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Ogier (4)

Featured Replies

Posté(e)

Seulement, Martin l'entendit et s'empourpra de colère. Il s'arrêta dans son mouvement et se tourna vers le charretier pour lui dire son fait. Mais, comme il ne faisait pas attention à la frêle demoiselle, celle-ci lui tira doucement l'épée du fourreau et entailla maladroitement le bras qui la tenait par les cheveux.

De surprise et de douleur, Martin lâcha sa proie, mais loin de reculer prudemment comme il eût dû le faire, il se jeta sur elle dans l'intention de lui faire payer cet outrage. Comme l'entaille au bras n'avait pas suffi pour calmer son audace, la belle, sans cérémonie, lui planta sa propre lame en travers de la panse, ce qui l'arrêta net.

Sa colère se calma dans l'instant. Il fut très surpris de constater que son bon acier lui pendait hors du ventre. Il pâlit extraordinairement, tomba pitoyablement sur ses deux genoux et resta ainsi, pantelant, sans plus dire une parole, les yeux fixés sur son épée.

Son hébétude était plus terrible à voir que sa colère. Les deux personnes qui l'entouraient se sentaient le cœur serré, malgré l'outrecuidance du larron. La compassion est naturelle à l'homme lorsqu'un congénère subit l'angoisse suprême de la mort. Il sent alors clairement ce par quoi il devra lui-même passer à plus ou moins brève échéance. Il voit sa propre mort arrivée.

Ogier s'était enfin levé. Il descendit de son banc, s'approcha du soldat qui marmottait inintelligiblement, constata l'étendue des dégâts. De fait, la lame lui entrait fort avant dans le ventre, si bien qu'il y avait peu d'espoir de s'en tirer pour le soudard, ce qu'il devait bien comprendre lui-même. Ogier tira l'épée. Martin grogna en serrant ses mains sur la plaie, dont le sang sortit à gros bouillons. Ogier fit un tour sur lui-même. La lame était de bon acier et réduisit d’une tête le pauvre bougre, dont le chef alla rouler jusqu'au fossé du chemin, où riait un gentil ruisseau d'eau claire.

Stoïque comme son âne, le charretier commença à creuser la terre, sur l'autre bord du chemin. D'abord avec l'épée, puis avec un morceau de bois commode, par lui trouvé. La fosse était profonde. Ogier y traîna ce qui restait de Martin. Il alla même récupérer sa tête, médusée dans le ruisseau. Il arrangea le tout dans l'ordre, joignit les mains du soldat sur son épée, ferma la fosse et planta une croix de bois à son extrémité. Il ne prit pas sa bourse, trop honnête pour cela. Il ne nettoya pas le sang, trop naïf sans doute.

Toute cette besogne, il l'avait conduite machinalement, presque sans conscience. Il comprenait vaguement qu'il s'était passé là quelque chose de terrible, mais n'osait trop approfondir. Sa pensée s'était comme rétractée, devenue bloc. Il n'y touchait pas. La douleur morale était trop forte et son esprit s'était durci pour recevoir ce choc. Peut-être sentait-il tout de même confusément que vingt ans de paix s'arrêtaient là.

Au moment de partir, restait la jument pie du bon apôtre, placide. Sans trop savoir pourquoi, retenu par un accablement instinctif, indistinct et fort indépendamment de sa volonté, Ogier la laissa attachée à sa charrette et l'emporta. Ce fut pour la laisser à l'auberge prochaine, où il arriva fort tardivement. C'est dans l'écurie qu'elle disparaît à vos yeux de lecteur pour ne plus reparaître dans ce récit. Il semble qu'elle n'était pas fâchée qu'on la débarrassât de son maître, dont la complexion violente le portait à la maltraiter.

Quand le charretier entra dans L’Oiseau blessé d’une flèche, il annonça qu'il avait trouvé le cheval de Martin sur la route et qu'il l'avait remis dans l'écurie, pour que la milice le récupère. Il ne savait pas où pouvait être Martin. Il avait seulement été rattrapé par la monture qu'il avait reconnue et décidé d'emmener jusqu'à l'auberge prochaine. On s'étonna fort de la disparition du soldat.

Posté(e)

Mais ... qu'est devenue la demoiselle ..? Nous le saurons au prochain épisode, sans doute ... 😉 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Evidemment, il risque d'en coûter fort cher à ce pauvre Ogier...

Posté(e)

Hé bien...cet été de la Saint Martin se termine dans un sanglant bouillon ( de onze heure ? ) pour

cet irascible soldat !

Posté(e)

Et la demoiselle? qu'en a t-il fait ? j'espère qu'il ne lui a pas coupé la tête à elle aussi!!!

Vivement la suite @Sertorius

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une suite sanglante mais alerte !

Vivement la suite suivante !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Rien à dire, la demoiselle était en légitime défense. Dommage que la jument disparaisse du récit. On aurait pu s’y attacher. Le récit devient haletant.

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