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Les Nuits d'Yvernie (28)

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À l’aube, dans le brouillard qui se dissipait, la barque entra dans un port de commerce encore endormi. Aussi silencieusement que possible, Vortimer s’amarra au premier ponton. Sans un mot, il déchira le bas de la robe d’Yvine, qui n’eut pas la force de s’en émouvoir. Elle tremblait de froid et ses lèvres étaient bleues.

Il trempa le tissu dans l’eau et nettoya ses plaies assez sommairement. Elle écarquilla les yeux en voyant les longues balafres qui parcouraient sa peau. Il s’arrangea du mieux qu’il put, puis son mouvement se ralentit. Il fixa sur elle un regard intense, égaré par la fièvre. Ce regard l’épouvanta. Il hésitait. Enfin, il dit :

« Je dois vous demander de m’excuser, dit-il.

— Pourquoi ? s’enquit-elle faiblement. »

Il cherchait ses mots, balbutiait.

« Pour ce qui va se passer, finit-il par dire. Je n’ai pas le choix.

— Vous me faites peur, souffla-t-elle.

— Écoutez-moi. Je ne suis plus très gaillard, admit-il avec une esquisse de sourire, mais je suis lucide. Je connais l’endroit. Laissez-vous faire. »

Et la regardant avec des yeux enflammés, il répéta : « Laissez-vous faire sans protester. »

Il déchira sa robe, la souleva de terre et, adoptant la démarche la plus assurée qu’il put, traversa le port endormi en la portant sur son épaule. Elle ne manqua pas de s’étonner du procédé, mais elle était si lasse qu’elle n’avait plus la force de protester, comme Vortimer l’avait craint d’abord. Il entra dans une auberge au plafond bas. La salle, empestant la moisissure, était désertée par les habitués, sauf quelque ivrogne attardé.

Le tenancier dormait sur son comptoir. Vortimer le réveilla en l’appelant par son nom qui était Novlak. Quelle ne fut pas sa surprise en avisant à son réveil un homme d’armes en piteux état, portant sur son épaule une femme nue, la plus belle qu’il eût jamais vue de mémoire d’aubergiste.

— Si c’est pour un mariage, hasarda Novlak, l’église est un peu plus loin dans la rue.

— Ces gueuses-là s’ marient pas, lui répondit Vortimer en s’esclaffant. Ça couche avec tout c’ qui traîne.

— Qu’est-ce donc qui vous faut ?

— Une chambre pour l’enfermer et me refaire une santé.

— Pas de détail s’il-te-plaît.

— Tu n’y es pas, Novlak…

— On se connaît ?

— J’suis mercenaire. Déjà passé par ici. Tryphon ! Tu m’remets ?

— Et qu’est-ce que tu fabriques avec ce… cette…

— C’te pute ? Échappée d’une maison de passe, plus haut sur la côte. J’la ramène au bercail. Tu sais c’que c’est. Ça fricote avec son futur ex-sauveur pour s’arranger un nouvel avenir. L’a fallu qu’j’étripe le damoiseau. Coriace le bougre ! J’vais devoir me r’coudre ici ou là. Quant à elle ! C’te traînée s’est tant débattue qu’y reste rien d’sa chemise. »

Novlak, tout ahuri, assimilait avec intérêt cette histoire, pourtant commune. Il n’était pas rare que des femmes échappent à la surveillance de leurs parents, de leur mari ou de leur patron et qu’on envoie après elle, surtout quand elles pouvaient rapporter gros.

« Tu m’écoutes Novlak ? Y m’ faut eun chambre avec deux lits, de quoi manger en quantité, des habits prop’s et chauds pour elle et moi, de l’eau chaude, du fil et une aiguille. Je reste deux nuits. Tu s’ras payé comme y convient, dit-il en alignant sur la table quatre pièces d’or. »

Novlak s’empressa. Yvine et Vortimer s’enfermèrent dans leur chambre. Ils se lavèrent chacun leur tour. Vortimer se soigna avec l’aide d’Yvine. Celle-ci ne put se défendre d’une certaine douceur dans les soins qu’elle lui prodigua. Il crut qu’elle lui pardonnait. Ils mangèrent, se couchèrent et s’endormirent presque aussitôt. Ils n’avaient pas échangé une seule parole.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

On se prend à espérer que la douceur involontaire d’Yvine à soigner Vortimer, après ces événements violents, soit les prémisses d’un sentiment plus fort.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il est clair que rien ne sera comme avant entre eux. Mais... attendons la suite.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit prenant à suivre !

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