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Aux sources de l'enfantement

Featured Replies

Posté(e)
  • Administrateur

Les mots sont des corps vivants qu’il convient de sans cesse retravailler. L’écrivain les étend sur sa table d’opération d’un hôpital d'une blancheur immaculée. Il les allonge là, les enchaîne dans le donjon de ses mondes tourmentés. Il se transforme en docteur Frankenstein insoupçonné de ses connaissances les plus proches. Son scalpel cisaille ces mots livrés à lui dans toute leur candeur. Il les dissèque, étale leurs organes encore chauds. Pour les conserver de toute décomposition, il les plonge dans les bocaux formolés de son inspiration. Ainsi, plusieurs heures durant, s’accumulent les parcelles de son œuvre future.

 

Les consonnes saignent sous les incisions précises de sa plume. Les voyelles frémissent en voyant le trait meurtrier s’approcher de leurs pauvres membres dénudés. Il est le boucher qui disloque leurs articulations, découpe leurs membres pour les libérer de leur imperfection. Sur le terreau de ses futurs suspendus à des parcelles de rêves, il répand le sang de ses victimes éventrées pour ensemencer une terre stérile et avide de renouveau.

 

Les bocaux s’accumulent jusque dans les recoins les plus sombres de son esprit. Il ne cesse de les collectionner pour sa grande œuvre. Les hurlements de souffrance des mots occis le bercent dans son travail et le guident à travers la longue nuit de ténèbres.

 

Il se souvient de cette jeune âme frêle, si innocente. Elle venait juste de s’ouvrir à la vie. Elle babillait joyeusement. De sa plume affûtée, il l’avait transpercée, la faisant passer de vie à trépas. Elle l’avait regardé sans comprendre. Un ultime soubresaut l’avait agitée tandis qu’elle rendait son dernier souffle dans un râle. Il avait dépecé cette petite victime, ne laissant sur la froide table d’opération qu’une chose informe aux muscles sanguinolents.

 

Il détenait enfin cet ultime élément qui lui manquait pour parfaire sa création, la peau tendre et fraîchement tannée d’une syllabe. Enfin, il allait pouvoir parachever son travail, habiller d’un habit de lumière unique sa créature. Sa période de gestation touchait à sa fin. Le travail n’avait duré que trop longtemps. Les dernières contractions achevaient de guider le stylo à travers les méandres de la feuille.

 

L’homme perdit soudainement ses eaux.

Il se mit à pleurer.

 

L’homme hurla tandis qu’il expulsait le nouveau-né.

Il venait d’accoucher de sa prose.

Posté(e)

L'homme se met à pleurer dès qu'il perd les eaux mais c'est normal : il accouche enfin ! Et il hurle 🙂 Vive le nouveau-né tout rose, vive la prose ! 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un bel écrit, qui nous plonge au coeur de la création avec toute la subtilité et le raffinement nécessaires !

Posté(e)

Jack l éventreur n’était qu un enfant de cœur à côté de toi 😵

Tu dissèques les mots comme un chirurgien dissèque les cadavres …

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

C'est une vision du créateur auto-obstétricien qui trouverait clairement sa place dans Les Chants de Maldoror. Elle a quelque chose, aussi, de la chasse au papillon qu'on épinglait vivant dans les belles vitrines des muséum d'histoire naturelle. Allez consoler la langue en lui disant qu'il faut savoir souffrir pour être belle... ! 

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Il y a 11 heures, Diane a écrit :

comme un chirurgien dissèque les cadavres …

 

Cette activité est plutôt réservée au médecin légiste ou à l’anatomopathologiste, et j’espère qu’Eathanor laissera en vie nos poèmes après les avoir disséqués, comme un chirurgien, en prenant soin de les recoudre.

Modifié par Jeep

  • 4 semaines plus tard...
Posté(e)
Le 26/07/2023 à 22:00, Eathanor a écrit :

Les mots sont des corps vivants qu’il convient de sans cesse retravailler. L’écrivain les étend sur sa table d’opération d’un hôpital d'une blancheur immaculée. Il les allonge là, les enchaîne dans le donjon de ses mondes tourmentés. Il se transforme en docteur Frankenstein insoupçonné de ses connaissances les plus proches. Son scalpel cisaille ces mots livrés à lui dans toute leur candeur. Il les dissèque, étale leurs organes encore chauds. Pour les conserver de toute décomposition, il les plonge dans les bocaux formolés de son inspiration. Ainsi, plusieurs heures durant, s’accumulent les parcelles de son œuvre future.

 

Les consonnes saignent sous les incisions précises de sa plume. Les voyelles frémissent en voyant le trait meurtrier s’approcher de leurs pauvres membres dénudés. Il est le boucher qui disloque leurs articulations, découpe leurs membres pour les libérer de leur imperfection. Sur le terreau de ses futurs suspendus à des parcelles de rêves, il répand le sang de ses victimes éventrées pour ensemencer une terre stérile et avide de renouveau.

 

Les bocaux s’accumulent jusque dans les recoins les plus sombres de son esprit. Il ne cesse de les collectionner pour sa grande œuvre. Les hurlements de souffrance des mots occis le bercent dans son travail et le guident à travers la longue nuit de ténèbres.

 

Il se souvient de cette jeune âme frêle, si innocente. Elle venait juste de s’ouvrir à la vie. Elle babillait joyeusement. De sa plume affûtée, il l’avait transpercée, la faisant passer de vie à trépas. Elle l’avait regardé sans comprendre. Un ultime soubresaut l’avait agitée tandis qu’elle rendait son dernier souffle dans un râle. Il avait dépecé cette petite victime, ne laissant sur la froide table d’opération qu’une chose informe aux muscles sanguinolents.

 

Il détenait enfin cet ultime élément qui lui manquait pour parfaire sa création, la peau tendre et fraîchement tannée d’une syllabe. Enfin, il allait pouvoir parachever son travail, habiller d’un habit de lumière unique sa créature. Sa période de gestation touchait à sa fin. Le travail n’avait duré que trop longtemps. Les dernières contractions achevaient de guider le stylo à travers les méandres de la feuille.

 

L’homme perdit soudainement ses eaux.

Il se mit à pleurer.

 

L’homme hurla tandis qu’il expulsait le nouveau-né.

Il venait d’accoucher de sa prose.

Une illumination pure que porterait dans son souffle Lautréamont.

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