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Les Nuits d'Yvernie (29)

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Posté(e)

Vortimer avait donné consigne à Novlak de le réveiller avant midi. Yvine se découvrit seule, attachée pour la forme à son lit par les chevilles. Se détacher eût été un jeu d’enfant et la corde ne lui faisait pas mal. Elle se rendormit.

En milieu d’après-midi, elle se découvrit près d’une autre femme, attachée comme elle et qui la regardait dormir. Elle était aussi blonde et avait les yeux verts. Elle était d’une taille semblable à celle d’Yvine. Là s’arrêtait la ressemblance, car elle était plus ronde, avait des tâches de rousseur et la mine enjouée.

« Qui es-tu ? demanda-t-elle avec prudence.

— Kairen, chuchota-t-elle sur le ton de la confidence. Je suis comme toi, je m’enfuis. Il est rudement gentil ton gars.

— Quand partons-nous ?

— Je ne sais pas. Il ne m’a rien dit. »

Yvine poussa un soupir.

« Dis donc, tu n’as pas l’air bien gaie. Ma pauvre, tu as dû déguster. Moi c’est pareil. Je suis bien contente de quitter ce trou à rats… »

Elle était serveuse dans une auberge concurrente, exploitée depuis son enfance par le tenancier qui l’avait recueillie pour mieux l’asservir. Comme Yvine se laissait bercer par son bavardage, une autre voix intervint, depuis le second lit.

« Tais-toi donc, tu nous ennuies », dit cette voix impatientée. Une autre femme blonde, plus âgée, au visage émacié, essayait de dormir. Kairen lança à Yvine un regard entendu qui semblait dire : « Celle-là alors… »

La porte s’ouvrit sur Vortimer, méconnaissable en marchand pourvu d’une ample moustache et de favoris. Sa détermination n’avait pas changé, mais son énergie était bien chancelante et ses yeux brillaient de fièvre.

« Allons-y ! cria-t-il aux trois femmes en affectant l’enthousiasme et la force.

— Les navires ne partent qu’avec la marée, s’étonna Kairen.

— Pas tous les navires, rectifia-t-il. »

Ils rejoignirent les pontons et grimpèrent à bord d’un navire léger à voile triangulaire. L’équipage était réduit à quatre marins et à leur capitaine, un certain Kelan, qui semblait être un vieux rusé habitué aux affaires délicates. Ils s’enfermèrent tous les quatre dans la cabine.

« Voici Kairen, Bergitt et Ludmila, dit Vortimer en présentant à tour de rôle les deux femmes qui les accompagnaient, puis Yvine. Kairen fuit son maître, un tenancier qui l’asservit. Bergitt fuit son mari qui la bat. Ludmila fuit ses parents qui veulent la marier de force. Officiellement, je suis Tryphon, marchand ruiné qui vous engage pour monter une affaire de tissage. Officieusement, je suis un proxénète fuyant une affaire de mœurs, impliquant l’Évêque de Cork. Dans les faits, je m’appelle Tristrem et je fuis mon maître, qui veut me tuer pour avoir engrossé sa fille. Elle était belle. On ne se refait pas. Mea maxima culpa. Vous êtes ma couverture. Sur ce navire, prenez bien garde de m’appeler Tryphon. J’ai donné ma bourse comme acompte. Je dois payer l’autre moitié de notre passage à notre arrivée, après demain matin, où chacun de nous pourra s’en aller vivre sa vie de son côté. Sur ce, je vous souhaite bonne nuit. »

Il s’endormit aussitôt.

« Ce n’est pas un chevalier comme les autres », se dit pour elle-même Ludmila, c’est-à-dire Yvine. Elle s’ébahissait des procédés de Vortimer. Elle savait bien qu’il n’était pas seulement la brute qu’elle s’était représentée quand elle l’avait rencontré, mais elle s’étonnait qu’il se fût contenté d’être ce qu’il était, le capitaine de son roi.

« Notre homme est un malin, fit Kairen. Où va-t-il chercher tout ça ? Les filles, ça vous tente une partie de dés ?

— Je vais me coucher, dit Bergitt.

— Moi aussi », dit Yvine, avec un air d’excuse à l’intention de Kairen.

Le navire sortit du port au beau milieu de la nuit. Les trois femmes dormirent peu. Vortimer se mit rapidement à tousser. Il avait une forte fièvre. Elles s’en inquiétèrent. En l’auscultant, elles remarquèrent que ses blessures s’étaient rouvertes. Elles le déshabillèrent, le lavèrent, le recousirent, le soignèrent tant qu’elles purent et le veillèrent jusqu’au matin.

Comme elles nettoyaient ses blessures au petit matin, Birgitt et Kairen s’animèrent :

« Il est dans un sale état, dit Kairen. Voyez-vous la taille de cette entaille ?

— Il a défendu chèrement sa vie, jugea Birgitt. Les hommes de son seigneur ont dû lui tendre une embuscade. Je me demande combien il en a tué.

— Sans doute une demi-douzaine, s’enthousiasma Kairen. Il est taillé comme un roc. Et regardez-moi cette épée. Notre marchand est un guerrier.

— Il a l’air d’être né pour se battre, admit Birgitt.

— Les hommes nés pour se battre le doivent-ils nécessairement ? » se demanda Yvine.

Elles la regardèrent sans comprendre.

« Si cet homme-là s’était contenté de planter des choux, il ne serait pas dans un état pareil, ajouta-t-elle.

— Et nous serions encore prisonnières de situations intolérables, remarqua Birgitt.

— Sans compter que la vie n’est pas facile dans les Îles Diluviennes, opina Kairen. Combien de planteurs de choux ont été estourbis par des hommes d’armes ? Un homme qui en a la capacité devrait toujours apprendre à se battre.

— Vous n’avez pas tort, admit Yvine, mais celui qui vit par l’épée périra par l’épée.

— J’ai déjà entendu ça quelque part, dit Birgitt, mais j’ai aussi entendu : qui veut la paix prépare la guerre.

— Tu as dû entendre le premier dans une église et le second par un soldat. Voyez à présent dans quel état se trouve notre homme de paix, dit tristement Yvine.

— Il ne va pas mourir, dites ? » s’enquit Kairen.

Yvine soupira.

« Nous allons dire au capitaine qu’il a le mal de mer, déclara-t-elle. Nous le veillerons à tour de rôle. Nous nettoierons ses blessures et renouvellerons ses bandages comme nous l’avons fait cette nuit l’une après l’autre. »

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Beaucoup de vie dans les dialogues et de précision dans les descriptions !

À suivre...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une compassion bien méritée dans ce cercle de misères.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Grâce aux soins d’Yvine et de ses compagnes et à sa solide constitution, on peut espérer que Vortimer s’en sorte et tombe, enfin, dans les bras de la reine.

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