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Les Nuits d'Yvernie (30)

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Elles se mirent à l’œuvre pour sauver leur bienfaiteur et trouvèrent même à bord de quoi faire des infusions pour faire tomber la fièvre. Vortimer dormait ou délirait. Dans la crainte qu’il ne livrât des informations compromettantes à leur sujet, Yvine resta près de lui. La traversée fut mouvementée du côté de la mer, mais l’état de Vortimer demeura stable.

Alors qu’Yvine veillait à son tour le chevalier, son délire prit des formes plus précises.

« Je dois lui demander pardon, répétait-il. Je dois lui demander pardon…

— Je vous pardonne, lui disait-elle pour le calmer.

— Je dois lui demander pardon. Je n’aurais pas dû la mettre nue.

— Je vous pardonne, insista-t-elle. Calmez-vous. Je veille sur vous.

— Je n’aurais pas dû. Je ne l’ai pas regardée. Je ne l’ai pas vue.

— Je vous pardonne encore, dit-elle amusée, mais vous auriez peut-être dû. Je ne m’en suis pas privée »

Et, sans trop savoir pourquoi, elle posa ses lèvres sur les siennes. Alors il se calma.

« Qu’ai-je fait ? se demanda-t-elle. Il le saura. »

Elle se troubla de ce geste qui lui avait échappé. La pensée du harpiste lui revint. Quelques larmes lui coulèrent sur les joues. Elle se trouva honteuse, puis injuste envers elle-même. Cet homme l’aimait, il lui avait sauvé la vie et il était le seul lien qui l’unissait à son fils, la seule famille qui lui restât.

Le harpiste était mort et sa perte lui était douloureuse, mais Vortimer avait eu pour mission de le tuer. Voilà longtemps qu’elle ressentait la douleur de sa perte, parmi d’autres pertes. Yvine n’avait guère imaginé poursuivre son idylle avec son ancien amour. D’autant qu’elle était mariée, ce qui présentait nombre de contraintes pour une femme bien née. À bien y réfléchir, elle avait été naïve de s’imaginer vivre à la cour de son père, séparée de son mari et avec son fils auprès d’elle. Elle aurait fini enfermée dans un couvent.

Sa seule chance était peut-être de vivre dans cette chaumière avec son fils, oubliée des rois, des ministres et de leurs intrigues. Vortimer, une fois rétabli, la déclarerait morte, libérant le roi Margreg de son mariage inutile. Elle vivrait enfin en paix. Et peut-être Vortimer viendrait-il la voir de temps à autre. Et pourquoi viendrait-il ? Le souhaitait-elle ? Pourquoi l’avait-elle embrassé ? Peut-être l’aimait-elle.

Non, sans doute. Elle avait quelque tendresse pour lui. Elle aimait à surprendre ce regard ami qui l’avait tôt suivie, le seul qui ne lui fût pas indifférent, le seul qui la rendît curieuse. Occupée de son nouveau séjour, de la perte de son amour, de son mariage et de sa grossesse, elle n’avait pas laissé d’être attentive au chevalier, comme elle l’aurait été d’abord d’un ennemi dangereux, puis d’un homme d’honneur, puis d’un précieux allié, puis d’un ami.

Elle se demandait à quoi tenait la distance qui les séparait, distance qu’elle avait oubliée d’un baiser. Il la voyait inaccessible, mais elle était humaine et il entretenait cette distance respectueuse vis-à-vis d’une idole, vis-à-vis d’une idée.

La distance venait d’abord de ce qu’elle était l’incarnation de son idéal, un idéal dont il avait pris conscience en la voyant. Il aurait fallu qu’il comprenne que toute reine qu’elle était, un frisson pouvait l’émouvoir. Et puis, elle ne serait plus longtemps reine.

Ensuite, les circonstances qui les avaient séparés : l’exil qu’il lui avait imposé, le fils qu’il lui avait enlevé, la mort de son ancien amour ; finissaient par les rapprocher. Toute femme finissait par être enlevée à son foyer, surtout dans l’aristocratie. Son fils, il le lui avait conservé. Son ancien amour, il avait cherché à le sauver. Il veillait sur elle plus que quiconque ne l’avait jamais fait.

Elle se dit enfin qu’elle était folle de se poser pareilles questions. Elle venait de faire une perte cruelle et d’échapper de justesse à la mort. C’était peut-être là l’origine de cette mystérieuse impulsion qui lui avait fait voir sans crime d’embrasser Vortimer.

Peut-être, au fond de sa mélancolie, voulait-elle plus que tout vivre à nouveau. Il avait été son ennemi, mais il était devenu son allié. Elle était mariée, mais son roi la détestait. Lui-même était marié. La pensée d’Assa lui fut douloureuse, bien qu’elle n’ait pas admis qu’elle aimât Vortimer.

Puisqu’il l’idéalisait, elle lui paraîtrait soudain vile de ne se pas soucier de leurs engagements respectifs et de l’embrasser peu après la perte d’un autre homme. Toutes ces contradictions l’exaspéraient quand elle songeait qu’il était l’homme pour qui elle avait le plus de tendresse et qu’elle était la femme qu’il aimait entre toutes. Le goût de ses lèvres avait été rien moins que désagréable.

Elle se souvint encore qu’il était l’incarnation de cette violence des hommes qu’elle avait toujours tant détestée, mais elle ne pouvait ignorer non plus combien il s’était accommodé de la paix. Elle voyait bien que tous les hommes ne pouvaient être harpistes et que la violence s’imposait d’elle-même, qu’elle s’imposait à elle-même et qu’il fallait trouver le moyen de vivre avec, qu’il fallait l’affronter.

Il l’avait mise nue. Cette pensée la saisit soudain comme si elle la comprenait pour la première fois. Il l’avait tenue toute nue contre lui. Bien qu’il s’en défendît, il avait dû, sans doute, voir quelque chose de sa nudité. Comme cette idée ne lui déplaisait pas, elle se prit à rougir. « Non, admit-elle enfin, je ne sais pas si je l’aime, mais c’est bien pire, en un sens. »

Il était beau, avait le visage pâle, de grands yeux bleus qui la suivaient partout et qu’elle sentait posés sur elle, quand il la regardait, toujours inquiet pour elle. Ses cheveux blonds volaient au vent d’une façon qui ajoutait à la mélancolie de ses traits.

Il était grand et fort, mais avec des délicatesses de femme, des maladresses de fiancé, une humilité constante, une défiance de lui-même derrière une assurance de façade qui disparaissait à son approche, une violence qu’elle ne lui avait jamais vue que dans les situations qui l’exigeaient et sa force épousant toujours quelque impérieuse nécessité.

Il avait de grandes et belles mains. En les lui prenant lors de leur précédente traversée, elle les avait trouvées chaudes et douces. Elle aurait voulu les caresser, les embrasser. Elle aurait voulu que ces mains-là se posent sur elle, parcourant sa peau. Oui, elle avait été tout occupée de ses malheurs et n’avait pas prêté attention à cette intuition qui la traversait parfois, qui demandait depuis longtemps qu’elle prenne ces mains dans les siennes.

Mais elle était enceinte, mais elle était mariée, mais elle était reine. Tant de contraintes et tant de malheurs. Elle se dit que, peut-être, cette adoration qu’il lui vouait n’était qu’une contrainte qu’il s’imposait lui-même, une violence qui l’empêchait d’écouter ses désirs. Un moyen utile pour s’interdire de prétendre à toucher son cœur de reine. Lui aussi s’enfermait dans ses serments.

Sa fièvre l’inquiétait. Elle aurait voulu le voir rétabli, de nouveau fort. Elle le soignait avec son cœur, autant qu’avec ses mains qui prenaient des libertés, s’attardaient en caresses d’épouse. Elle écartait une mèche de ses cheveux, posait sa main sur son front, sur sa joue. Elle suivaient du doigt les cicatrices sur sa peau, les nouvelles et les anciennes, celles qui depuis longtemps s’étaient fermées.

« Je crois que je désire cet homme. Je voudrais tant qu’il me désire. »

Mais lui priait la lune, au lieu de voir la femme. Un dernier souvenir l’assaillit, qui la fit prendre l’air et demander à Birgitt qu’elle la relevât. Cette nuit-là, le soir de sa nuit de noce. Cet adultère autorisé. Jamais elle ne s’était avoué. Elle avait hésité. Et si l’occasion se représentait jamais… Le vent du large la rasséréna.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Que d'émotion et de subtilités !

Une très belle suite !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Belle introspection dans la tête d'une héroïne séduisante. Les sentiments font leur chemin en sourdine et puis sortent de l'ombre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L’idée de s’unir à Vortimer fait manifestement son chemin dans l’esprit d’Yvine. Cette union se concrétisera-t-quand Vortimer sera rétabli? On veut y croire.

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