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Les Nuits d'Yvernie (25)

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Posté(e)

On affréta la galère d’apparat, celle qui avait emporté la reine loin de sa patrie. Yvine, Vortimer et quelques-uns de ses hommes s’y rendirent par la route qui menait au Havre Béathia, sur la côte nord de Karnoua.

On était aux premiers jours de l’automne et le vent qui soufflait du nord s’opposait aux efforts des rameurs. Enfin, ils gagnèrent la haute mer, après de longues difficultés.

Yvine ne resta pas sous la tente comme à la fin de l’automne précédent. Elle était debout, à la proue du navire, et regardait danser les vagues. Vortimer la regardait depuis la poupe en poussant de profonds soupirs. Il jouait parfois un petit air plaintif avec sa flûte que, sans doute, Yvine n’entendait pas. En moins d’un an, il n’avait pas seulement appris à lire ; il avait aussi un peu prié, un peu menti, était devenu père et mari.

Le soleil était descendu sous l’horizon, le vent s’était calmé, les rameurs se reposaient et le ciel s’illuminait d’étoiles quand Vortimer, perdu dans ses pensées, fut surpris par la voix de sa reine, qui l’avait rejoint silencieusement.

« Vous ne mangez pas, remarqua-t-elle.

— Si, bientôt… je… Je réfléchissais… Je me suis demandé ce qui se serait passé si… Si vous m’aviez avoué votre état, lorsque nous étions sur ce navire. »

Il gardait les yeux fixés sur la mer et ne la regardait que par instants.

« Vous m’auriez ramenée chez moi ? s’enquit-elle.

— Oui, certainement, affirma-t-il. Je n’aurais pas risqué votre mariage avec le roi.

— Je vous ai peut-être mal jugé… Non, je vous ai mal jugé. Aussi avais-je peur. Peur de vous.

— Peur de moi ? Mais pourquoi ?

— Vous êtes Vortimer, les miens vous appellent le Fléau Karnovi, vous rappelez-vous ?

— Je crois qu’il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix.

— J’ai repensé à ce que je vous ai dit. J’ai peut-être… Non, j’ai été injuste. Vous m’avez emmenée et donnée, mais vous l’avez fait pour assurer la paix. Vous m’avez pris mon fils, mais vous l’avez sauvé. Vous êtes le seul sans doute qui l’aurait fait. Je vous en remercie, Chevalier, mais… J’ai un service à vous demander.

— Oui, je crois que je pourrai faire en sorte que votre fils vous revienne. Ce ne sera pas facile, mais je vais essayer. »

Elle le regarda avec étonnement, puis avec une profonde gratitude. Il s’appuyait contre le bastingage et elle lui posa la main sur le bras. Vortimer frissonna.

« Soyez-en remercié, Chevalier. Comme du soin que vous avez pris de moi. Vous êtes le seul des vôtres à avoir veillé sur moi, depuis mon arrivée jusqu’à mon départ.

— Je me sentais responsable.

— Oui, mais il y a autre chose, n’est-ce pas ? »

Vortimer ne répondit pas.

« Quoiqu’il en soit, ajouta-t-elle, je vous remercie. Ce que vous ferez pour moi m’est inestimable, mais ce n’est pas de mon fils que je voulais parler.

— Dites-moi ce que je peux faire pour vous.

— Je voudrais que vous laissiez sa chance à mon ancien amant. Il ne peut l’emporter contre vous, c’est certain, mais pourriez-vous lui offrir un combat honorable ?

— Ma reine, je ne sais pas de qui il s’agit.

— Oui, mais vous l’apprendrez.

— Je n’en ai pas l’intention.

— Comment ? s’étonna-t-elle. Et votre mission ?

— J’ai l’intention d’échouer, ma reine.

— Parlez-vous sincèrement ? »

Yvine n’osait trop y croire. Sa voix tremblait légèrement. Elle tenait le bras du chevalier à deux mains et cherchait son regard qui se perdait sur la mer. Le tremblement de sa voix émut Vortimer et, soit qu’il eût froid, soit que son émotion prît le dessus sur la maîtrise qu’il s’imposait en sa présence, il s’essuya les yeux d’un revers de main et, se dégageant doucement de l’étreinte d’Yvine, alla se tenir un peu plus loin contre le bastingage.

Comme elle s’avançait pour le rejoindre, sans la regarder, il fit un geste pour s’y opposer.

« Non. S’il-vous-plaît. Votre contact m’est douloureux.

— Vous me dites…

— Je vous promets, l’interrompit-il, que je ne ferai aucun mal à votre amant et que je m’emploierai à vous rendre votre fils.

— Est-il possible que vous soyez à ce point mon ami pour…

— Je ne suis pas votre ami. Vous êtes… Vous êtes comme ces étoiles. Aucune ne descendra nous voir ce soir. Si je vous touche, je crains que vous ne disparaissiez pour toujours.

— Mais je disparaîtrai de toute façon, fit-elle remarquer. Donnez-moi votre main, chevalier. »

Elle lui tendit la main, paume vers le haut. Vortimer hésita, mais finit par y poser la sienne. Elle referma les mains sur la sienne.

— Vous voyez, dit-elle doucement, ça ne vous fait pas mal. Nous nous sommes méconnus. Je ne suis pas si céleste que vous pensez. Souvenez-vous de mes souffrances la nuit où j’ai mis mon fils au monde. Et vous, vous êtes loin d’être le monstre que j’imaginais. »

Elle lui lâcha la main et ils se tinrent tous deux au bastingage, côte à côte.

« Vous prendrez bien soin d’Assa pour moi ?

— Je vous le promets également.

— Elle me manquera.

— Vous nous manquerez aussi.

— Que comptez-vous faire, de retour à Trévar Védyne ?

— Je n’y retournerai peut-être pas. J’étais un homme de guerre, mais je me suis habitué à la paix. J’aspire à une vie plus calme et plus tranquille, loin de la cour. Et vous ?

— Je pourrai peut-être aimer à nouveau, et vivre au grand air. »

Ils conversèrent ainsi une partie de la soirée. Ils en vinrent à des sujets généraux. Ils finirent par se montrer les étoiles. Yvine préférait Déneb, de la constellation du Cygne. Vortimer aimait mieux Sirius, du Grand Chien ou Véga, de la Lyre. Yvine s’en étonna, n’imaginant pas que Vortimer aimât la musique. Il lui montra sa flûte et joua un air. Ce fut affreux.

« Vous m’intimidez, s’excusa-t-il.

— Est-ce possible ? le taquina-t-elle. Vous ne jouez pas mal tout de même. »

Il s’oubliait dans le charme de sa conversation, en respirant à pleins poumons l’air du grand large. Il fallut pourtant se quitter. Ils se souhaitèrent bonne nuit, mais Vortimer n’arrivait pas à dormir. Il repassait dans sa mémoire, dont il posait les images sur la voûte céleste, illuminée d’étoiles, tous les détails de la seule soirée qu’il aurait jamais passée avec la reine.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Pourvu que l’ancien amant s’avère décevant et que Vortimer l’emporte dans le cœur d’yvine! Ce serait trop triste qu’il se contente de mourir d’amour…

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Vortimer est d'un romantisme très hugolien, ver de terre amoureux d'une étoile (Ruy Blas). sa grande âme pourrait faire de grandes choses.

Posté(e)
  • Auteur

J'adore Ruy Blas 🙂

 

Elle déplie la lettre résolument et lit.
" Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là
" Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
" Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ;
" Qui pour vous donnera son âme, s'il le faut ;
" Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. "

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un véritable talent d'écriture, on s'y croirait !

 

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