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Accents poétiques

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Les Nuits d'Yvernie (23)

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Posté(e)

Le lendemain, après qu’il vit Yvine sur la terrasse du donjon et qu’il se retira en pensant qu’elle ne l’avait pas aperçu, il entendit sa voix qui l’appelait. « Chevalier. Approchez-vous s’il-vous-plaît, » lui dit-elle de cet accent musical qui lui berçait l’ouïe. Sa voix était précise et délicate, vibrante, à la fois lente et déliée. La plénitude de ses voyelles gracieuses résonnait entre les franches ruptures de ses consonnes.

Elle ne lui avait adressé directement la parole que lors de sa nuit de noce. Un frisson lui parcourut l’échine. Il se rendit à son côté, lentement. Jamais encore il n’avait été si près d’elle, sans la pénombre de la chambre où il se souvenait d’avoir senti sa main posée sur lui. Et pour se donner une contenance, il mit un genou en terre et fixa le gravier de l’allée du jardin.

« Ma reine ?

— Relevez-vous. »

Il se releva, mais il garda les yeux rivés au sol.

« Comment se porte mon fils ?

— Je l’ignore.

— Regardez-moi, chevalier. »

Il leva les yeux sur elle. Leurs regards se confondirent. Ses yeux d’émeraude cherchaient quels secrets se cachaient dans les siens. Vortimer avait peine à soutenir l’immobilité de son regard insistant. Il détournait le sien à chaque instant, puis le ramenait sur son visage, ce visage dont il avait si souvent rêvé. L’incarnat léger de ses lèvres était si clair qu’il lui donnait froid rien qu’à les voir.

« Savez-vous où il est ? demanda-t-elle.

— … Pour votre sécurité et pour la sienne, il vaut mieux que vous l’ignoriez. Je prétendrai l’ignorer moi-même toutes les fois que vous me le demanderez.

— Qui vous a chargé de ma sécurité si le roi lui-même en fait peu de cas ?

— C’est moi qui m’en charge.

— Et si je vous en déchargeais ?

— Ma réponse serait la même.

— Ainsi, souffla-t-elle tristement, le seul fruit qui me reste de mes amours sera ravi par vous et mon amant sera tué de cette même main qui prétend me secourir.

— Il n’y a aucun espoir de rien conserver de cette ancienne vie, admit-il. Votre vie est ici.

— Avec un époux qui me hait et sans plus l’enfant qui pourrait m’en consoler.

— Le roi ne vous hait qu’à cause de votre indifférence à son égard. Vous pourriez tout en obtenir avec un peu de soin.

— Cette idée me déplaît et n’est pas d’un chevalier. N’en parlons plus.

— Soit.

— Je n’ai rien à vivre ici qu’ennui et tristesse.

— Que puis-je pour vous, ma reine ?

— Je vous demande de m’emmener avec vous.

— Quoi ? s’ébahit-il.

— Je vous demande d’en convaincre le roi, ajouta-t-elle, sans se soucier de sa stupéfaction. Dites-lui que je sollicite sa permission pour revoir les miens.

— Vous ne reviendrez pas, conclut sombrement Vortimer.

— Cela n’attristera pas votre roi. »

Il la voyait déjà partie pour toujours et il sentit le vide qu’elle laisserait en lui.

« Cela risque fort de recommencer la guerre entre nos royaumes, objecta-t-il.

— On ne recommence pas une guerre qu’on a déjà gagnée pour reprendre une épouse stérile et détestée. »

Elle avait raison. C’était même sa meilleure chance de survie. Vortimer n’y avait pas seulement songé et plus il comprenait pourquoi, plus il souffrait intérieurement de cette absence qui s’annonçait.

« Mais vous abandonneriez Assa qui s’est sacrifiée pour vous.

— Assa n’est pas abandonnée. Elle est mariée. Sa vie est auprès de vous désormais. Ayez pour elle les soins que vous me demandiez d’avoir pour mon époux. Elle les mérite. Si vous aviez été plus attentif, vous auriez remarqué qu’elle n’a rien sacrifié et que votre arrangement lui convenait avant même que vous ne le lui proposiez. Elle espère beaucoup en vous, bien loin de l’impression que lui a laissée votre première rencontre, quoique je ne sois pas bien sûre qu’elle m’ait dit franchement le fond de sa pensée en cette occasion. Elle espère que le temps changera en amour ce que vous n’avez proposé que pour mon service. »

Vortimer souffrait cruellement de ce qu’elle voyait juste.

« C’est vous, ajouta-t-elle doucement, qui vous êtes sacrifié pour moi.

— C’est le moins que je pouvais faire, après vous avoir amenée ici.

— Vous m’avez amenée, vous m’avez donnée, vous m’avez pris mon fils et vous me prendrez mon amant, dit-elle tristement. Vous payez cher votre fidélité envers votre roi.

— Si j’avais su, soupira-t-il.

— Prenez garde à ce que vous dites, chevalier. Prenez garde aussi à la façon dont vous me regardez. On vous observe et vos regards en disent long. »

Vortimer baissa les yeux et demeura interdit.

« Vous avez déjà trop souvent risqué la colère du roi, ajouta-t-elle, et vous avez, je l’espère pour Assa, fait le sacrifice de votre liberté. C’est beaucoup pour une étrangère. Il est temps que je vous quitte. Au moins vous aurai-je appris à lire, conclut-elle avec un discret sourire.

— Il en sera fait selon vos désirs, dit-il, la mort dans l’âme.

— Une dernière chose. Si d’aventure mon fils venait me rencontrer après que vous m’aurez laissée chez moi, je vous en serai extrêmement reconnaissante. Allons chevalier. Je ne vous retiens pas davantage. »

Il s’inclina et rejoignit ses quartiers.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

On peut comprendre que le sort de Vortimer est décidément peu enviable, tant les visées politiques et les élans du cœur sont en l'occurrence inconciliables. Le passage sur la voix d'Yvine est divin!

 

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 Yvine connaît les sentiments de Vortimer, les partage mais un fossé les sépare qui semble infranchissable. Provisoirement?

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