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Les Nuits d'Yvernie (6)

Featured Replies

Posté(e)

Surtout, le lieu le plus apparent était une cheminée au fond de la salle, dont le foyer eût pu contenir une petite maison et où les flammes atteignaient une hauteur démesurée. Son conduit se perdait au plafond et remontait au cinquième niveau dans les salles du pouvoir, puis au sixième où se trouvaient les appartements royaux.

En tout, ce donjon contenait à lui seul une petite armée de cinq cents hommes d’armes. Vortimer les connaissait tous et les attirait par la curiosité que suscitait son retour. Tous ne le considéraient pas avec la même amitié que le peuple au dehors. Premier homme lige de son souverain, Vortimer excitait la jalousie de nombreux rivaux.

 

Comme il s’avançait vers le trône, l’attroupement se formait. Sur la chaise royale, pas de roi, mais son fou. Pas un fou, une folle. Le visage maquillé de blanc, des couettes rousses, une femme maigre et voûtée d’une quarantaine d’années se tenait de travers et esquissait un sourire désolé à l’intention du premier capitaine du royaume.

« Léagaïba, fais venir ton maître.

— Mon bon petit Vorti, qu’as-tu fait de mon bon petit bonjour ? Est-il tombé du nid ? »

Vortimer se raidit. Sans trop savoir pourquoi, la folle l’avait toujours mis très mal à l’aise.

« Bonjour Léagaïba, fais venir ton maître.

— Le chien de son altesse a-t-il une bonne raison pour le déranger ?

— Je lui rapporte le tribut dû à sa victoire et un cadeau du roi Niocol.

— Je crois deviner ce que peut cacher ce tas de tissus derrière toi. Cependant, je me garderais bien d’importuner le roi lors de sa saillie quotidienne.

— Tu cherches à désoler la princesse qui me suit. Je ne te crois pas.

— N’est-il pas vrai, cria-t-elle à la cantonade, n’est-il pas vrai, vous tous, que sa majesté se délasse dans les bras de sa chérie du jour ?

— Tu es méchante, cynique et laide, assena-t-il tranquillement.

— Je vais le chercher, mon ange, mais je t’aurai prévenu.

— Merci bien.

— Inutile, le voici, dit une voix caverneuse. »

C’était celle de Cathbad le Balafré, le confesseur de Margreg, dont la silhouette massive disparaissait dans sa robe de bure et dont le visage austère n’apparaissait que par endroit, sous ses mèches de cheveux longs d’un noir de corbeau. Sa barbe était longue, ses bras croisés dans ses amples manches, sur sa large poitrine.

On ne lui voyait lors qu’un œil bleu métallique, sous les stigmates de son crâne chauve couleur de cendre. C’était l’éminence grise, l’équivalent d’Imrinn. Il inspirait la terreur bien au-delà des limites du royaume et formait avec Vortimer une sorte de monstrueux tandem qui orchestrait tous les succès du royaume. Néanmoins, Vortimer ne se sentait pas plus à l’aise avec lui qu’avec Léagaïba.

 

Celle-ci ne bougea pas d’un cil, tandis que s’approchait son seigneur, le roi tout puissant de Karnoua ; un grand homme quadragénaire et solide, le visage ouvert, le regard droit, la barbe et les cheveux taillés, beau et solennel dans son manteau d’apparat couvert de croissants d’or entrelacés et parsemé d’étoiles.

« Pousse-toi, Léagaïba, dit-il doucement.

— Pas question, répondit-elle sans le regarder.

— Allons, je n’ai pas le temps de jouer, lui dit-il gentiment.

— Moi non plus. Je ne joue jamais. Ceux qui croient que je joue sont plus fous que moi.

— Que faut-il que je fasse ?

— Tu n’as pas dit s’il-te-plaît.

— S’il-te-plaît.

— S’il-te-plaît qui ?

— Je suis damné si je comprends rien à tes farces. Lève-toi et marche, s’il-te-plaît, Léagaïba, folle du roi.

— Tu sais que je ne peux rien te refuser, je suis folle de toi… »

Mais elle ne bougeait pas.

« Alors ? s’enquit-il.

— Ah, tout de suite ? s’étonna-t-elle.

— Mais oui ! tout de suite. Tu m’ennuies à la fin.

— Si t’ennuient tant mes facéties, ce n’est jamais tant nuit qu’à la fin de l’ennui.

— Oui, oui, c’est de l’hébreu… Bouge ! »

Elle se retira de très mauvaise grâce. Le roi s’asseyait à moitié sur elle lorsqu’elle consentit à lui laisser une petite place.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Où l’on fait connaissance de personnages hauts en couleurs que l’on imagine dessinés par Moebius.

Posté(e)

Bonsoir, 

Arrivée depuis peu ici, je n'ai pas encore eu  ( pris ) le temps de lire votre histoire depuis le début.

Je vais y remédier rapidement car ce que j'ai lu aujourd'hui est envoûtant. 

Vous écrivez si bien que vous m'avez embarquée dans votre récit et j'ai adoré ça. 

 

 

 

 

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une superbe prose et des personnages toujours très vivants !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des personnages impressionnants et truculents.

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