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La dernière errance

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La dernière errance

 

Il faisait si froid, ce soir-là ! Jacques ne cessait pas d'arpenter les rues de Paris dans l'espoir de se réchauffer un peu et d'échapper ainsi aux griffes de l'hiver, dernier réflexe d'un organisme épuisé. C'était le 15 janvier 2024, Noël et ses guirlandes étaient bien oubliés.

 

La vie des sans-abris est bien difficile. Pour Jacques, c'était son troisième hiver dans la rue et le désespoir ne le quittait plus. Il se souvenait encore un peu du passé, des lumières, des sourires d'une femme en particulier, qui semblait l'aimer.

 

Mais l'alcool avait fait des ravages dans son organisme et la mémoire lui manquait à présent. Il se contentait d'errer sans but dans la capitale, de se nourrir quand il le pouvait, en mendiant le cas échéant.

 

Quelle chute ! Le brillant Jacques de la Tournelle n'était plus que l'ombre de lui-même. Il lui avait suffi de quitter le domicile conjugal pour suivre cette femme si séduisante... Les souvenirs revenaient en foule pour assiéger sa pensée, il faisait si froid ! Des ombres maintenant l'entouraient et le poursuivaient dans une ronde infernale !

 

Camille ! Elle s'appelait Camille, cette belle séductrice qui lui avait fait quitter femme et enfants pour la suivre. Mais leur histoire d'amour fou n'avait pas duré. La belle était allée séduire un autre homme plus fortuné. Et Jacques était resté solitaire, abandonné à son tour. Une histoire bien dérisoire que la sienne !

 

Retourner auprès de son épouse ? Jamais de la vie ! Il exécrait profondément cette existence de privilégié bouffi de suffisance qui était la sienne auparavant. Il ne voulait plus jouer le rôle du parfait avocat d'affaires de la Tournelle qui gagnait tous ses procès ! Il ne désirait plus porter un masque de bienséance. Il préférait la rue et surtout l'alcool, divine liqueur des oubliés et des laissés-pour-compte.

 

Il s'était livré corps et âme à la débauche pendant deux longues années, sans regret ni remords. À présent, il n'en pouvait plus. Il ne pensait plus guère, réfléchissait encore moins, anéanti par le froid et la drogue. Il voulait que ce cauchemar prenne fin au plus vite. L'angoisse montait dans son coeur au fur et à mesure que la nuit avançait. Il savait que cette nuit serait la dernière pour lui.

 

Descendu sur les quais de la Seine, déserts à cette heure, il vit un papier blanc descendre le courant. Une main anonyme l'avait jeté sans doute, un peu plus en amont. Une lettre d'amour ? Une facture d'électricité ? Une contravention automobile ? Il n'en savait rien mais il ricana. Ce monde stupide n'était plus le sien. Le froid l'emporterait sûrement dans ses griffes d'acier autour de deux heures du matin.

 

Paraître devant le Créateur pour un ultime jugement ne lui faisait pas peur. Il avait oublié à présent jusqu'à son nom et il s'en moquait bien. Le gel l'engourdissait sur place. Il mourrait seul, comme un chien, au bord de la Seine, recroquevillé sur lui-même.

Quelle importance ! Il était mort depuis si longtemps déjà...

 

FIN

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une descente aux enfers tragique. J’en ai connu un exemple que m’a rappelé ce texte sensible.

Posté(e)

Une histoire d'autant plus triste qu'elle peut être (hélas) bien réelle ... 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je ne m'attendais pas à une chute aussi pessimiste. "Réussir sa vie" est une notion bien louche! Si Jacques est mort déjà, avant de mourir, toutefois il semble avoir bien vécu, mais dans l'ennui et dans l'excès.

Posté(e)
Le 22/01/2024 à 19:02, Alba a écrit :

La dernière errance

 

Il faisait si froid, ce soir-là ! Jacques ne cessait pas d'arpenter les rues de Paris dans l'espoir de se réchauffer un peu et d'échapper ainsi aux griffes de l'hiver, dernier réflexe d'un organisme épuisé. C'était le 15 janvier 2024, Noël et ses guirlandes étaient bien oubliés.

 

La vie des sans-abris est bien difficile. Pour Jacques, c'était son troisième hiver dans la rue et le désespoir ne le quittait plus. Il se souvenait encore un peu du passé, des lumières, des sourires d'une femme en particulier, qui semblait l'aimer.

 

Mais l'alcool avait fait des ravages dans son organisme et la mémoire lui manquait à présent. Il se contentait d'errer sans but dans la capitale, de se nourrir quand il le pouvait, en mendiant le cas échéant.

 

Quelle chute ! Le brillant Jacques de la Tournelle n'était plus que l'ombre de lui-même. Il lui avait suffi de quitter le domicile conjugal pour suivre cette femme si séduisante... Les souvenirs revenaient en foule pour assiéger sa pensée, il faisait si froid ! Des ombres maintenant l'entouraient et le poursuivaient dans une ronde infernale !

 

Camille ! Elle s'appelait Camille, cette belle séductrice qui lui avait fait quitter femme et enfants pour la suivre. Mais leur histoire d'amour fou n'avait pas duré. La belle était allée séduire un autre homme plus fortuné. Et Jacques était resté solitaire, abandonné à son tour. Une histoire bien dérisoire que la sienne !

 

Retourner auprès de son épouse ? Jamais de la vie ! Il exécrait profondément cette existence de privilégié bouffi de suffisance qui était la sienne auparavant. Il ne voulait plus jouer le rôle du parfait avocat d'affaires de la Tournelle qui gagnait tous ses procès ! Il ne désirait plus porter un masque de bienséance. Il préférait la rue et surtout l'alcool, divine liqueur des oubliés et des laissés-pour-compte.

 

Il s'était livré corps et âme à la débauche pendant deux longues années, sans regret ni remords. À présent, il n'en pouvait plus. Il ne pensait plus guère, réfléchissait encore moins, anéanti par le froid et la drogue. Il voulait que ce cauchemar prenne fin au plus vite. L'angoisse montait dans son coeur au fur et à mesure que la nuit avançait. Il savait que cette nuit serait la dernière pour lui.

 

Descendu sur les quais de la Seine, déserts à cette heure, il vit un papier blanc descendre le courant. Une main anonyme l'avait jeté sans doute, un peu plus en amont. Une lettre d'amour ? Une facture d'électricité ? Une contravention automobile ? Il n'en savait rien mais il ricana. Ce monde stupide n'était plus le sien. Le froid l'emporterait sûrement dans ses griffes d'acier autour de deux heures du matin.

 

Paraître devant le Créateur pour un ultime jugement ne lui faisait pas peur. Il avait oublié à présent jusqu'à son nom et il s'en moquait bien. Le gel l'engourdissait sur place. Il mourrait seul, comme un chien, au bord de la Seine, recroquevillé sur lui-même.

Quelle importance ! Il était mort depuis si longtemps déjà...

 

FIN

Que tant d’autres finissent ainsi, quels chemins, quelles errances ! 

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