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Etre pigiste, c'est pas si simple

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Dans l'immeuble, on l'a appelé Frelon.

Je crois qu'il est asiatique, ou alors il a une jaunisse qui perdure et ses habits sont toujours noirs, comme ceux des pompes funèbres, sauf qu'il a une chemise jaune, ça vous étonne ? Moi aussi.

C'est un drôle de type qui semble catapulté là sans que l'on sache pourquoi.

Il me regarde bizarrement quand on se croise et j'ai les poils des avant-bras qui se hérissent, sans que je n'y puisse rien.

Un jour, je ne me souviens plus lequel, c'était au début du mois dernier car je venais de recevoir mes mots croisés ; il faisait très beau et je partis avec mes grilles, au Parc des Chenilles.

Le vieux Léon faisait brûler des brindilles dans son jardin et je reçus une escarbille dans l’œil, tandis que le petit Léon jouait aux billes sur le seuil de la maison.

 

Je sortis mon mouchoir, contrariée que ma promenade commence si mal.

 

Et c'est alors que j'entendis une voix fluette :

-vous pleurez ?

 

Je me retournai d'un coup sec et que vis-je ?

Le Frelon !

Je ne sus que répondre, saisie de vertige.

 

Il glissa son bras sous le mien et guida mes pas jusqu'à une petite porte, je ne l'avais jamais remarquée jusqu'alors, derrière une haie envahie de cloportes.

Il l'ouvrit.

C'était un nid de frelons, à n'en pas douter.

Curieusement, je n'eus pas peur, sans doute anesthésiée par l'odeur sucrée ; le spectacle était fascinant.

Rapidement engluée dans le miel, volé sans doute, je regardai avec effroi mes mots qui ne seraient jamais croisés que j'avais laissés tomber au sol.

 

Frelon me secoua en douceur et je m'éveillai en sueur, le nez sur mon cahier à petits carreaux.

 

D'une voix fluette, je dis :

- tu ris ?

 

C'était la première fois que je voyais rire Frelon.

Depuis plus de trente ans qu'il est mon majordome, je l'ai entendu miauler, ronronner, bourdonner … mais pas rire.

Je compris en passant devant le miroir du couloir : les petits carreaux rouges et bleus s'étaient imprégnés sur mon visage et je ressemblai à un cahier.

 

-veux-tu me préparer un thé ? Je file sous la douche …

 

Nue, sous la bienfaitrice tiédeur de l'eau, je repris mes esprits.

 

Bien sûr, après, enfilant mon kimono et mes babouches, retournant à mon bureau, les pages étaient blanches, dénuées de petits carreaux.

 

Ah oui, je me souviens … c'était un dimanche et j'avais du pain sur la planche ; mon éditeur bourdonnait d'impatience.

Dernier délai pour rendre mon manuscrit.

Comme toujours, je sentais battre le chronomètre en moi et,dans le cliquetis de la pendule impitoyable, je bus trois tasses en porcelaine de Limoges emplies de café bien fort, quand soudain une énorme guêpe réduisit à néant tous mes efforts.

 

J'en avais marre de cette journée d'une substance qui commence par un m mais ce n'est pas du miel.

 

Bien évidemment, c'était le jour de congé de Frelon, alors .. ?

 

- Tu pleures, éditeur ?

 

Il n'y a personne, je n'ai pas de kimono de soie ni de babouches, et encore moins un majordome.

 

J'appelle la déesse des mille et une nuits, je refoule Morphée et invoque Orphée.

 

Et je pense à lui, bien au chaud devant sa boîte de messagerie, qui attend mon histoire pour imprimer le journal du soir.

Il me reste une heure … mais je ne m'affole pas, je bois mon thé en croisant les doigts.

 

Une demi-heure avant la fin de mon supplice, la muse est apparue enfin, les mains chargées de pain d'épices ; il pleuvait dru comme vache qui pisse et l'ordinateur annonçait un problème de réseau.

J'avais l'histoire, mais plus moyen de le faire savoir …

 

A cinq minutes de la fin de cette histoire, juste avant le tocsin, la connexion est revenue et les journaux sont parus, en temps, en heure.

J'étais bien trop fatiguée pour faire des mots croisés et me suis endormie pour de vrai, pour le reste de la nuit. 

(joailes ----) 22 novembre 2023

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J’aime les assonances écrites dans l’urgence et le n’importe-quoi qui finit par accoucher d’une petite histoire farfelue.

Je retiens que finalement ce frelon n’était pas si méchant, qu’il n’a pas fait usage de son dard avant de vous laisser en plan et qu’il ne pleuve à vache qui pisse. Était-ce à la Saint Médard?

 

 

Posté(e)

Mais oui, c’était plutôt Maya l’abeille ton frelon !

 

Et dis donc, il y en a du monde dans ton immeuble…m’étonne pas que tu aies toujours des choses à raconter !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Les apidés ne font pas toujours les happy days! Ce sont les mots qui fredonnent tes textes, je suis sûr que tu en écoutes l'essaim pour t'en inspirer. Et tu as raison.

Posté(e)

J'aime votre imagination débordante chère Joailes  et je vous envie!

Dans les frelons asiatiques, je ne vois que des frelons asiatiques et comme j'essaie de les détruire le plus possible, je ne pense pas qu'ils m'invitent un jour à leur table!

Merci pour ce récit qui, malgré le manque de connexion,(ici c'est très régulièrement)  est bien arrivé derrière mon écran!

Vive la féérie des mondes imaginaires.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit drôle et empli d'une fantaisie créative tout à fait fascinante !

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