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Accents poétiques

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Hector de Boscal de Réals et Hector de banlieue

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Hector de Boscal de Réals traîne un peu ses mocassins chics et termine sa cigarette jusqu'au mégot, puis entre dans le grand bâtiment fraîchement ravalé et prend un ticket.

Il s’assoit et regarde autour de lui : il semble qu'il y ait eu un vol via le Congo qui a débarqué ses passagers ici.

Deux femmes blanches, mal coiffées et vêtues comme des starlettes de cinéma mâchent nonchalamment un chewing-gum, faisant de temps à autre de grosses bulles roses.

Un jeune perdu, accoudé à un guichet vide, des écouteurs sur les oreilles, essaie de faire partir une tache sur son jeans troué, sans succès, sa salive ne contient pas de détergeant, apparemment., pourtant il semble très concentré.

Deux énormes plantes vertes crachent leur chlorophylle dans le hall qui regorge de dépliants concernant tout le travail qu'il y a et des pistes pour le dénicher.

Avant, Pôle Emploi s'appelait l'ANPE, il s'en souvient, c'était lui qui proposait des emplois …

Il y a longtemps de cela, avant que la roue tourne ; en état de dépression avancée il avait dû faire appel au Centre Social pour des années de galère, ce qui avait réduit son QI et développé sa misère.

 

Hector de Boscal de Réals consulta son ticket : numéro trois cent treize.

 

Le numéro trois cent douze venait d'entrer dans le bureau qu'un joli spécimen de la nature humaine venait d'ouvrir ; après ce serait son tour.

L'entretien perdurait, il faillit s'endormir.

 

Soudain, il entendit un grand fracas, des coups de feu, un cri …

 

La porte s'ouvrit à la volée et le numéro trois cent douze sortit en courant, maculé de sang.

 

Tout le monde hurlait dans les bureaux et la sirène des pompiers ne tarda pas, ainsi que les lumières bleues des voitures de police.

Autrement dit, grand branle-bas de combat.

Il se dit que son entretien n'aurait pas lieu ce jour ; cela ne changeait rien, personne ne faisait attention à lui, il se leva et jeta son ticket.

 

Hector de Boscal de Réals était fasciné par tout ce sang sur la moquette , bien que le film fut en noir et blanc, il en sentit l'odeur caractéristique.

Voilà un crime parfait, se dit-il, satisfait.

 

Il sortit et glissa une liasse de billets dans la main du numéro trois cent douze qui avait beaucoup de taches sur son jeans troué ; biberonné au sirop de la rue il lui fit une grimace qui ressemblait à une risette de bébé.

Il se mit à siffloter.

C'était joli, il faisait froid et son haleine faisait de jolies volutes bleutées dans l'air.

Il enfonça soudain un bonnet de laine sur sa tête et disparut dans la nuit.

 

Hector allume une cigarette et respire à pleins poumons l'air vicié de son quartier engrossé de treize bâtiments, les seuls où l'on peut encore fumer dedans parce que ça fait longtemps que la police ne vient plus contrôler.

 

Ses potes lui font la fête et il déballe sur la vieille table en formica de sa grand-mère, à laquelle il tient tant, deux plantes vertes, des boubous de toutes tailles, des sacs emplis de chewing-gum, des papiers inutiles.

Les seuls qui le sont sont les billets de mille. !

 

Je ne sais pas trop si mon histoire est claire, et ça m'ennuie.

Je dois prolonger, sinon vous n'aurez rien compris.

 

C'était juste deux mecs, l'un plutôt homme du monde, avec cravate et serviette de cuir et l'autre tout en salamalecs et sac à dos avec le nécessaire pour s'en sortir.

 

L'un s'appelait Hector de Boscal de Réals et l'autre Hector tout court .

L'un, élevé aux aurores boréales, avait jeté son curriculum vitae dans la corbeille du hall.

Il ne cherchait pas vraiment du travail, mais avait bien envie de tuer ; cependant il ne voulait pas que son nom soit sali.

L'autre, habitué aux aurores spectrales, s'était bien débrouillé.

Il n'a pas de nom, pas de palais, ne sait plus trop où il est né et seul Hector de Boscal de Réals sait qu'il s'appelle Momo.

 

Hector de Boscal de Réals se réveille en sursaut.

 

Numéro trois cent treize !

 

Il entra dans le bureau.

Une femme, obèse,

caractéristique odeur de peau

le mit mal à l'aise

il appela son troupeau

 

en plus, elle s'appelle Thérèse ?

 

 

L'assassin assassine après s'être fait assassiner

tandis que l'autre tague, dessine,

essaie d'interpeller,

qu'il s'appelle Hector, ou Yacine

qu'il soit poète ou bien né,

 

qu'il ne sache pas écrire

ou qu'il ait ce don inné,

tous les Hector ont leur empire

et des poèmes cachés.

 

Suivant, s'il vous plaît.

Numéro trois cent quatorze !

 

Hector se réveille, il a encore rêvé

il a dans sa gorge

un goût amer sucré,

et la brûlure de la forge

 

 

(joailes ----) 7 décembre 2023

 

Posté(e)

Une histoire mi rêve mi réalité dans laquelle on finit par suivre et peut-être comprendre la mal être qui réunit ces deux Hector!

Parfois il suffit de peu de chose pour que le destin bascule d'un côté ou de l'autre du fil de la raison alors on la perd et on se perd, ou on la retrouve et on la garde en secret.

Merci @Joailes pour ce récit qui tisse une natte entre réalité, fiction et ce fil d'or qu'est votre imaginaire.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un Hector de plus et la guerre de Troie n'aurait peut-être pas eu lieu. Il est vrai que Pôle Emploi est un haut lieu de l'onirisme... Tant de rêves avortés! 😉

Posté(e)

Merci pour ces petits contes à la fois espiègles et poétiques. Enfantins mais pour les adultes.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des destins croisés, la réalité qui bascule dans le rêve fantasmagorique dans la salle d’attente de Pôle Emploi (ex ANPE, futur France Travail…), tout est en place dans ce texte pour approcher du vécu de personnages dont l’existence part à la dérive.

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