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Les Nuits d'Yvernie (9)

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Posté(e)

La cérémonie se signala par son extrême solennité. La mariée fut superbe. Vortimer, qui n’avait pu se défaire de cette obligation, dut la conduire à l’autel. Il était très tendu avant d’entrer dans l’église. Lorsqu’elle posa sa main sur son bras, cette main, qu’il se souvenait être la seule chose qu’il avait vue d’elle, lorsqu’elle était montée sur la galère d’apparat, était fraîche comme la rosée matinale. Elle avait froid sans doute.

Il alla droit devant lui, raide comme un condamné à mort, en grimaçant nerveusement. Dans le silence de l’église, il n’entendait pas même son soulier sur le marbre froid, ni le froissement de sa robe. Elle paraissait glisser sur les dalles.

Il la quitta rapidement, trop heureux de rejoindre le premier rang dans la nef.

Le roi Margreg portait beau lui aussi, bien que plus sobrement vêtu, mais il avait l’air particulièrement soucieux, voire méfiant. Yvine ne laissa pas paraître qu’elle y eût pris garde.

Tout se passa convenablement et les nouveaux époux échangèrent leurs consentements, dans la lumière dorée que versaient sur eux les vitraux, éclairés par le crépuscule commençant.

La voix du marié était peu sûre, celle de la princesse toujours précise, déliée, délicate et chantante. Malgré sa contenance, son apparente assurance, Vortimer qui, du côté des hommes, la vit presque en face lorsque les époux se tournaient l’un vers l’autre, crut distinguer une nuance de tristesse dans ses grands yeux d’émeraude. Remarquant l’attention dont elle était l’objet, elle regarda tout à coup Vortimer. Cela ne dura qu’un instant et il baissa les yeux, mais il lui sembla que la tristesse qu’il avait pensé déceler était plutôt une profonde inquiétude, soigneusement dissimulée.

 

On se retira dans une liesse que modérait le respect qu’imposait la personne du roi. La Prasine accueillit en sa salle de réception des bardes, des jongleurs, des montreurs d’ours et autres baladins qui incommodèrent plus qu’ils n’amusèrent les convives. Le roi même s’emporta contre Léagaïba, qui multipliait les espiègleries, chose que Vortimer ne se souvenait pas d’avoir jamais vue.

On mangea force morceaux et l’on but force coupes pour se détendre les nerfs. Enfin le bal commença. Certains étaient ivres déjà et il fallut les évacuer après qu’ils se furent bruyamment ridiculisés. Vortimer obéissait à son habitude de ne pas boire en présence du roi.

Il restait debout, sans rien attendre que l’occasion de se retirer. Lorsque Assa lui proposa de danser avec lui, il la regarda avec horreur. Assailli par le souvenir de la nuit qu’ils avaient passée ensemble et à laquelle il n’avait plus pensé, il tourna les talons et il eut besoin d’une coupe.

 

Margreg l’arrêta alors qu’il s’éloignait pour en chercher une et lui dit à voix basse, d’une voix entrecoupée et précipitée, des mots qu’il ne comprit pas d’abord. Il l’entraîna à part en écartant les invités qui voulaient le féliciter. « Il faut que ce soit toi », répétait-il. Vortimer ouvrait de grands yeux terrifiés à mesure qu’il comprenait. Voyant sa réaction, le roi insistait :

« Ça ne servirait à rien avec moi. C’est la seule solution. Après, elle sera ma femme. Tu es le seul en qui j’aie suffisamment confiance.

— La solution ? »

Vortimer blêmissait extraordinairement. Il perdait pied.

« Oui, tu sais, je ne peux pas avoir d’enfant. »

Vortimer l’ignorait.

« Tu me demandes ? hasarda-t-il.

— Oui ! Remplace-moi ! »

La gêne du roi se fondait en constatant l’angoisse de son capitaine. Il en vint à l’encourager.

« Je te connais bien. Ça ne sera rien pour toi, va. Tu as l’habitude. Elles t’adorent toutes. »

C’était vrai. En regardant au lieu où l’on dansait, il reconnut plusieurs jeunes femmes qu’il avait courtisées. Un vertige le prit, il se raccrocha au bord d’une table pour ne pas tomber. Voyant Vortimer reculer sans cesse, le roi se désespérait.

« Après tout, si tu ne veux pas, il faudra bien que ce soit quelque autre… »

Comme il ne trouvait pas, il lui nomma les principaux parmi ses chevaliers, dans l’idée que l’un d’entre eux conviendrait. Les yeux de Vortimer s’agrandissaient sous le coup de l’affolement. Enfin, mû par un entraînement irrésistible, il souffla « J’irai ».

« Tu veux bien ? s’enthousiasma le roi. Voilà qui est réglé. Je te revaudrai ça. »

Et comme son maître lui servait à boire et lui proposait de trinquer à sa descendance, le guerrier désolé poussait de profonds soupirs.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je le savais, je le savais, mais un sentiment va-t-il s’éclore? Le suspens est à son comble.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Diable, l'intrigue se complexifie! J'allais dire: et l'intérêt est relancé, mais nul besoin: il est soutenu constamment par une impeccable plume.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit qu'on suit avec intérêt : que de suspense !

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