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Les Nuits d'Yvernie (21)

Featured Replies

Posté(e)

Un soir qu’il s’attardait dans la grand-salle, Assa vint le trouver.

« Puis-je vous parler en privé ? demanda-t-elle.

— Pourquoi en privé ? s’étonna Vortimer.

— C’est à propos du premier capitaine du royaume qui entre, la nuit, dans la chambre de la reine.

— Oui… Bien sûr… Retirons-nous dans mes quartiers. »

Assa entrait pour la première fois dans la chambre de Vortimer. Elle était vide, sauf un lit de serge et un coffre à vêtements sur lequel étaient deux livres et une flûte. Assa s’étonna de ce dépouillement. Il l’invita à s’asseoir sur le coffre, puisqu’elle n’était plus très loin du terme de sa grossesse, et resta debout, les bras croisés. Il lui donnait l’impression d’être en faute, alors que c’était à elle de lui demander des explications.

« Je t’écoute.

— La reine vous a vu rentrer dans sa chambre. Est-ce le roi qui vous a demandé de présenter ses excuses à la reine ?

— Pas du tout.

— Qui vous a dit de déposer des livres, des oiseaux et des fleurs chez elle ? demanda-t-elle exaspérée.

— Personne.

— À quel jeu jouez-vous ?

— Il faut que la reine quitte sa chambre, retourne à ses habitudes et il faut surtout qu’elle passe ses nuits auprès de son époux.

— De quoi vous mêlez-vous ?

— Il y va de sa vie.

— Comment ?

— Je ne peux tout te dire. Sache seulement qu’on envisage de la faire disparaître pour la remplacer. Le roi n’est pas impliqué. Le fait qu’elle garde la chambre fournit des occasions et des raisons plausibles pour sa disparition.

— Vous l’amenez dans ce pays-ci, vous tuez son enfant et me demandez de la faire sortir de sa chambre…

— Je n’ai pas tué son fils. Je l’ai confié.

— Comment puis-je en être sûre ?

— Crois-moi sur parole pour l’instant. Je pourrais par la suite te fournir des preuves plus probantes.

— Elle ne le verra plus ?

— Non.

— Dans ces conditions, difficile d’imaginer qu’elle veuille revoir le jour avant longtemps.

— Trouve un moyen.

— Elle ne tient plus guère à la vie et je la comprends, mais vous, pourquoi tenez-vous tant à la sienne ?

— Disons que c’est politique, mentit-il. Le hasard a voulu que sa survie entre dans mes intérêts.

— Quels intérêts ?

— Tant qu’elle vit, cela m’évite une mission qui me répugne et des désagréments ici, à la cour… Je te l’ai dit, c’est politique. Autre chose… Il faudrait que nous nous mariions. »

Heureusement pour elle, Assa était assise.

« Écoute-moi. Encore une fois, c’est politique. Si tu m’épouses, ton enfant sera pris en charge par le roi qui pourvoira à son éducation.

— Pourquoi ferait-il une telle chose ?

— Mettons que nous nous mariions. Tu continuerais de vivre ta vie comme tu l’entends et moi de même. Tu pourrais me demander mon soutien au besoin et bénéficierais de ma protection. On aurait soin de ton accouchement. On s’assurerait de ton bien-être et de celui de l’enfant. Au fait, est-il de moi ?

— Que vous importe ?

— Simple curiosité. Ça ne change rien à notre affaire.

— Oui. Vous me dites que le bien-être de mon enfant, celui de ma maîtresse et le mien entrent dans vos intérêts. Y entreront-ils toujours ?

— Pour te dire la vérité, mon bien-être dépend du bien-être de ta maîtresse, qui dépend de celui de ton enfant et donc du tien, tant que tu auras soin de ta maîtresse et de ton enfant. Nous sommes pour ainsi dire alliés par les circonstances.

— Qu’y a-t-il de commun entre la survie de ma reine et mon enfant ?

— Ce que le roi veut, c’est un héritier. Ta maîtresse étant stérile, c’est moi qui redeviens l’héritier du royaume. Je ne le veux pas. Si nous nous marions, cet héritage pourrait revenir à ton enfant.

— Y a t-il tant de risques à être l’héritier du royaume ?

— Aucun s’il s’agit d’un enfant, mais moi, je ne suis pas suffisamment influençable.

— Et s’il n’était pas influençable ?

— L’adoption du roi le rendrait inviolable. »

Assa était bien incapable de répondre dans l’instant à une pareille proposition. Vortimer lui demanda d’y réfléchir et d’avoir soin de sa maîtresse.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Vortimer est vraiment un type bien. Incidemment il informe Yvine que son enfant est sauf et du souci qu’il a de sa vie. Assa acceptera-t-elle un mariage de circonstances? 
Combien faudra-t-il encore de rebondissements avant la fin heureuse?

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Machiavélisme, quand tu nous tiens...

Posté(e)

Sacré chapitre que celui-ci !

Mes idées et commentaires, en vrac (dans un commentaire trop long, désordonné, touffu et inutile, comme à mon habitude 🙂) :

- Tous vos personnages sont complexes et très bien décrits, à l'exception de ce gros balourd de Magreg qui semble bien vide et vain. Il est difficile de comprendre ce que Vortimer, qui n'est pas un ange mais est loin d'être bête, peut avoir vu chez lui de si admirable. Il le décrit comme magnanime, etc... Est-ce donc véritablement l'arrivée d'Yvine qui a bouleversé sa personnalité ? Ou sont-ce simplement les yeux de Vortimer qui se sont ouverts ? Je suis assez curieux de voir ce qu'il va advenir du personnage, qui me semble assez sous-exploité pour le moment, alors qu'il est indispensable à l'intrigue. J'ai très hâte !
- Je sens que le "maître" de Léagaïba a un lien avec Myrddin 🙂 L'enfant d'Yvine aura donc sans doute un destin hors du commun, si on en arrive jusque là. Léagaïba semble véritablement avoir des yeux perçants et très clairvoyants et être toujours là où il faut pour Vortimer, même s'il ne l'apprécie guère. Je me trompe sans doute, mais... Qui sait ?
- Même si je souhaite une fin heureuse, comme Jeep, j'espère que l'amour entre Vortimer et Yvine ne sera jamais consommé, tant cela briserait la seule pureté de l'âme du soldat... Je le préfère ainsi. Je pense d'ailleurs qu'avoir évoqué explicitement la potentielle fuite des deux nous interdit cette solution.
- Je ne sais absolument pas de quel roman courtois vous vous inspirez, ce qui est très plaisant. Je ne peux que m'imaginer la suite à chaque "cliffhanger" (donc à chaque page). Le récit est vraiment palpitant et extrêmement bien mené, comme tout le monde a pu vous le dire. Les inspirations tirées de la matière bretonne sont là et s'entendent (Vortimer me semble par exemple, dans le nom, très fortement inspiré de Vortigern, le premier "roi" de l'histoire anglaise après le départ des Romains, que combat par la suite Uther selon les légendes (ou parfois Uther combat son fils, peut-être le fameux fils d'Yvine ?)). Je suis pas super versé dans la littérature arthurienne, mais il me semble que c'est ça ? Je suis plus science-fiction que chevaliers, je dois l'admettre. Amis lettrés, n'hésitez pas à corriger mes grosses bêtises haha...

- Il y a un certain mélange d'anachronismes assez bienvenus qui permettent à la fois de rendre le récit crédible et adapté au ton "roman de chevalerie" que vous souhaitez reproduire, un petit peu comme The Song of Ice and Fire. On peut y croiser des chevaliers et des donjons en pierre durant les Dark Ages, exactement comme chez Chrétien de Troyes, mais vous avez le recul nécessaire pour vous jouer de ces tropes et reproduire des intrigues politiques beaucoup plus crédibles au Haut Moyen Âge que les récits de table ronde, sans joutes, sans dragons et sans certaines autres fantaisies.
- J'apprécie particulièrement le machiavélisme du confesseur et espère en savoir plus sur ses intentions, même si je me doute que nous n'aurons que l'avis de Vortimer sur celles-ci.
- Assa est vraiment un personnage formidable. Sans doute le plus "humain" et celui auquel le lecteur peut le plus facilement s'identifier (à mon avis). J'espère qu'elle saura prendre la sage décision, ici.
- Merci pour cette lecture passionnante, que j'ai un peu retardée. Je suis désormais "hooked" et attend la suite. Quel suspense !

Modifié par H. Mériadec

Posté(e)

Je m'identifie à Assa, finalement : il me faut beaucoup d'explications!

Posté(e)
  • Auteur

En effet, Margreg est un personnage assez plat. Je l'ai voulu tel.

Le fait que Vortimer l'admire tient essentiellement au fait que le roi lui a fait confiance.

Vortimer a besoin d'inspirer confiance, il a besoin de se sentir fidèle à une cause.

Je m'inspire librement du Tristan et Yseult et de quelques épisodes du cycle arthurien.

Effectivement, Vortimer a été emprunté à Vortigern, souverain allié aux Saxons.

Pour le reste, je vais maintenir le suspense 😉

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