Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Allô, Ween ...

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Un ami celte, nommé Ween débarque chaque année chez moi, le trente et un novembre,  pour une horrible soirée.

Comme il est très courtois, il m'envoie un long message une semaine avant, avec la liste des ses invités et puis il me téléphone pour savoir si je suis bien chez moi.

Parce qu'avec toi, on ne sait jamais, dit-il, l'air inquiet.

- Allô, Ween ? Oui, tu peux venir, j'ai tout préparé.

Et je raccroche en vitesse car je n'ai rien préparé du tout, en vrai et il n'est que dix sept heures, j'ai le temps, à peine la nuit descend.

Je rêve un peu derrière la vitre embuée, le temps du spleen est là, tapi dans le jardin où le vent emporte les feuilles mortes et donne des coups de pelle à celui qui ne les ramasse pas devant sa porte.

Je vois au loin des spectres qui se cachent derrière les arbres et attendent leur heure.

Un voisin demande sa main à une voisine squelettique qui a bien cinquante balais et d'adorables petits monstres sortent de leur placard des habits de vampire et se préparent à aller sonner aux portes, en répétant des paroles qu'ils ne comprennent pas ; « trick or treat » tandis que des mères consciencieuses astiquent les lanternes.

Zut ! J'ai oublié les bonbons, avec tout ça.

Tant pis je leur donnerai des petits pois que je peindrai en orange, emballés dans des papiers noirs.

C'est le dentiste, Evariste, un autre ami de longue dette avec qui je joue souvent au bridge, qui m'a donné le tuyau un jour que j'arrosais mon jardin.

Les bonbons, c'est tellement bon mais ça vous file des caries disait-il et puis il m'apportait des fleurs périssables qui sentaient la mort.

Mais ceci est une autre histoire que je ne raconterai jamais.

Quoique !

Il ne faut jamais dire jamais, répète souvent mon professeur de piano calabrais qui rechute à chaque fois de ses cures de désintoxication ; pourtant près de la fontaine je ne l'ai jamais vu malgré sa forte consommation d'apéritifs sensés se diluer.

J'aperçois les premiers feux follets tout près du cimetière et dans la vieille église à moitié en ruines des bruits suspects, si l'on tend bien l'oreille, commencent à se multiplier.

Ce ne sont pas les morts qui me fichent la trouille, mais plutôt les vivants, je sais les nuits de fêtes pleines de débordements.

J'enlève les pépins de ma citrouille et la creuse avec affection ; si j'y mets un peu d'affectation c'est que j'ai peine à lui vider le ventre, au fond.

Les citrouilles c'est un peu comme les oies dont on mange le foie à Noël, on les nourrit, on les gave et puis on dit ce n'est pas grave, entourées d'agaves elles brossent leurs dents.

Il est vrai que dans le jardin, elles sont du plus bel effet et nul n'oserait me contredire à ce sujet, l'orange se diffuse comme une flamme, un coucher de soleil et les ombres des corneilles les parent de toiles d'araignées comme par enchantement.

J'arrête ma contemplation, l'heure tourne de plus belle depuis qu'elle a reculé et Ween ne va plus tarder.

Mais le téléphone a retenti dans mon périscope en cure de silence et j'ai dû décrocher, contrainte et forcée de quitter ma planète qui exècre les fêtes.

- Allô, Ween ? Quoi ? Tu as crevé ? Bon, j'arrive !

J'ai dû atteler mon carrosse, faire un signe de pardon aux gosses et me diriger vers le lieu indiqué, à l'opposé du village, là où les ténèbres ne laissent pas entrer la moindre lumière.

J'ai dû éteindre mes phares.

Les chevaux hennissaient de peur et à tâtons je me suis dirigée jusqu'à ce que la pleine lune me montre son forfait.

Ween était debout, pétrifié, le corps transpercé d'une énorme lame et il était crevé, en effet.

 

- Ouf ! Je rêvais me dis-je, réveillée par l'alarme, cette petite prodige qui te vrille le tympan dès que tu la remonte un peu.

Tout tintinnabule en même temps, le clocher, l'alarme, le téléphone, le débit de mon bain à bulles, le four, la clochette de Samain, le chat noir ; le départ imminent de la machine à laver et de l'arrosoir automatique, le grelot de mon mouton blanc, et l'horrible sonnerie de l'alerte du monde, de l'autre côté du trou noir, il se passe des choses immondes, me dit Ween en retirant l'épée de son estomac tout de rouge tâché.

Je ne savais plus à quel saint me vouer, je l'avoue et j'avais envie d'écouter la javanaise et d'oublier les douze coups qui battent la pauvre cloche, de faire entrer Gavroche et la petite fille aux allumettes ; c'est trop joli ces rêves sans squelettes et je respire avec délectation les effluves des côtelettes que fait griller Léon, de l'autre côté du ponton, mon vieux gardien de moutons.

Ween a coupé son téléphone. 

Il est toujours en retard ou je suis toujours en avance mais quand il arrive, tellement élégant, irrésistible, dans son costume de Vlad l'empaleur, que j'ai le sang qui me monte aux joues, je suis prise de langueurs et j'oublie tout.

Sauf qu'il est l'heure, cette fois, d'ouvrir le portail et tout le monde de l'au-delà arrive avec des vins d'ici et d'ailleurs ; du sang nouveau comme du Beaujolais, brouilly avec je ne sais plus trop qui.

J'esquive la plupart des invités, je ne veux pas froisser ma longue jupe jaune équipée d'un senseur, que j'ai repassée pour l'occasion ; elle appartenait à ma sœur, censeur dans un lycée de jeunes tueurs avec des tuteurs débordés devant tant de violence.

Ah les bonbons, pas les bombes ! Pas les bébés, pas ces jeunes enfants venus, confiants , personne , un peu d'humanité !

J'éteins en toute hâte la télé.

 

- Tu as bien fait de rêver, me dit Ween en m'embrassant dans le cou.

- Merci beaucoup, lui dis-je

et il me répondit

- non, c'est moi, mon amour, merci, beau cou !

(joailes ----) 31 octobre 2023

 

Modifié par Joailes

Posté(e)

Haaaa mais je ne l’avais point vu ton allô d’ici !!!

😄

mais il faut que je retourne chercher mes lunettes parce que là…..🧐 

je n’y vois goutte..et je reviens !

Posté(e)

Bon me revoilou.

 

dis donc joailes, tu n’aurais pas abusé du Brouily par hasard ?
parce que le 31 novembre….c’est où sur le calendrier ? 🤣

Posté(e)
  • Auteur

si, si j'ai abusé du Brouilly et ce n'était pas par hasard. 

Dans l'eau de là, le calendrier est très différent du vin d'ici. 😏

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Le 31/10/2023 à 22:05, Joailes a écrit :

Un ami celte, nommé Ween débarque chaque année chez moi, le trente et un novembre,  pour une horrible soirée.

Il a le beau Ween dos large!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Samain a une décidément longue postérité créative, dis donc! Quelle délicieuse imagination! Chapeau (de sorcière)!

Encore quelques temps et nous pourrons chanter en chœur: Ween le vent, Ween le vent, Ween le vent d'hiver... Mais: c'est une autre histoire que tu nous conteras bientôt.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit empli d'inventivité, c'est réussi !

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.