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Les Nuits d'Yvernie (18)

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Posté(e)

Il s’épuisait ainsi et se serait évanoui de fatigue et de douleur sans doute, quand la cloche de l’église, le surprenant dans sa misère, se mit à sonner à tout rompre. Son tintement couvrit sa plainte qui s’affaiblissait. Une autre cloche, plus grave, répondit à la première et Vortimer avait la tête toute remplie de ce concert de notes qui cascadaient en se heurtant à tous les murs de l’église, qui paraissait vibrer intégralement.

Mû par une sorte d’instinct, il se leva de sa place. Il marcha à petits pas, comme un aveugle, vers les sonneurs. D’une voix brisée, il leur demanda :

« Pourquoi sonnez-vous les cloches ?

— La reine a mis au monde un fils. »

Un espoir soudain illumina son regard et, comme il quittait l’église, il vit entrer quelques-uns de ses hommes, furieux, qui ne le reconnurent pas et s’en prirent aux deux prêtres, en leur intimant l’ordre d’arrêter de sonner les cloches. Le roi voulait dormir à ce qu’ils disaient. Vortimer fit encore un effort et courut faiblement jusqu’au donjon. Il arriva péniblement aux appartements de la reine.

Cathbad en sortit dans ce moment et lui remit entre les bras un paquet de linges. Vortimer n’avait plus figure humaine. Il était échevelé, en sueur, la face cramoisie. Il n’avait pas même essuyé ses larmes. Le prêtre lui dit quelques mots d’un ton dur. Vortimer le regarda stupidement.

À l’intérieur, il entendait une voix qu’il connaissait bien qui s’épuisait à répéter faiblement les mêmes prières à de longs intervalles. « Non… Pitié… Je vous en prie… » Assa éclata en sanglots près du lit. Vortimer essaya de se concentrer. Cathbad le regardait de ses yeux durs. La cicatrice sur son front ressortait dans la clarté diffuse de l’aurore.

« Je te dis de t’en débarrasser », lui dit-il d’un ton sec.

Et comme Vortimer restait là sans comprendre, Cathbad le chassa d’un geste violent.

Le chevalier descendit lentement dans le donjon. Il continuait de marcher sans penser à rien. Yvine était vivante, il allait s’endormir. Mais les paroles du prêtre se recomposaient dans sa mémoire. Il lui avait dit… Quoi déjà ? De se débarrasser de… Cela ne pouvait signifier qu’une chose… Qui Cathbad voulait-il voir mourir ?

Lorsqu’il atteignit la grand-salle, il sentit quelque chose qui s’agitait doucement contre lui et qui lui donnait chaud. C’était l’enfant d’Yvine. Il le serra contre lui plus étroitement, machinalement, sans faire le rapprochement encore. Sans doute est-ce une partie de lui qui, comprenant l’ordre du prêtre, l’amena à sortir une seconde fois du donjon, mais il n’avait plus conscience de ce qu’il faisait.

L’enfant lui tenait chaud. Vortimer ouvrit un pan du paquet qu’on lui avait confié pour voir ce qu’il contenait. Le soleil était levé. Un rayon se glissa entre deux nuages. Il éclaira le visage de l’enfant qui ouvrit les yeux. Deux émeraudes s’épanouirent au soleil. Les paroles du prêtre s’éclaircirent.

« Pourquoi ? » se demanda-t-il. D’habitude, il remplissait les tâches qu’on lui confiait fidèlement et sans réfléchir. Il n’était d’ailleurs plus tout à fait en état de réfléchir. Cet ordre ne lui en paraissait pas moins inutile et injuste. Il se rappelait surtout les faibles prières d’Yvine.

Il avait tué bien des hommes, mais des enfants… Peut-être… Il ne se rappelait plus. Celui-ci, cependant, n’était pas même en état de se tenir sur ses pieds. Un rien l’aurait tué. Cette fragilité l’émut, un peu comme l’émouvait l’inaccessibilité de la reine, sa mère. Lui aussi était pur.

Il finit par admettre qu’il n’aurait pas le cœur de tuer cet enfant, surtout cet enfant-là, surtout son enfant à elle, surtout avec ces yeux-là. On ne lui avait dit que de s’en débarrasser. Comme il n’était pas capable de marcher bien loin, il fit seller un cheval aux écuries.

« Lequel ? lui demanda-t-on.

— Il n’importe. »

Il quitta la ville, se rendit dans les bois où il avait pris l’habitude de se perdre en songeant à la reine. Il avisa une clairière. Il s’y rendit au petit pas. Il descendit de cheval et déposa l’enfant sur une souche. L’enfant le regarda calmement, sans bouger. Il le fixait avec curiosité.

Vortimer fit demi-tour, monta à cheval et s’éloigna. Il commença doucement à pleuvoir qu’il n’avait pas fait vingt pas. Il s’arrêta une première fois, se retourna. Quelqu’un pouvait très bien passer par là et recueillir l’enfant… Il s’éloigna. Vortimer ne se souvenait pas d’avoir croisé âme qui vive dans ses précédentes sorties. À cent pas, l’averse commença. Il lui sembla entendre une voix faible et plaintive : « Non… Pitié… Je vous en prie… »

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le suspens est admirablement entretenu! Vortimer oscille encore entre âpreté et tendresse. Passionnant.

Posté(e)

J'attends la suite avec impatience.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Voyons ce qui est positif: Yvine a survécu, Vortimer a épargné l’enfant dont les destin reste ouvert, tous les espoirs d’une fin heureuse sont encore permis.

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