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Grabouille-la-Lune (3/3)

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

                             Troisième temps, troisième mouvement.

 

 

                             Les habitants de ce quartier rêvaient tout haut. Ils étaient persuadés qu’ils rouleraient un jour sur l’or. On se demandait par quel miracle ! Qui donc, sinon la télé avec tous ces jeux de la fortune, leur avait mis pareille idée en tête ? Pour cette raison, le quartier s’appelait : la Lune. Les habitants oubliaient leurs taudis chaque fois qu’elle était pleine et eux ronds. Ils se mettaient à flatter des rêves lorsque passant dans le reste de la ville, on leur disait, rigolard : « Tiens, vous ! Vous v’nez de la lune ou que vous y allez ? »

                             Le soir tombait lorsque dans la rue Ursule un homme passa à toute vitesse, une hache à la main. Vêtu d’une peau de zouave, il se dépêchait de rentrer au logis. Sa femme, une matrone ossue au regard éploré et à la bouche en cul de coq, l’attendait avec leur nièce Krustelle, qu’elle maintenait de ses deux poignes infernales, tandis que la petite se débattait comme un beau diable. Elle était pareillement vêtue que par devant, ses pieds nus s’agitaient dans tous les sens ainsi que ses mains : « Laissez-moi partir ! Salauds ! » La voix tonitruait et faisait vibrer les murs en torchis de la chaumière. L’oncle entra. «  J’ai la hache ! dit-il. Ma chère nièce, tu vas rejoindre ton p’tit fiancé et vous serez ben heureux comme ça, tous les deux, nindieu ! T’comprends, pisqu’y est mort, ç’t’en mourant itou qu’tu y r’joindras. Comme ça, nous qu’on est pauvres, ben on a rien à te donner pour le mariage, vu que d’vant la mort, pourdieu, tout le monde y est bien pareil sans tralala et toussa.

                             - Mais on va t’rendre un der de service, dit la tante, un cadeau z’à nous : grâce à ç’t’affaire, tu vas pouvoir le r’joindre, ton p’tit fiancé.

                             - Et donne’z-y don la bénédiction ! » ajouta l’oncle.

                             Il souleva la lourde hache de bûcheron chaperonné qui resta suspendue deux secondes au-dessus de ses épaules avant de s’abattre en faisant un bruit mou et liquide.

                             C’est alors qu’on toqua à la porte. La tante alla vite ouvrir et faillit mourir : Grabouille Gruillière était debout sur l’huis, grand, l’air emprunté, à son habitude.

                               L’oncle lâcha un juron et un pet. Il saisit Grabouille par le col et voulut lui asséner un énorme coup de poing.

                             « Laisse -le don d’abord voir nous espliquer pourquoi qu’il est là ! dit la tante en tirant sa langue de bœuf.

                             - Qu’est-ce tu fais là, animal ? hurla l’oncle en suspendant son bras.

                                -J’ai jamais dit que j’étais mort, moi ! protesta Grabouille. J’ai disparu, c’est tout. Je sais pas trop où je me suis retrouvé. Disons que c’était l’antichambre du néant. J’avais encore le temps de voir venir. Et justement, j’ai vu venir. L’autre mandarin, mon exécrable surmoi ! La voix de Jasmin que j’appelais au secours, me criait : vas-y, c’est le moment ou jamais! Tue-le ! Et moi, je le laissais venir à moi, avec ses griffes démesurées et son sourire aigu. Je n’avais plus peur ! Je m’en foutais bien ! Alors, devinez ce qui est arrivé ? »

                             L’oncle et la tante le regardaient, l’air atterré.

                             « Eh bien, le petit bonhomme est devenu tout petit, minuscule ! Voyant que je n’avais pas peur de lui, mon surmoi s’est rétréci au point de devenir insignifiant ! Regardez : ça tient dans la main. »

                              Il ouvrit la main gauche : sur son poignet, à la naissance de l’avant-bras et sur le pouls, était gravé en lettres noires : « Ame amère ».

                             « Mais il restait un problème à régler, poursuivit-il. Que faire du ça ?

                             - Que quoi ? interrompirent l’oncle et la tante qui recommençaient à s’agiter.

                              - Jasmin. Que faire ? Seul avec lui, n’était-ce pas dangereux ? Logiquement, il fallait équilibrer les choses et me débarrasser de lui comme du mandarin. Mais il m’a vu venir, le malin ! Il m’a dit que je me fourvoyais, avec ma logique discursive et qu’il était enfin temps, puisque j’étais vainqueur, de conclure un pacte. En échange de son être sauf, il me donnerait son apparence... Alors, je suis devenu aussi beau que lui ! Je peux désormais, comme lui, me déshabiller sur les heureuses plages de la vie, au sable le plus fin ! Toutes femmes me sauteront au cou ! Dieu que c’est bon d’aimer enfin l’existence...

                              - Qu’est-ce qu’il raconte, ce con-là, oh mais ! C’est-y pas vrai ! On aura envoyé not’ nièce aux enfers pour des mirabelles ! »

                             L’oncle était cramoisi de colère, ses yeux luisaient comme coups de foudre dans la nuit.

                             « Kindieu ! hurla la tante. C’t’âne-là, y va se croire beau, à présent ! R’garde don tes boutons, t’en as p’us qu’une mouche a d’poils, grand merdeux ! Si c’est comme ça, alors tu mérites pas la Krustelle, grand couillon, nom de Dieu de grand morveux dégueulasse ! T’as d’la merde pas seulement sur ta sale gueule, t’en as encore plein dans la cervelle, grand gueux bouseux ! »

                             La tante était boursouflée par la rage. Elle penchait sa carcasse trapue en avant, les poings sur l’aine, et de ses grosses dents sales semblait vouloir lui mordre le nez, ce nez monstrueux qu’il avait si souvent frotté aux étoiles.

                             L’oncle ne pipait mot, au bord de la crise cardiaque. Sa cervelle avait besoin d’un temps pour se ressaisir. Tout à coup, il brandit de ses deux bras colossaux l’énorme hache tout ensanglantée et l’abattit d’un coup formidable sur le gars. Le sang en giclant alla tapisser les murs de la chambre.

                             L’homme et la femme restèrent un moment immobiles, sans rien dire. L’oncle avait l’air satisfait, la tante perplexe. Enfin, il bougea une mâchoire.

                             « V’là qu’il a rejoint not’Krustelle, ç’a du travail bouclé une fois pour toutes, marde alors !

                             - T’as dit vrai, l’père ! C’grognard-là, c’est-y pas qu’il y fallait un peu d’plomb dans la cervelle ! »

                             Ils s’en retournèrent vers la porte.

                             « Ouah, fit la tante, ç’grand caquet-là ! C’était toujours ben les étoiles, qu’y voulait pour lui, à rêver comme ça !

                             - Bouakh ! fit l’oncle. Tu dis ! La lune au moins, qu’y  l’y fallait à ç’te gidouille ! »

 

                             A ce jour, le surnom de Grabouille-Gruillière était trouvé. Depuis, lorsqu’il leur prend de s’apitoyer (on se demande pourquoi), les habitants parlent toujours de Grabouille-la-Lune.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Quelle histoire !

Un fait divers palpitant, un vrai suspens et du bagout en veux-tu en voilà !

Voilà une lecture très savoureuse et qui décoiffe !

Posté(e)

C'est trop intellectuel pour moi.

Posté(e)

Raconté avec l'accent du terroir, siou plaît ! 😉 

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