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Les Nuits d'Yvernie (26)

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Dès le matin, on arriva en vue des côtes d’Yvernie.

Il n’y eut personne pour les accueillir. Tout était aussi morne que la première fois, mais il n’y avait pas âme qui vive. C’était aussi la même pluie ; elle se mit à tomber lorsque Vortimer posa le pied sur le ponton de bois. Il aida la reine à descendre et attendit quelque temps.

C’est à peine si quelques locaux remarquèrent leur présence. Ce mépris des convenances n’était pas un hasard. Les missives échangées entre Cathbad et Imrinn ne laissaient aucune ambiguïté quant à l’arrivée du capitaine, quoiqu’elles dissimulassent la tâche qui lui incombait.

Il rassura Yvine, lui précisant que le retour de la fille du roi Niocol n’avait pas été annoncé, mais fit signe à tous ses hommes de l’accompagner, n’en laissant pas un seul sur le navire. Et comme lui-même avait remis son armure d’écaille, qu’il avait d’abord négligée, ils prirent la route de Limerick aussi bien armés qu’ils pouvaient l’être.

Une angoisse sourde le tenaillait. La seule présence d’Yvine en était cause et il s’étonnait de se découvrir lâche en craignant pour autre que lui-même.

La reine ne disait mot et partageait l’inquiétude du chevalier. Ils n’avaient pas fait la moitié du chemin que Vortimer fit demi-tour.

« Que faites-vous ? » s’enquit-elle.

Le regard qu’il lui jeta la terrassa. Il ne répondit pas et marcha plus vite en l’entraînant par le bras. Elle ne protesta pas tant elle avait été effrayée de ce regard. Il pressait le pas et regardait sans cesse le ciel et les abords du sentier. Enfin, n’y tenant plus, il dégaina son arme, puis se tournant vers la reine :

« À qui avez-vous dit que vous rentriez ? lui demanda-t-il sèchement, le regard dur.

— Personne », dit-elle avec assurance.

Comme au plus fort des batailles, Vortimer réfléchissait à toute vitesse. Il l’entraîna de nouveau.

« Pourquoi retourner au navire ? l’interrogea-t-elle, enfin impatientée.

— Il n’y a plus de navire », dit-il d’une voix rauque.

Elle commençait à comprendre et, comme Vortimer envisageait de quitter la route, il reconnut une voix :

« Vortimer, fils de Nel Avir, second du roi Margreg, fléau des Yvernois, premier capitaine des Karnovi. Vous êtes plus perspicace que vous n’en avez l’air.

— Pas encore assez pour vous, il semble », répondit l’intéressé.

Imrinn sortit du sous-bois qui jouxtait le sentier, justement là où le chevalier avait pensé se cacher en attendant la nuit. Le vieillard s’avança dans un ample manteau noir en fixant Vortimer de son œil gris.

« Il eût été bien plus amusant que vous eussiez trouvé porte close. »

Vortimer se saisit brutalement d’Yvine et lui posa sa lame sur la gorge.

« C’est Yvine, la fille du roi ! N’approchez pas !

— Oh, je m’en doutais bien, répondit doucereusement le rusé ministre. Mais vous savez, le roi Niocol a treize filles. Une de plus, une de moins… »

Le chevalier ne desserra pas son étreinte pour autant, mais éclata d’un rire bref et nerveux.

« Je craignais que vous ne dissiez quelque chose de ce goût-là. »

Il jetait des coups d’œil rapides dans toutes les directions. Le sous-bois était plein d’archers, des cavaliers arrivaient des deux extrémités du sentier.

« Je ne voudrais cependant pas que vous soyez venu pour rien, dit Imrinn. »

Le ministre jeta ce qu’il dissimulait sous un pan de son manteau. Vortimer avait déjà commencé d’avancer et Yvine, qui respirait à peine et se serrait contre Vortimer, malgré la lame qu’il avait posée sur sa gorge, ne vit pas ce dont il s’agissait.

« Boucliers ! » hurla-t-il, comme Imrinn s’écartait.

La première volée de flèches s’arrêta surtout sur du bois. Vortimer avait bien calculé, mais un homme se renversa sur Yvine en râlant. Il tomba près d’une tête qui traînait là toute seule.

Elle n’eut pas même le temps de se demander ce que cette tête faisait là qu’elle se sentit soulever. Dans le temps qu’elle était emmenée, sans plus savoir qui l’entraînait, une idée affreuse commença de germer dans son esprit. Elle connaissait cette tête.

Au lieu de s’enfuir par la route, Vortimer et ses hommes coururent droit aux archers. Ils s’arrêtèrent deux fois avant d’atteindre les bois. Trois d’entre eux étaient tombés quand ils parvinrent sous le couvert des arbres. Dans cette course effrénée, Yvine ne songeait plus qu’à cette tête entrevue.

Les cris, les râles, les heurts et les chocs d’épée lui paraissaient assourdis, distants, se succédant sans plus l’inquiéter, tout occupée qu’elle était de cette tête sans vie, de ce visage méconnaissable et qu’elle avait aimé. Les hommes tombaient, le sang coulait comme sur une toile où s’agiteraient des ombres.

Elle revoyait un banc de bois dans un parc aux chemins encombrés de feuilles mortes. Un harpiste à ses pieds jouait une vieille antienne. Il était jeune et beau. Son sourire était doux. Et le vent soulevait autour de lui les feuilles, si rouges, si rouges. Il avait bien souffert sans doute, quand elle était partie.

Il ouvrit la bouche pour chanter et aucun son n’en sortit, mais des papillons noirs. Et les feuilles tourbillonnaient autour de lui, si rouges enfin qu’on eût dit un torrent. Ce torrent l’entraînait, l’éloignait d’elle, mais elle était incapable de faire un geste vers lui. Elle se sentit tomber, mais il la ramassa, la soulevant comme une enfant sur son épaule et courant toujours.

Yvine ne voyait plus que du rouge autour d’elle. Ses larmes ne lui permettaient plus de rien voir davantage. Quand les mains du harpiste s’étaient posées sur elle, un long frisson lui avait parcouru l’échine. Il avait été doux, si doux qu’elle avait pleuré d’aise.

Elle ne voyait plus son visage dans l’ombre de la chambre et il fallait que la lumière le lui rende. Les tentures du lit étaient vermeilles et descendaient trop bas. Il fallut les écarter, mais, sur la table de nuit, ce n’était plus son livre, qu’il aimait tant à l’entendre lire : c’est son visage qu’elle y trouva. Sa tête était posée là. Les ténèbres s’appesantirent.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un épisode crucial. Le voici enfin, cet amant, et mal lui en a pris. Car des deux côtés, la barbarie règne. Les liens tissés entre Yvine et Vortimer ne peuvent, semble-t-il, que se resserrer. Trépidant.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Certes l’ancien amant a-t-il été éliminé un peu brutalement. Yvine va devoir en faire le deuil, avant de se consoler auprès de Vortimer?

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une suite palpitante !

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