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Mon immeuble adoré

Featured Replies

Posté(e)

 

Un homme quelconque qui s'appelle pourtant Ludovic et habite au troisième sort de chez lui en criant : « Je vois l'île d'Houat », ça me met en joie d'autant qu'il a une chaussette rouge et une verte, c'est le genre de truc qui m'amuse beaucoup.

Souvent, il a un lépidoptère sur l'épaule que je soupçonne être issu d'un élevage et j'imagine son appartement plein de fleurs.

Les voisins sont des gens qui sourient dans l'ascenseur mais qui renferment bien des secrets dans leur petit intérieur.

Ils ne sont pas très loquaces et c'est très bien ainsi, je leur donne des surnoms et ça développe bien mon imagination, déjà assez salace.

J'imagine des plafonds de glace, des hivers joyeux ; pour rien au monde je ne laisserais ma place.

Ils ignorent totalement que je les ai repérés et que grâce à eux, surtout les soirs d'hiver, je passe de bons moments.

Ainsi, la dame du troisième qui a deux bras gauches, bien qu'elle soit droitière, ainsi qu'un bras droit qui l'accompagne dans ses courses, a une passion pour le basilic qu'elle arrose généreusement tous les jours alors que son chat est en mal d'amour et miaule mélancolique. 

Son époux semble plutôt porté sur le vin dont il a le teint, et il connaît -je le sais- tout le répertoire de Brassens, mais il ne sort pas beaucoup sauf le lundi matin quand le dimanche est trop arrosé et qu'une ambulance vient le chercher.

C'est un couple qui, je pense, aime le liquide, même s'il n'en a pas beaucoup pour leurs dépenses.

Il y a un appartement inhabité au second, enfin, quand je dis inhabité j'exagère car il s'en échappe parfois des bruits surprenants, mais pas tout le temps.

C'est un deux pièces avec un gros trousseau de clés partagé par des fêtards qui ne lésinent pas sur les pétards.

Sur l'autre côté du palier, vit une belle blonde toute frisée que je croise parfois au marché, elle achète une salade et je lui trouve fière allure.

Elle travaille dans une usine de confitures, pourtant elle n'est pas collante du tout, bonjour, bonsoir quand on se croise en nous dévisageant mutuellement, elle dérape sur ses hauts talons quand Lucienne oublie de mettre le panneau « attention sol glissant » ; on dirait la patinoire du palais omnisport de Marseille, c'est vraiment très rigolo de voir des gens sérieux faire du patin à glace dans le couloir d'un vieil immeuble à Pantin.

Au rez-de-chaussée, un lourd rideau rouge en velours génois cache la loge de la concierge et de son pékinois ; souvent s'en échappent des effluves étranges, entre la soupe de légumes et le ragoût à l'ancienne ; chacun sait qu'elle s'appelle Lucienne et qu'elle arrondit ses fins de mois au cercle de la rue Rekop.

Nul ne lui en tient rigueur, tout le monde s'en fout.

Dès vingt heures, tout le monde au garde à vous devant sa télé, ce n'est pas comme l'été où l'on entend des sioux qui font des apéros chargés en automne, on entend les infos en écho et sur le toit tonnent les orages.

Tout va mal, beaucoup ont envie de se faire la malle mais après avoir essayé, reviennent avec des dons d'ubiquité.

Je me sens bien dans ce vieil immeuble où l'électrique fait souvent péter les plombs ; il faut savoir que j'habite au quatrième, je suis au-dessus de tout.

Le propriétaire, un vieil hibou, sait se satisfaire de pas beaucoup.

Je ne paye plus de loyer depuis que tous les jeudis soirs, devant un thé fumant et quelques cookies, je lui fais un compte-rendu loin d'être alarmant.

Je le reconnais, c'est mon amant ; je sais qu'il m'a trompée avec Lucienne mais qu'à cela ne tienne, il suffirait d'un rien pour avoir la haine, je préfère la laine au froid de la soie et le chat aussi qui ronronne sur le sofa.

Il se prend pour un lion et je ne le contredirai pas.

Alors, je mets de l'eau dans mon vin et dans le sien, et ces soirs là, dans le silence, je regarde les papillons voler au-dessus des nids de coucous, en toute innocence …

Il sourit, je sais qu'il me croit dupe mais finalement quand j'enlève ma jupe, il a sur l'oreiller des confidences brutes ; l'immeuble est sans dispute et c'est ce qui lui convient.

Il éteint les parlophones jusqu'à demain matin, personne ne viendra nous déranger dans mon immeuble adoré. 

 

(joailes ----) 27 octobre 2023

 

 

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Comment ne pas payer son loyer: devenir la maîtresse du propriétaire, mais ça risque de faire jaser lors de la fête des voisins.

Posté(e)
Il y a 17 heures, Joailes a écrit :

Je le reconnais, c'est mon amant ; je sais qu'il m'a trompée avec Lucienne mais qu'à cela ne tienne, il suffirait d'un rien pour avoir la haine, je préfère la laine au froid de la soie et le chat aussi qui ronronne sur le sofa.


Mouais….et un loyer gratos , ça ne se refuse pas non plus 🥳

Lucienne est logée à l’œil aussi ?

Posté(e)
  • Auteur

Oui, justement elle est borgne. 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Excellent! Voilà qui vous met en joie: habiter là est quasi une sinécure. Il semble que tu domines parfaitement ton petit monde y compris l'indiscret proprio. Et ta plume est telle qu'elle nous habite dès la première ligne.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une vie heureuse somme toute au quatrième, bien entourée en tout cas !

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