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Accents poétiques

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La machine du temps

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Posté(e)

 


 

La pièce était assez grande, parfumée de coriandre et d'autres épices dont les parfums à eux seuls ramènent des épisodes de vie sans qu'on les ait demandés.

J'aurais voulu éliminer les odeurs, mais elles étaient plus fortes que moi et me tentaient à chaque fois ;  je me laissais emporter par ces sirènes marines, ces arômes de cuisine où les tartes maternelles embaumaient les étés comme dans les vergers aux rêves de madeleines où se  lisent des poèmes et des histoires où la fiction dépasse la science ; des contes d'adolescence où l'amour est en omniprésence.


 

Sans doute, cette pièce aurait paru bizarre à des yeux extérieurs, aussi était-elle savamment cachée derrière une bibliothèque à passage secret.

Il fallait traverser un grand jardin sauvage empli de ronces avant que de pénétrer dans le manoir perdu dans les collines où j'étais née.

Ses murs, insonorisés, étaient recouverts de violons d’Ingres et un immense bar d'angle contenait tous les alcools d'Apollinaire.

Le plafond n'était qu'une immense trappe qui donnait directement sur le ciel.


 

Ce jour là, c'était un vendredi je crois , peut-être saint, je ne sais pas ; j'étais assise confortablement dans mon fauteuil en train de lire « De la terre à la lune » de Jules Verne ; j'attendais le crépuscule propice au décollage.

Le Chat Aouda ronronnait à mes côtés, confiant, en boule sur son coussin préféré et je caressais de temps à autre son pelage afin de faire circuler la zénitude.

 

Le jour avait baissé la tête derrière le paravent, vaincu par les alcools du souvenir ; je cessai ma lecture, le décollage est toujours assez rude et demande quelque préparation.

Je mis mon casque, attachai ma sangle, fermai la porte et allumai le tableau de bord de la machine à remonter le temps.

Les voyants s'allumèrent, ainsi que l'écran : il était l'heure de choisir et je tapai sur le clavier 1956

le moteur ronronna en parfaite osmose avec Aouda ; la trappe s'ouvrit au-dessus de nous et la machine s'éleva dans les airs.

Le voyage fut assez long, il me fallut contourner quelques obstacles non identifiés, mais le paysage était splendide, je pus jouer avec quelques nuages espiègles, tandis que d'autres, vindicatifs, s'arrachaient les tifs pour éclater de colère.

La lune m'apparut enfin.

J'avais entendu si souvent « mademoiselle, vous êtes encore dans la lune » qu'il fallait bien que j'aille voir pourquoi je l'avais quittée.


 

J'alunis en douceur, à vingt-mille lieues au-dessus de la terre dans une chambre blanche et stérile -paradoxalement- aveuglée par un néon blafard, je poussai un cri de détresse, comme émergeant de l'eau avec maladresse.

Je reçus une claque sur les fesses et quelqu'un coupa ma sangle.

Recouverte de sang, je fus bientôt emmenée dans une drôle de pièce où des extra-terrestres me firent passer quelques tests ; puis je fus habillée de la tête aux pieds en rose, sans qu'on me demandât mon avis.

J'aurais voulu du bleu, avoir mon mot à dire, mais je ne pouvais parler, seulement pleurer.

 

Je ne revins pas dans la chambre au néon, la dame aux jambes écartées était sans doute partie voyager dans le temps et je ne la revis pas ; j'avais comme les pieds et les mains liés, je ne pouvais pas marcher et l'on me mit dans une coquille de noix avec un prénom attaché à mon poignet.

Dans la lumière tamisée, je pus voir sous mes paupières closes des centaines, peut-être des milliers de coquilles bleues et roses sous un mot en gras Orphelinat avec un O brisé comme celui de l’œuf.

Je dus dormir à intervalles réguliers, sans aucune notion du temps ; je buvais des biberons de lait, faisais des rots tonitruants et tout le monde semblait content.

 

Un matin je fus déposée à la porte d'une église dans un moïse et, par chance, le Chat parvint à appuyer sur le bouton de la télécommande -je ne sus jamais comment- et je me retrouvai enfin assise dans mon fauteuil, un livre sur les genoux.

Dans le fond de la pièce, un berceau abandonné depuis longtemps se balançait encore et c'est là qu'Aouda dormait.

 

Ouf ! J'avais eu chaud, j'avais eu froid ; je descendis de la machine et jetai dans le feu les dates du passé.

Il n'est jamais bon à revivre ; demain, j'irai dans le futur.

(joailes ------) 29 mars 2024

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Beau partage !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je note - même si j'en suis depuis longtemps convaincu - qu'on a toujours intérêt à se faire un allié de son chat.

Surtout, je découvre - grand merci à toi - que les extraterrestres sont de compétents obstétriciens. Evidemment, quand on naît dans la lune... (Moi, c'est sur Saturne, faudra que je raconte.)

Quoi qu'il en soit, il est bien agréable de trinquer avec une plume bien trempée... au bar des alcools d'Apollinaire. Tchin!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Beaucoup de références dans ce texte: outre Alcools d’Apollinaire et le De la Terre à la Lune (Jules Vernes) ou On a marché sur la lune  (Hergé), La Machine à explorer le Temps (H.G. Wells), le chat m’a rappelé le chat du Chestshire de Alice in Wonderland et pour le retour au stade de nouveau-né le film The Curious Case of Benjamin Button de David Fincher… mais au-delà il y a @Joailes votre style inimitable et votre fantaisie débridée qui sont des plaisirs de lecture.

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