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Parvenu

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          Il y a des gamins dans des quartiers difficiles qui apprennent le latin, la musique, la physique quantique… S’ils sont heureux plus tard, ce ne sera pas qu’à demi. Et puis il y a des êtres qui parviennent.

Mais à quoi ?

 

Funesto Ltuïo s’est installé là, il y a quelques années. Dans la maison la plus chère du quartier de ce village dont les « âmes » ont un des plus hauts niveaux de vie de la région la plus riche de l’hexagone.

 

Ah, ça s’est tout de suite remarqué, dans l’îlot privatif dit le Clos de la Brèche – ainsi nommé depuis qu’un paysan a vendu sa terre à la rurbanisation. L’un de ses murets s’était en partie écroulé. Le nouvel arrivant y avait déjà ce qu’il fallait : la maison ultra-moderne aux fausses colonnes grecques à la Mickey Mouse, avec palmier exotique chauffé l’hiver et irrigué l’été, même en cas de pénurie d’eau, une piscine chlorée, bien sûr, et une salle de sport, une salle de projection, un jacuzzi…

 

Pour marquer la présence d’un parvenu dans toute sa splendeur, Ltuïo a ajouté un parement de pierres synthétiques sur toutes ses façades, à grands renforts d’engins de chantier bruyants et polluants. Il a agrandi la piscine et planté d’autres palmiers. Plus un olivier : c’est tendance.

 

M. Funesto Ltuïo est d’origine cosmopoly. Cela s’écrit comme le Monopoly (Trade Mark). On suppose qu’il capitalise sur toute la planète. Il a des racines partout. Pour ça, on l’a trouvé d’abord sympa. Enfin, pas tous. Et puis on a vu que c’était un citoyen tout ce qu’il y a de plus banal, trop banal.

 

Il a été accueilli par Hortense Rapas, la fille du paysan. Héritière, elle gère le Clos minutieusement. Elle s’est réservé deux lots pour y construire d’immenses maisons afin de défiscaliser son héritage. Elle a aussi mis son frère en curatelle, tant qu’à faire, pour s’accaparer la part. Il buvait un peu trop, comme son père. Les deux maisons, sans beauté aucune, pourrissent sur place sans jamais accueillir personne. Chaque année, sa propriétaire laisse allumées le soir des ampoules nues pendant quelques semaines pour faire croire à d’éventuels inspecteurs qu’il y a des locataires, condition pour être exempté d’impôt.

 

Ltuïo a trois grosses cylindrées, dont une Porsche bien sûr, toutes impeccablement propres. Il gare la plus grosse dans la rue, comme un fauve marque son territoire. Sur les parkings des magasins, il prend deux places. A tout seigneur tout honneur : il fait marcher l’économie, lui. Au fait, comment ? Gérant de supermarché ? De station-service ? Entrepreneur, sans aucun doute. Le service public, vous voulez rire, c’est pour les gagne-petit. « Tout devrait relever du marché » dit-il, quand il lui arrive de penser, entre deux clients.

 

Faut-il le préciser, Madame, qui glande toute la journée dans les magasins de fringues chic, n’a pas à faire le ménage ni la cuisine chez elle. Les gosses sont inscrits dans un établissement privé, type Montessori, où ils sont coachés. Plus c’est cher, ma chère, plus mieux c’est, tu penses bien.

 

Aujourd’hui, c’est le Quatorze juillet. Funesto Ltuïo reçoit sa famille et ses potes. Il fait des efforts pour pérorer, il étale « le dernier cri technologique » sous les yeux des invités un peu huppés qu’il a conviés à son raout (seul mot soutenu qu’il connaisse) ; bref, son « matos », comme il dit à ses potes véreux, ex-banlieusards reconvertis dans quelque chose de tranquillos, tu ouav, après des années de deal.

 

C’est la fête, alors il a mis sa sono très fort. Il est chez lui, n’est-ce pas ? « Ma parole t’as raison, cousin ! » l’encourage le malfrat qui se gratte l’entrejambe. sa daube à décibels inonde tout le quartier, mais les résidents font semblant de ne rien entendre. Il s’agirait de roms ou de la racaille déclarée du neuf.trois, ils se précipiteraient sur le 17. Là, ah bah, il faut bien s’amuser un peu ! Tant pis si Madame Simone, qui est dépressive, a envie de se jeter par la fenêtre. Car la sono ne s’arrête pas, le 14/07. Elle crache de 5h du matin à 1h de la nuit. C’est qu’il faut bien meubler le vide intersidéral d’un cerveau dont le déduit culturel est égal ou inférieur à zéro.

 

Ltuïo, un jour, se l’est jouée grand prince. Il a mis un mot dans la boîte aux lettres d’un voisin. Sur un bout de papier mal déchiré, il a tracé : « Escusé moi de vous dérengé jai comander un appareil de cuison est come je le voit pas arivé peut etre il a été livrer ché vous (etc.) » D’habitude, il dépêche sa secrétaire ou son avocat. Du coup, Mme Simone s’est dit qu’il avait quand même quelque chose d’humain, il ne faut pas l’accabler.

 

Elle a, ce quatorze juillet, essayé de résister au déluge de décibels de son voisin : elle a mis de la musique classique, plutôt fort, voyez-vous, pour compenser le dégueulis de basses sommaires de Ltuïo. Les invités étaient dans le jardin de monsieur à s’emplir de chips et de whisky coca. Ils ont entendu Mozart. Ils se sont marrés.

 

Ce samedi post-fête, on n’entend plus la sono. Ltuïo s’apprête à aller polluer ailleurs – une plage de sable fin aux Bahamas, peut-être. Son pachyderme de grand gamin joue avec ses drones. On entend la smala parler vacances. On charge même les autos…

 

Comment dire ? On respire !

 

« Ne vous inquiétez pas, Mme Simone. S’il a loué tout ça par AirB&B, ça ne peut guère être pire. »

 

 

 

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un vrai portrait de parvenu ! Il en a toutes les caractéritiques !

Belle satire d'un certain milieu peu ragoûtant !

Posté(e)

Je suis parvenue sans encombre jusqu’à la fin du récit.

 

Où j’ai  croisé madame Simone qui n’en pouvait plus et s effrayait de voir arriver les nouveaux occupants des lieux .

Je lui ai proposé, pour se reposer un peu, de l’inviter sur un site de poésie ,

à lire quelques apaisants sonnets .

Elle est tombée en pâmoison sur les œuvres de @Jeep  dont elle m’a demandé l’adresse .

Connaissant la légendaire discrétion de celui-ci, je ne la lui ai évidemment pas donnée .

Elle était très déçue .

 

 

 

Posté(e)

Du claquant au ridicule il n'y a souvent qu'un pas mais pour beaucoup de gens le paraître restent bien plus important que l'être alors pour eux, se faire remarquer en "crânant" d'une manière ou d'une autre est devenu naturel mais la bêtise, qu'elle soit visible en actes ou bien invisible en paroles brille et souvent elle fait très mal aux yeux....

Des parvenus il y en a partout qu'ils soient "friqués" ou qu'ils se pensent juste supérieurs aux autres.

 J'ai beaucoup aimé votre texte Thy @Thy Jeanin

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Il y a toujours de la médiocrité à vouloir paraître.

Posté(e)

On peut-être parvenu sans être jamais arrivé ... 😉 

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