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Grabouille-la-lune (2/3)

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

                  

                              Deuxième temps, second mouvement.

 

 

                             « Ce grand niais s’est suicidé ! Je vous dis que ce grand niais s’est suicidé ! disait la Mère Chimel.

                             - Pour sûr que ç’te grand niard, on en verra-t’y pas des comme ça avant la saint Glinglin, pourdieu, ben donc, tiens ! Ah !

                             La grosse Pantouche, à la fin de ses phrases, rentrait péniblement son surplus de babines à l’intérieur de ses mâchoires, à la place de ses chicots tombés au combat. Elle prétendait avoir bien connu Grabouille pour lui avoir soupesé la rime, ce qui excitait la convoitise des putains du quartier, toujours friandes de comparaisons.

                             « Y en a point guère. C’est pas d’un homme ! » concluait invariablement la grosse Pantouche. Mais toutes les commères savaient que ce témoignage, comme tout autre de la même source, était nul et non avenu. La grosse Pantouche n’avait de fait jamais vu un homme fait et ne connaissait que par ouï dire de la bouche des sales gamins certains détails présupposés. Elle y pensait à  sa toilette, à supposer qu’elle la fît jamais.

                             Revenant du marché, les deux vieilles femmes, connues de tout le quartier pour colporter les ragots en tous genres, aperçurent la petite Krustelle en étrange position : assise sur une borne de pierre peu obtuse, elle tenait ses jambes repliées dessus, les pieds posés parallèlement, sans sandales. Les pans de sa jupe recouvraient la pierre. Elle avait glissé une main sous sa jupe, à hauteur de son ventre. Sa chemise était entrouverte. Sa tête reposait en arrière, ses yeux étaient clos et sa bouche béante.

                             « Eh donc la Krustelle ! cria la mère Chimel. Coriace, ç’t’enfant ! glissa-t-elle à la grosse Pantouche qui approuva d’un signe du chef. Qu’est-ce que c’est que tu fais là voir ?

                             - Je rêve, répondit l’adolescente sans surprise, sans détourner la tête, ni même ouvrir les yeux.

                             - A quoi don ? »

                             Elle ne répondit pas.

                             « T’sais don pas qu’ce grand niard d’Grabouille y est-y mort ? »

                             Au seul nom de Grabouille, Krustelle frémit. Une grimace se dessina sur ses traits peu gracieux, elle pressa sa main contre quelque chose et gloussa en tirant la langue.

                             « Kekta ? T’vas t’y pas m’dire qu’tu prends la pierre pour un olibos, va, ‘tit’ dévergondée ! hurla la grosse Pantouche - pas moins satisfaite d'avoir utilisé le seul mot grec qu'elle eût connu.

                             - C'est ma pierre tutélaire...

                             - Tu t'es quoi? Tu t'l'as f...

                             - Mon ersatz quand mon Grabouille l'est pas là.

                             - Vé la niasse, va ! ‘ttends seulement que j’t’en cause par devant ! »

                             Krustelle se défit de sa pierre et s’en alla en courant. De sa chemise, on voyait, ballotté par la course, un petit téton rougeaud et difforme s’échapper hystériquement. Derrière elle, l'ait était iodé..

 

 

                             Krustelle avait perdu ses parents le jour de ses huit ans. Ils avaient ouvert au matin un tonneau d’hydromel de cinq hectolitres afin de l’entamer. Cela se passait à l’étable où un âne d’humeur philosophique prétendait imiter Lafcadio, le héros des Caves de Gide. Il attendait la première occasion. Les parents de Krustelle se trouvèrent à ce moment juste derrière lui. Ils furent propulsés par une savante ruade, tête première, dans le tonneau délicieux. Là, ils désapprirent à exister.

 

 

 

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un foisonnement d'idées !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Le degré de vulgarité est peut-être trop fort? L'intention qui me taraudait, à l'origine de cette histoire, était de porter à son comble de grotesque le conflit des générations en milieu malsain, entre vieillesse acariâtre et brutale et fragile adolescence en fermentation.

Posté(e)

Rien de vulgaire, mais comme le dit Alba, bon sang, ça foisonne ! J'aime bien cette Krustelle 🙂

Posté(e)
Il y a 3 heures, Thy Jeanin a écrit :

Le degré de vulgarité est peut-être trop fort? L'intention qui me taraudait, à l'origine de cette histoire, était de porter à son comble de grotesque le conflit des générations en milieu malsain, entre vieillesse acariâtre et brutale et fragile adolescence en fermentation.


qu’ en termes galants…..^^
intéressante étude comparative et sociologique de deux générations …qui en

l occurrence s’expriment de la même façon argotique et imagée 😁

Tout est dans la suggestion !

 

Posté(e)
Il y a 3 heures, Thy Jeanin a écrit :

Le degré de vulgarité est peut-être trop fort?

 C'est, je pense, à chacun de voir le degré dans la vulgarité qu'il trouve acceptable.

Beau dimanche à vous Thy @Thy Jeanin

 

Posté(e)
Il y a 8 heures, Thy Jeanin a écrit :

Le degré de vulgarité est peut-être trop fort?

même la vulgarité a ses paliers. On peut se retrouver au bar du coin -si tant est qu'il y en ait un- pour en parler, si tu veux. 🙂 

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