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Accents poétiques

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Jésus que ma joie demeure

Featured Replies

Posté(e)

Les hommes ont inventé les bars parce qu’ils trouvaient que c’est trop triste de boire tout seul. Qu’est-ce qui est plus triste que de boire tout seul ? Certainement de boire à plusieurs, accoudés au zinc d’un bar, en additionnant les solitudes.

Tout dépend de l’ambiance. Mais quand l’ambiance est triste, quand les hommes ont le cafard, les morosités ne s’additionnent pas, elles se multiplient.

La pénombre, les odeurs, les mots aigres marmonnés, tout ce morne endroit est peuplé de fantômes, de fantômes de vies. Des vies passées, oubliées, ratées ou qui n’ont pas été. Des occasions manquées, des accidents de parcours, des mauvaises décisions prises à un carrefour, des absences de réflexion, des décisions-réflexes prises sous impulsion, sous influence ou l’effet d’une quelconque substance psychotrope ; ou pire : sous l’émotion, la colère, l’emballement du cœur, un emportement, une joie excessive qui rend aveugle, une impasse où l’on a sauté le muret au lieu de revenir sur ses pas, de parlementer.

 

C’est dans un bar qu’on retrouve la plus grande concentration de philosophes. Comme si l’alcool rendait plus lucide. In vino veritas. Chaque homme se retrouve seul avec sa vie. Dans la nuit on ne voit rien, pas même l’avenir. Dans la pénombre on ne voit plus qu’un espace réduit, l’horizon à un mètre cinquante. Pas de dieu, pas d’auréole, pas de miracle, pas d’apparition. Pas de Marguerite Scoubidou. Il n’y a jamais de femme. Ni même un chat endormi. Le silence est de plomb, on intègre tellement la musique qu’elle n’existe plus. Pas de sirène, pas de corne de brume, pas de bruits des flots. Le temps ne s’écoule pas. Pas plus que la lumière blafarde, tamisée pour qu’on ne voit pas les visages sonnés, KO assis.

C’est une maison abandonnée, un hôtel vide dans une montagne désertée, un bâtiment oublié des démolisseurs qui ont renoncé à le hanter.

C’est une grotte, une impasse terminale, une voie sans issue. On sait quand on y rentre, on ne se souvient jamais de sa sortie. La solitude du buveur au moment du penalty.

 

Longtemps silencieux, silence bercé par la musique nasillarde et fatiguée. Le soin baissé. Faut pas réveiller les buveurs fatigués.

Et puis certain se réveille. Comme un volcan. Et crache. Feu, cendres et fumée grise et brûlante.

 

- Moi je ne drague pas. Draguer c’est forcer le destin. Moi je ne force pas le destin !

- Et il est où ton destin ? Ici, à boire, tous les soirs ?

- Si c’est mon destin…

 

Un silence.

 

- N’empêche. L’amour on ne va pas à sa rencontre. C’est lui qui vient te chercher. C’est comme je te le dis.

- Et tu l’attends ici ? Il va venir te chercher ici, au fond de ce rade ?

- Si c’est écrit OUI !

- Ben tu risques de l’attendre longtemps, vieux…

- Si c’est mon destin c’est comme ça !

- Déjà y a pas une meuf… tu risques pas de trouver l’amour, ici…

- Si elle vient, elle viendra de l’extérieur !

- Ça existe, ça, des meufs qui viennent chercher un poivrot au fond d’un rade ?

- Pas une meuf, L’AMOUR ! Et d’abord ça sera pas une meuf, ça sera une femme. Une vraie, de celles qui se penchent sur le cœur des hommes.

- Celles-là c’est comme les cabines téléphoniques, elles ont disparu.

- C’est rare, je sais, mais dis-toi qu’il y en forcément UNE pour chacun de nous. Elle est là-bas, quelque part dans le monde.

- Ouais. Et si elle fait comme toi, qu’elle attend ?

- Eh bien elle pense à moi, et je pense à elle ! C’est déjà un début. On est reliés.

- Et elle est comment, la tienne ?

- Je sais pas, y a qu’à l’imaginer ! Et pis d’abord on l’imagine pas. C’est comme les anges, c’est comme le visage de Dieu, c’est pas leur apparence qui compte, c’est leur essence. Et puis, je ne sais qu’une chose : le jour où je la verrai je la reconnaîtrai, tout de suite !

- Direct !

- Ouais…

- Ça s’ra la seule qui aura pitié de toi…

- Même moi j’ai pas pité de moi

- Ça fait combien de temps que tu l’attends ?

- Depuis toujours. Je le sais. Et j’ai toujours su.

- C’est sûr, les fées elles sont pas venues te voir. Quand elles sont rentrées dans ta chambre, direct elle ont fait demi-tour… C’est pas trop long d’attendre ?

- J’ai la patience du vieux sage

- Et les grimaces du vieux singe

- Quand on attend sans attendre on voit pas le temps passer

- Moi le temps est passé sans même poser le regard sur moi

- Chez moi, y a que moi qui pose son regard dans le miroir, et le miroir il me reconnaît pas

- Moi, c’est moi que je reconnais pas, quand, dès foisrarement - je me regarde

 

À un moment, quelqu’un entre dans le bar sombre, à la lumière glauque. Une femme, au visage boursoufflé, la face avinée et rougeâtre comme la lumière.

Les deux hommes plongent le nez dans leur verre :

 

- C’est pas elle

- Non

Modifié par Le Hamster

Posté(e)

Bien que pathétique à mourir, la chute fait sourire ! 😉 

Posté(e)
Il y a 18 heures, Le Hamster a écrit :

Longtemps silencieux, silence bercé par la musique nasillarde et fatiguée. Le soin baissé. Faut pas réveiller les buveurs fatigués.

 

Le soin ou le son ? 🤭

 

 

Il y a 18 heures, Le Hamster a écrit :

- Celles-là c’est comme les cabines téléphoniques, elles ont disparu.

sinon va faire un tour à Londres ...

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Le 24/08/2023 à 18:37, Le Hamster a écrit :

abandonnée, un hôtel vide dans une montagne désertée, un bâtiment oublié des démolisseurs qui ont renoncé à le hanter.

Pas mal, la métaphore, comme possible définition existentielle! La foi de ces philosophes de fond de bar relève plus de la vérité ontologique que de l'analyse lucide. On peut s'illusionner longtemps comme ça. Paresse d'esprit ou sottise?

C'est un texte vraiment sympa, drôle et touchant à la fois, même si les malheureux qui sont mis en scène font pitié dans un sens le moins flatteur du terme...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

On se doutait bien que fréquenter les bars n’est pas la meilleure façon de trouver l’âme sœur.

Posté(e)
Il y a 22 heures, Jeep a écrit :

On se doutait bien que fréquenter les bars n’est pas la meilleure façon de trouver l’âme sœur.


Vous seriez surpris de ce que l'on y trouve, à défaut d'âmes sœurs.
Des regards, des histoires, des chansons, des êtres humains qui ne cherchent qu'une oreille...

Le bar, comme l'a montré brillamment @Le Hamster est le lieu littéraire et métaphysique par excellence.

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