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Accents poétiques

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Le poète maudit en vacances (portrait)

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Posté(e)
  • Semeur d’échos

      Il a redoutablement préparé sa voiture : c’est un art dans lequel on le dit sans rival. Impeccables et alignés dans le coffre, ses sacs ont été garnis du strict nécessaire pour le voyage. De l’appareil à photo muni de sa pile et de son flash dûment astiqué prêt à l’emploi jusqu’à la trousse toilette où le sèche-cheveux ne saurait manquer, toute chose a figuré sur une liste rigoureusement pensée, puis cochée point par point au fur et à mesure qu’il constituait ses bagages. Ses voisins l’ont vu tôt ce jour poser une à une ses valises dans l’auto fraîchement lavée. Puis il a chaussé ses lunettes, a fait chauffer deux minutes le moteur et il est parti, la carte routière déployée près de lui. Les passants un peu cultivés auront reconnu les carrousels et fanfares de Charpentier sonnant bellement dans l’habitacle. Sa voiture est blanche, sa chemise repassée. Il part à l’heure. Et cependant, il tremble : à coup sûr, il aura oublié quelque récipient d’eau chlorée pour se laver les mains après la pause repas, ou quelque chiffon doux pour le nettoyage de ses lunettes. Il ragera donc, comme toujours : ne dirait-on pas que sa minutie ne sert qu’à parer une éternelle distraction ? Cela en vain, que diantre ! Après avoir piétiné la poussière du bord de mer, aura-t-il sous la main la brosse à chaussures ?

 

      Sur la route, les chauffards qui le croisent ne l’emporteront pas au paradis. Ils apercevront, l’espace foudroyant d’une seconde, son air réprobateur à travers le pare brise. C’est du moins ce qu’il imagine : sourcils froncés, commissures des lèvres  profondément désenchantées, il fixera sur l’automobiliste imprudent une paire d’yeux aptes à édifier le plus indifférent. Les vieilles dames au volant se signent en l’apercevant. On le devine proférant des paroles de malédiction et l’on songe soudain à se confesser bientôt.

 

      Sur le rivage atteint -après qu’il a cent fois maudit la D.D.E. imbécile qui n’a pas mis le panneau au bon endroit-, il va de son pas lent que d’aucuns ont qualifié de mou. Honte à ces plaisantins que n’effleure pas la délicatesse d’une promenade poétique ! Il faut, dit-il, humer l’atmosphère du lieu, et non seulement compter les belles pierres. Or çà ! la poésie justement le gagne ; il s’échauffe. Son ange gardien s’émerveille, qui se mourait d’ennui : va-t-il faire tinter quelque sonnet ? Mais son visage se creuse et son échine ploie : à quoi bon s’extasier ? Le monde n’est que ce qu’il est ; l’on ne saurait baver pire gadoue, et les rares aurores qui l’émeuvent n’adoucissent qu’à grand peine son cœur désabusé. Il contemple d’un œil morne la mer, la mer amère et délétère, aux vagues inlassablement renouvelées. Il est seul. Nul ne le suit sauf son ombre qui n’y peut rien et tache de se faire toute petite. Passent les mouettes en tournoyant sur sa nuque. On a tort de croire ces volatiles niais : ils sont au spectacle. Voilà cet être vivant plus triste que Tristan, plus vieux que Saturne. Et nos oiseaux lui rient au nez, l’écoutent râler, plus gris qu’un goéland, plus lourd qu’à l’atterrissage l’albatros aléatoire. Sans doute, de là vient que certaine espèce est dite rieuse, la gageure transmise entre générations ailées ! Hamlet des sites touristiques, il fait fuir l’estivant au cœur léger qui se demande quel est son crime. Les monuments se vident alors même qu’y retentit son pas grave. Les châteaux où il pénètre prennent subitement aux yeux des visiteurs incrédules l’aspect horrifiant que leur prêtent les superstitions de nos ancêtres. L’hirondelle qui le frôle s’enfuit à tire d’aile, croyant à son apparition déceler les prémices de l’hiver. Autour de lui, les tours s’assombrissent, les créneaux ricanent de leurs chicots aigus. Il lève son visage et darde ses prunelles. Il va donc enfin parler !

 

      « Ô parpaings ridicules, ô sombres édifices de nos aïeux ! Que me font vos robes de roc, vos frises gothiques, si j’oublie d’emporter mon dentifrice ? Il me faut trouver une épicerie au plus vite ou je meurs ! »

 

      Et son rire éclate, que la guide conférencière lui renvoie franchement -rassurée.

 

      Lors, le couchant qui enchante le coteau de l’horizon ne rougit plus ni de honte ni de terreur. Il se dore de plaisir sous ses yeux vagabonds : ce sont lèvres détendues qu’il reflète gentiment. Car ce bougre -ses amis ne l’ignorent pas- cultive envers et malgré tout les vertus du rire. S’il a tourné le dos, tout à l’heure, à la demoiselle qui passait lui souriant, c’était pour qu’elle ne le vît pas rosir d’aise. Son naturel n’est pas si mauvais qu’il ne s’arrête en route pour prêter secours au papillon qu’il a failli heurter. Ne sachant trop parler de lui, car il se pique d’être modeste, ma foi il écrit. Et sa plume, on l’espère, trace le rayon de grâce dont il sait gré à l’humour de le montrer plaisant à qui voudra bien s’y pencher.

 

      Cela, en somme, ne pourrait-il avoir été démontré ?

Posté(e)

Un drôle de portrait d'un poète qui porte en lui les qualités de l'homme en perdant celles de l'artiste. 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le poète est distrait par nature. D’où son extrême attention aux détails des préparatifs, car il ne sait que trop les dangers de son inattention, mais il est fondamentalement aimable et sensible au sourire des demoiselles et à la légèreté des papillons.

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