risquaient pas de se noyer et des belges blancs qui mangeaient des frites en regardant la mer en gardant leurs chaussettes, ce qui, souvent, trahit des problèmes d'arthrite quand elles sont couleur anthracite comme les galets. 

Je m'appelle Didier, je suis assez fluet et je suis maître nageur sur l'une des plus belles plages de la Côte, ce dont je suis plutôt fier ; je n'ai guère de succès avec les filles mais j'en ai pris mon parti et en suis toujours revenu. 

Je les regarde du haut de mon perchoir et cela me suffit, je m'amuse beaucoup.

Il est plutôt rare que l'une d'elles se noie ; c'est arrivé une fois, j'ai dû prendre sur moi pour courir à sa rescousse ; elle était rousse et pesait au moins une tonne, j'avais eu beaucoup de mal à la sortir de l'eau et après elle ne me lâchait plus des yeux, ce qui me gênait beaucoup, cela n'étonnera pas le lecteur.

C'était une bretonne ; elle mettait du beurre partout, ses semelles de crêpe n'étaient pas du meilleur goût et même si elle savait ranimer les braises comme personne, je ne savais pas jouer du biniou, ou du moins pas assez fort pour son sonotone.

On s'est quittés bons amis malgré tout, en agitant nos drapeaux respectifs avec respect ; elle avait ses marées, je n'étais pas encore assez actif. 

 

La plupart du temps, c'était tranquille et quand Gonzague arrivait de sa démarche chaloupée, je l'observais avec mes jumelles en mangeant mes lentilles une à une. 

Il faut dire à son actif qu'il était vraiment beau gosse et que ces dames du sexe faible, maigres ou grosses, en perdaient leur self-control.

Je l'ai dit, je trouvais cela plutôt drôle, mais cet été là fut un été pourri, comme on dit, il y eut beaucoup de vent et notre play-boy dut se faire une idée du désert, ses pensées étaient amères et il me faisait de la peine.

Comme cela arrive souvent en pareil cas, surgit tout près du bord une baleine, elle faillit l'avaler tout cru, heureusement j'étais là et je le secourus.

Depuis, on ne se quitte plus.

Il me voue une reconnaissance éternelle et pour me remercier, m'invite à rencontrer des demoiselles.

Je finis par tomber amoureux de l'une d'elles.

Elle s'appelait Gertrude et avait de très jolis yeux d'autruche, ne semblait pas trop aimer les fanfreluches ; de plus, elle était peu bavarde et cela me semblait le meilleur des atouts.

Gonzague me prodigua moult conseils et je finis par lui déclarer ma flamme.

Jusqu'ici, tout s'était bien passé, j'avais un peu bronzé et connaissais quelques mots infaillibles à l'exercice délicat des préliminaires, aussi cela avait marché.

Nous avions échangé quelques baisers, je devenais plus sûr de moi et voulus aller plus loin, comme de bien entendu.

Plus loin, ça veut dire aller au large après être resté un certain temps sur le rivage.

 

C'était un dimanche, je m'en souviens comme si c'était demain, nous avions rendez-vous à quinze heures au bord de l'eau, elle voulait me présenter sa mère ; je savais l'examen délicat, les premières minutes primordiales, allais-je lui plaire ?

Je reconnus la baleine, mais trop tard ; elle m'avala tout cru, Gonzague avait disparu et nul ne vint me porter secours.

C'est extrêmement désagréable d'être projeté ainsi dans l'estomac d'un cétacé, on a beau crier assez, rien n'y fait et l'on se retrouve dans la première poche broyeuse ; mais par chance elle était en panne ce jour-là et j’atterris directement, intact, dans le pylorique.

J'y ai passé trois ans.

Puis je fus expulsé loin des côtes sur une île de sable blanc où m'attendaient ma femme et mes enfants, j'avais réussi l'examen et Gonzague me faisait signe de la main.

C'était le parrain.

Et je vécus heureux dans les aurores boréales*, car je le valais bien.


 

(joailes ------) 6 avril 2024

* coup de pub pour Loréal de 1909 quand j'ai commencé à faire la teuf ! 😉 


 


 

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des images cinématographiques: Gonzague, Aldo Maccione- Didier, Michel Blanc.

Il y a 18 heures, Joailes a écrit :

C'était une bretonne ; elle mettait du beurre partout,

Un soupçon de racisme anti-breton.

Merci @Joailes, alias Jonas, pour ce texte à l’humour débridé: j’ai ri comme une baleine.

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit fort amusant, des portraits bien vivants !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Gonzague, ce zig n'a pas son pareil avec les gonzesses! Quand à la baleine, il paraît que c'est capable de se cacher même sous un caillou. Les gens disent comme ça. A moins que ce soit le Léviathan, alors là on lévite et on attend.

😉

Posté(e)
  • Auteur
Il y a 2 heures, Jeep a écrit :

Un soupçon de racisme anti-breton.

Très loin de moi cette idée 🙂 la Bretagne étant mon "pays" de cœur et pour lequel j'ai une profonde tendresse !

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