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Accents poétiques

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A Babeth

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Babeth a du diabète et je suis triste pour elle, autrefois nous partagions nos sucettes à la récréation, là où les platanes poussaient à profusion ; elle avait toujours une jupette rouge cousue par sa maman tandis que je finissais d'user les pantalons de mes frères aux poches pleines de billes abandonnées ; on jouait à la marelle en mangeant des mirabelles dont les noyaux nous servaient d'osselets.

J'aimais le mot maman qui se déguste comme un dessert sucré et j'allais en profiter sous la tonnelle bleue où fleurissait heureux le bougainvillée.

Le dimanche j'allais souvent chez elle déguster des tartelettes dégoulinantes de confiture, on se racontait des histoires tout bas au son de la Singer en mettant nos doigts dans le coco Boer couleur de soleil et de désert.

Le père, pharmacien de son état, sentait bon la réglisse ; je caressais le chat qui pointait ses vibrisses dès que je l'attirais contre moi ; ce bon goût de vanille d'une famille qui n'était pas à moi, je le retrouve parfois en regardant les photos d'un vieil album qui a survécu, je ne sais pas pourquoi.

 

L'été, souvent, les souvenirs voyagent dans la torpeur des soirs où tout somnole ; tout fond, surtout les caramels dont elle était si friande ; tandis que mon voisin fait cuire de la viande sur une grille qui sent le bout du bois, je respire toutes ces odeurs qui me ramènent à toi, comme  celles des pralines et des barbes à papa.

Je rêvais que tu étais ma sœur, tu n'étais que douceur ; quand je rentrais chez moi, j'avais des hauts-le cœur, il fallait que je me taise et si souvent en contemplant la falaise, j'eus envie d'en finir, c'est toi qui me sauva.

 

Babeth a rendu son dernier soupir et je ne pourrai plus lui écrire, j'avais encore tant de choses à lui dire, comme c'est bête, ces douleurs qui empirent dans ma plaie ouverte.

Sous le tombeau fleuri de pissenlits, elle dort et m'offre une fois encore sa famille de sucre dont les voix sépulcrales me content toujours l'amour filial.

J'oublie les potions amères que j'ai bues naguère et mange des sucreries en écoutant ta mère dire « attention aux caries ! » ; ton père me regarde, attendri, et me glisse un bâton de réglisse.

Mes sucres d'orge, mes guimauves, ma friandise d'arrière-gorge, la foi qui me sauve, il fait si doux auprès de vous.

Je n'ai jamais quitté l'Ardèche, même quand je fus dans la dèche, c'est là que repose ma famille dont je ne porte pas le nom, et la chouette chevêche me parle d'Athéna, de la grande sagesse des gens qui sucrent leurs paroles.

Pardon, ce n'est pas drôle, Babeth, ce jeu de mots avec le diabète mais tu ne m'en voudras pas, maman coud encore sous la lampe des linceuls de toile et puis voici venir les étoiles dans mes yeux.

Les tiens étaient si bleus … et nous étions heureux.

J'ai tourné la tête, la brise sentait la galette.

Je t'aime, Babeth.

Je prépare mon voyage vers toi, j'amène des sucettes.

Et dans les platanes au fond de la cour chantent les alouettes. 

On a encore cinq ans, je crois.

Et la vie devant soi. 

(joailes – 28 juin 2023)


 

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit touchant, souvenir aux saveurs sucrées et nostalgiques, un retour sur le passé très finement évoqué !

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L’art de mêler des faux et des vrais souvenirs d’enfance. On reconnaît les faux à des détails, par exemple les noyaux de mirabelles trop légers pour jouer aux osselets, mais je suis presque sûr que Babeth a existé et qu’elle aimait les sucreries à en mourir. Un texte qui vous remue, sous son ton léger.

Posté(e)

Souvenir réalistes, fantasmés ou idéalisés, on s’en bat les steaks, la force de la plume qui les narre est bien tout ce qui importe. Et celle de Joailles, la fouilleuse d’entrailles en assonances, sait les faire vivre dans son nuancier des cinq sens avec sa palette de tendresse, de drolatique et de surréalisme parfois poignant. Elle est bien chouette, cette Babeth. 

Posté(e)

Je plussoie Héloïse. À commencer par l'incipit, ce texte est farci d'assonances et de rimes internes qui contribuent à  son indéniable dimension poétique

Posté(e)

Des souvenirs plein de tendresse et de poésie qui nous ramènent vers notre enfance à l'époque des bâtons de réglisse, des coco boer, des caramels à 2 centimes.

Babeth est cette amie que j'aurai voulu avoir un jour.

Merci Joailes @Joailes pour ce moment d'émotion.

🙂

 

Posté(e)

Peu importe que cela soit vrai ou romancé, il y a forcément un mélange des deux

et le résultat reflète l émotion des souvenirs d enfance qui remontent .

Et c’est très bien retranscrit.

Je reste toujours épatée par ta faculté à rimer dans la prose ..!

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un très beau texte en hommage à une sœur d'élection. Voilà qui prend aux tripes! Tout en pudeur, pourtant, et en discrets échos sonores, comme battements de cœur.

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