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Le créneau de Saint Pierre (IV)

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

IV

 

 

 

 

                             Seul sur son créneau, Saint Pierre, à vrai dire, ne voyait plus grand-chose et, pour tout dire, ne faisait vraiment plus rien non plus.

                             Que s’était-il passé ? C’est la question que se posait aussi Louis Deux de Bavière, assis par terre au pied du rempart.

                             « C’est un étrange cauchemar, dit-il tout à coup. Proprement répugnant. Des monstres partout... Plus fous que moi... Mais j’en ai vu des mondes dans ce monde... Des qui me firent bondir, d’autres qui me jetèrent aux bas fonds et...

                             « Aaaaaah ! Aa-aaaaah ! claironna Saint Pierre en se retournant brusquement sur lui-même. Vous revoilà, vous !... Alors ?

                             - Alors, répondit lascivement Louis Deux, alors vous êtes toujours aussi con, mon pauvre vieux ! J’allais vous dire quelque chose d’intéressant quand vous m’avez interrompu.

                             - Dites voir ?

                             - Trop tard, je l’ai refoulé.

                             - Pff ! Toujours le même ! grommela Saint Pierre. Votre absence a duré six mois et vous ne trouvez rien à me dire ?

                             - Six ans ! Six siècles ! Six millénaires ! Et, savez-vous ? j’ai failli mourir et j’ai failli renaître !

                             - Quoi ?

                             - Mais je dois avouer qu’on ne m’a pas invité à la fête, non... Il y avait pourtant des gens heureux dedans leur chapeau...

                             - Leur château !

                             - Si vous préférez.

                             - Et ?

                             - Personne ne m’admet, voyez-vous. Ou clandestinement, quand le mal est fait. Suis-je un monstre ?

                             - Arrêtez de baver !

                             - Regardez-vous, Saint Pierre ! Vous êtes combien plus ridicule que moi, debout, là, sur votre dernier créneau !

                             - Mon dernier... Qu’est-ce que c’est que cette ultime ânerie ? »

                             Alors Saint Pierre entreprit d’inspecter la forteresse dans sa totalité, décidé à recenser chaque rempart, à scruter jusqu’au moindre moellon, chaque poterne, chaque... Tout à coup, ses cheveux se dressèrent unanimement sur sa tête : rien ! Rien de rien et trois fois rien ! Il ne restait manifestait du château que ce pan de muraille au merlon duquel il s’accrochait désespérément. L’émotion fut si forte que, quittant l’équilibre, Saint Pierre sur son séant chut.

                             « Plus de... château... » bredouillait-il, ébahi.

                             Il eut encore, après une longue absence, la présence d’esprit de saisir ses jumelles et, se redressant difficultueusement, d'obeserver la morne plaine : le monde, autour de ce qui subsistait du château, c’est-à-dire du seul rempart encore debout, n’était qu’un tourbillon de brumes impénétrables.

                             Louis Deux se mit d’un coup debout. Il tremblait.

                             « Avez-vous la fièvre ? » lui demanda Saint Pierre qui, lui-même, claquait des dents.

                             L’autre se secouait de plus belle, agité au point qu’on pût s’attendre à l’une de ses plus terribles crises de démence précoces, épileptoïdale ou matricielle. Ses yeux s’exorbitaient sans nulle pudeur, telles deux lunes vertes et rouges.

                             « Je... je vois...

                             - Quoi ? implora Saint Pierre ?

                             - Je vois... je vois...

                             - Louis Deux ! dit Saint Pierre, soyez chic ! Vous n’allez pas me laisser tomber, dites ?

                             - Je... je vois... je vois des étoiles ! dit enfin Louis Deux. Il poussa un cri terrible.

                             - Des étoiles ! hurlait-il. Etoiles ! Ma lune et mon soleil ! Et mes étoiles ! »

                             C’est alors que quelque chose d’incroyablement, de terriblement, d’extraordinairement, de sensationnellement, d’exceptionnellement, d’horriblement futile arriva : une voix hors du château se fit entendre :

                             « Ca va, là-dessous ? »

                             Louis Deux fit un bond iléal vers la mammosphère.

                             « Maman ! » s’écria-t-il. Il en avala sa glotte puis se mit à courir en tous sens. Mais il constata que le pont-levis était resté ouvert et se ravisa :

                             « Non ! Ce ne peut être Elle ! C’est Vous, alors, hein ? C’est Vous ?

                             - Qui ça, bon sang ! Qui ? demandait Saint Pierre.

                             - Lui, qui l’a faite Pandore !

                             - Arrêtez, Louis Deux ! dit Saint Pierre sur un ton débonnaire. Ne récidivez pas, quoi ! »

                             Mais dans la seconde de silence qui suivit, très phatiquement, itéra la voix :

                             « Coucou ! C’est qui ? »

                             Cette fois, Louis Deux poussa un cri à figer les entités des multivers. L’onde de choc fut telle, en celui-ci, que le pan en ruine où se tenait Saint Pierre vacilla. Celui-ci ne sut plus où donner de la tête. Il vit Louis Deux s’abattre dans la nappe de brouillard comme sur un lit de neige. Cela fit un drôle de bruit mou, peut-être pas de bruit du tout.

                             Saint Pierre regarda par son créneau et resta un moment à épier : personne ! Devant la muraille, le même épais camaïeu d’ouate et de bourre. Il se retourna encore une fois : Louis Deux avait disparu, absorbé dans le sol indéfini.

                             « Merde ! pensa Saint Pierre. Je suis foutu ! »

                             Il entreprit de se mettre à genoux, car il était de plus en plus périlleux de se tenir debout.

                             « Il n’est plus ! soupira-t-il. A quoi tiens-je ? Le pire, c’est ce qui pourrait le remplacer ! »

                             Il s’agita, fureta en tous sens, fouilla du regard terre et ciel, devenus indistincts.

                             « Le néant ? Impossible ! »

                             Tout à coup, le pan de muraille vacilla encore. Il semblait être descendu de quelques mètres. Ou bien était-ce le niveau de la brume qui montait ?

                             « La mer ! Il parlait de la mer ! pensa anxieusement Saint Pierre.

                             - Holà ! vociféra-t-il, penché à son créneau. Qui est là ? Répondez ! »

                             Il voulut se redresser encore une fois. Le pan de mur alors s’affaissa tout entier. Peu s’en fallut qu’il ne mourût écrasé sous les pierres de taille qui, réduites au détail, ne faisaient plus le poids.

                             Saint pierre dut constater que, cette fois, il ne restait rien de la séculaire érection. Il se sentait petit, si petit !

                             Alors, blasé de dorer son blason, prenant son courage à deux mains, il le mit dans un pochon dont il se fit un baluchon, et se dirigea, penaud Renaud cabochon, vers l’ex-pont-levis.

                             Plusieurs fois, il se retourna brusquement du côté où s’était abattu Louis Deux, comme s’il redoutait d’être suivi ou surpris. Puis il franchit l’ancien huis... et se retrouva dans la nuit.

                             Le premier coup de vent l’emporta, feuille morte, à la vitesse du son, je ne saurai jamais où. Il partait en fusée, pris dans un tourbillon et criant :

                             « Pouce ! Je n’y vois goutte ! »

 FIN

 

 

 

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)

Ah voici le chapitre final des deux échappés de l’asile !

 

Force est de constater que Saint-Pierre a raté son créneau et Louis II est resté garé en double folle.

 

Englouti par le néant, ces deux couillons m’auront bien amusée ! 😊

Posté(e)
Il y a 15 heures, Thy Jeanin a écrit :

IV

 

 

 

 

                             Seul sur son créneau, Saint Pierre, à vrai dire, ne voyait plus grand-chose et, pour tout dire, ne faisait vraiment plus rien non plus.

                             Que s’était-il passé ? C’est la question que se posait aussi Louis Deux de Bavière, assis par terre au pied du rempart.

                             « C’est un étrange cauchemar, dit-il tout à coup. Proprement répugnant. Des monstres partout... Plus fous que moi... Mais j’en ai vu des mondes dans ce monde... Des qui me firent bondir, d’autres qui me jetèrent aux bas fonds et...

                             « Aaaaaah ! Aa-aaaaah ! claironna Saint Pierre en se retournant brusquement sur lui-même. Vous revoilà, vous !... Alors ?

                             - Alors, répondit lascivement Louis Deux, alors vous êtes toujours aussi con, mon pauvre vieux ! J’allais vous dire quelque chose d’intéressant quand vous m’avez interrompu.

                             - Dites voir ?

                             - Trop tard, je l’ai refoulé.

                             - Pff ! Toujours le même ! grommela Saint Pierre. Votre absence a duré six mois et vous ne trouvez rien à me dire ?

                             - Six ans ! Six siècles ! Six millénaires ! Et, savez-vous ? j’ai failli mourir et j’ai failli renaître !

                             - Quoi ?

                             - Mais je dois avouer qu’on ne m’a pas invité à la fête, non... Il y avait pourtant des gens heureux dedans leur chapeau...

                             - Leur château !

                             - Si vous préférez.

                             - Et ?

                             - Personne ne m’admet, voyez-vous. Ou clandestinement, quand le mal est fait. Suis-je un monstre ?

                             - Arrêtez de baver !

                             - Regardez-vous, Saint Pierre ! Vous êtes combien plus ridicule que moi, debout, là, sur votre dernier créneau !

                             - Mon dernier... Qu’est-ce que c’est que cette ultime ânerie ? »

                             Alors Saint Pierre entreprit d’inspecter la forteresse dans sa totalité, décidé à recenser chaque rempart, à scruter jusqu’au moindre moellon, chaque poterne, chaque... Tout à coup, ses cheveux se dressèrent unanimement sur sa tête : rien ! Rien de rien et trois fois rien ! Il ne restait manifestait du château que ce pan de muraille au merlon duquel il s’accrochait désespérément. L’émotion fut si forte que, quittant l’équilibre, Saint Pierre sur son séant chut.

                             « Plus de... château... » bredouillait-il, ébahi.

                             Il eut encore, après une longue absence, la présence d’esprit de saisir ses jumelles et, se redressant difficultueusement, d'obeserver la morne plaine : le monde, autour de ce qui subsistait du château, c’est-à-dire du seul rempart encore debout, n’était qu’un tourbillon de brumes impénétrables.

                             Louis Deux se mit d’un coup debout. Il tremblait.

                             « Avez-vous la fièvre ? » lui demanda Saint Pierre qui, lui-même, claquait des dents.

                             L’autre se secouait de plus belle, agité au point qu’on pût s’attendre à l’une de ses plus terribles crises de démence précoces, épileptoïdale ou matricielle. Ses yeux s’exorbitaient sans nulle pudeur, telles deux lunes vertes et rouges.

                             « Je... je vois...

                             - Quoi ? implora Saint Pierre ?

                             - Je vois... je vois...

                             - Louis Deux ! dit Saint Pierre, soyez chic ! Vous n’allez pas me laisser tomber, dites ?

                             - Je... je vois... je vois des étoiles ! dit enfin Louis Deux. Il poussa un cri terrible.

                             - Des étoiles ! hurlait-il. Etoiles ! Ma lune et mon soleil ! Et mes étoiles ! »

                             C’est alors que quelque chose d’incroyablement, de terriblement, d’extraordinairement, de sensationnellement, d’exceptionnellement, d’horriblement futile arriva : une voix hors du château se fit entendre :

                             « Ca va, là-dessous ? »

                             Louis Deux fit un bond iléal vers la mammosphère.

                             « Maman ! » s’écria-t-il. Il en avala sa glotte puis se mit à courir en tous sens. Mais il constata que le pont-levis était resté ouvert et se ravisa :

                             « Non ! Ce ne peut être Elle ! C’est Vous, alors, hein ? C’est Vous ?

                             - Qui ça, bon sang ! Qui ? demandait Saint Pierre.

                             - Lui, qui l’a faite Pandore !

                             - Arrêtez, Louis Deux ! dit Saint Pierre sur un ton débonnaire. Ne récidivez pas, quoi ! »

                             Mais dans la seconde de silence qui suivit, très phatiquement, itéra la voix :

                             « Coucou ! C’est qui ? »

                             Cette fois, Louis Deux poussa un cri à figer les entités des multivers. L’onde de choc fut telle, en celui-ci, que le pan en ruine où se tenait Saint Pierre vacilla. Celui-ci ne sut plus où donner de la tête. Il vit Louis Deux s’abattre dans la nappe de brouillard comme sur un lit de neige. Cela fit un drôle de bruit mou, peut-être pas de bruit du tout.

                             Saint Pierre regarda par son créneau et resta un moment à épier : personne ! Devant la muraille, le même épais camaïeu d’ouate et de bourre. Il se retourna encore une fois : Louis Deux avait disparu, absorbé dans le sol indéfini.

                             « Merde ! pensa Saint Pierre. Je suis foutu ! »

                             Il entreprit de se mettre à genoux, car il était de plus en plus périlleux de se tenir debout.

                             « Il n’est plus ! soupira-t-il. A quoi tiens-je ? Le pire, c’est ce qui pourrait le remplacer ! »

                             Il s’agita, fureta en tous sens, fouilla du regard terre et ciel, devenus indistincts.

                             « Le néant ? Impossible ! »

                             Tout à coup, le pan de muraille vacilla encore. Il semblait être descendu de quelques mètres. Ou bien était-ce le niveau de la brume qui montait ?

                             « La mer ! Il parlait de la mer ! pensa anxieusement Saint Pierre.

                             - Holà ! vociféra-t-il, penché à son créneau. Qui est là ? Répondez ! »

                             Il voulut se redresser encore une fois. Le pan de mur alors s’affaissa tout entier. Peu s’en fallut qu’il ne mourût écrasé sous les pierres de taille qui, réduites au détail, ne faisaient plus le poids.

                             Saint pierre dut constater que, cette fois, il ne restait rien de la séculaire érection. Il se sentait petit, si petit !

                             Alors, blasé de dorer son blason, prenant son courage à deux mains, il le mit dans un pochon dont il se fit un baluchon, et se dirigea, penaud Renaud cabochon, vers l’ex-pont-levis.

                             Plusieurs fois, il se retourna brusquement du côté où s’était abattu Louis Deux, comme s’il redoutait d’être suivi ou surpris. Puis il franchit l’ancien huis... et se retrouva dans la nuit.

                             Le premier coup de vent l’emporta, feuille morte, à la vitesse du son, je ne saurai jamais où. Il partait en fusée, pris dans un tourbillon et criant :

                             « Pouce ! Je n’y vois goutte ! »

 FIN

 

 

 

Sur ce mot FIN et sur cette fin, les aventures de Saint pierre  ne font que commencer 😉 de l’alpha à l’oméga !

Posté(e)

Ils vont me manquer. Je m'étais habituée ... 

Posté(e)

Il faut tout de même est "conneau" lorsqu'on s'appelle Saint Pierre de manquer mourir écrasé par une pierre!!!🤣

Finalement c'est une façon revisitée avec douce folie de la création du monde!!!!

Merci Thy Jeanin @Thy Jeanin pour cet imaginaire plein d'humour et de dérision.

🙂

Posté(e)

Je me demande qui est le plus fou de l histoire…🤣

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Le narrateur, certainement. Le château est l'allégorie de son moi. Saint Pierre est son surmoi exacerbé mais impuissant seul. Louis Deux, un ça très atteint! (D'où les pourcentages: que peuvent 5% de conscience contre 95% d'inconscience quand celle-ci est en souffrance?) 😉

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J’ai tenté de faire l’exégèse de ce texte, et puis j’ai renoncé. Tout me paraissait tellement logique que j’ai eu peur de m’identifier à l’un des deux: Louis de mes deux ou Saint-Pierre aux épices (spécialité de chez Roelinger).

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