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Le créneau de Saint Pierre (III)

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

                             Comme toujours, Saint Pierre était à son créneau, fidèle au poste. L’air concentré  - ce qui le rendait tomate - , il écrivait, de sa plus belle plume (une plume d’aglya-qui-lisse, un rapace très rare et très beau), un discours.

                             En bas, Louis Deux de Bavière attendait la proclamation. Il avait imaginé avoir invité, pour la circonstance, un ami de passage, Pierre Qui Roule, connu pour aimer se faire mousser, donc compétent pour juger de la typologie du discours.

                             Enfin, Saint Pierre se leva, s’adossa à un merlon et, les yeux fixés sur une invisible foule, se ramassa d’abord sur lui-même, les yeux sautant sans cesse de sa feuille au château et vice versa, puis bondit dans la première voiture d’un élan oratoire qui ressemblait assez à de l’inspiration.

                             « Mesdames et Messieurs, commença-t-il...

                             - Oh ! c’est bien qu’il n’ait pas oublié les dames, chuchota Louis Deux à Pierre Qui Roule. J’ai toujours parfois rêvé d’en être...

                             - ...l’état du monde, en cette heure vespérale, est grave, n’en doutons pas, continua l’orateur qui s’était haussé sur son créneau.

                             (Les deux auditeurs s’étaient levés religieusement. Louis Deux se mit à baver avec la plus profonde sincérité.)

                             - ... car le monde tirebouchonne volontiers aux abords ardus du goulot des lieux communs, afin de mieux concentrer son vin vénéneux en une fiole de la plus fine apparence ! Les pleureuses ne chamboulent plus les froides résolutions des hommes valeureux que nous sommes...

                             - Il a fait un lapsus, chuchota Pierre Qui Roule à son voisin. Il a voulu dire : malheureux...

                             - ...et il est grand temps, face au néant des tribulations existentielles que nous vécûmes par-delà le créneau de ce château, de nous rendre compte des vérités qui feront certainement à n’en pas douter j’en suis sûr et j’en mettrais ma dextre au feu...

                             - Cruelle richesse de la lexie ! soupira Pierre Qui Roule. Voilà qui mériterait qu’on s’arrête sur la notion de redondance et sur son utilité. Cet homme est un cerveau d’acier !

                             - Bôf ! laissa échapper Louis Deux. Tu sais, c’est un petit lobe frontal qui s’exaspère, voilà tout.

                             Saint Pierre redoublait son jeu dramatique.

                             - Bon sang ! Si demain le ciel est demeuré aussi vierge et sombre qu’il l’est présentement, je vous le demande, Mesdames et Messieurs, supporterons-nous cet étrange contraste ? Que ferons-nous donc...

                             - Ah mais c’est à toi de le prévoir, ça, non mais ! dit tout haut Louis Deux.

                             - Vous, y a pas de danger que vous cassiez la tête, hein ! lui lança Saint Pierre, furieux.

                             - Et pour cause : elle est déjà cassée !

                             - Au lieu de baver éhontément, venez donc au créneau nous expliquer ce que vous comptez faire, vous ! Allons, venez !

                             - Saint Pierre, arrêtez de faire comme si nous n’étions pas que nous deux. C’est trop sot, à la fin !

                             - Deux, c’est encore trop ! fit Saint Pierre exaspéré.

                             - Mais ce n’est que le chiffre minimal. Le château va bientôt s’écrouler. Vos pantalonnades sont de plus en plus grotesques.

                             Patelin Saint Pierre se fit, tout doux.

                             - Voulez-vous, cher ami, dans un cadre bucolique, vous consacrer à la contemplation du monde supralunaire ?

                             - Il me semble que la précision de vos propositions vous échappe, Saint Pierre : croirons-nous ascétiquement en Dieu ou renouvèlerons-nous nos extases dans un panthéisme barbare ? Telle devrait être...

                             - Vieux ringard ! hurla Saint Pierre. Vous me lassez ! »

                             A ce moment, une brève lumière éblouit le ciel, ceci étant la conséquence de la cause comme quoi Louis Deux ayant prononcé le mot Dieu, celui-ci se manifestait...

                             « Ah non ! rétorqua Louis Deux à cette piètre explication de Saint Pierre. Quand c’est moi qui parle de Dieu, il ne se manifeste pas.

                             - Normal, répondit l’autre. Il n’existe pas.

                             - Saint Pierre, pourquoi ne vous mariez-vous pas ? demanda Louis Deux après un temps.

                             - Et vous-même, imbécile, pourquoi ne m’y aidez-vous pas ? N’êtes-vous pas tout-puissant ?

                             (Il ricana.)

                             - C’est de votre faute, vieille croûte ! Ce château m’ennuie terriblement ! Il est trop exigu pour moi. Je suis pourtant le dépositaire des fécondités telluriques...

                             - En tous cas, ce n’est plus mon problème. Même en cas de réconciliation entre nous : venez voir autour de vous, par-devers merlons et mâchicoulis, mon vieux : pas un chat à l’horizon !

                             - C’est dommage, j’aime beaucoup les chats ! Du reste, sans doute vouliez-vous parler de chattes ?

                             - Crétin ! Vous allez sans cesse d’une digression l’autre !

                             - Certes, vous pouvez parler de suite dans les idées, vous !

                             - Parfaitement ! Mon constant souci a été d’empêcher la ruine de ce château !

                             - Et après ? Quand il n’en restera que d’exquis cadavres ?

                             - Après, sombre idiot, nous pourrons peut-être en sortir, vous et moi, et repartir à la conquête du monde, comme avant. Mais encore faut-il que vous cessiez vos pitreries et que vous me laissiez conduire les opérations. Je serai magnanime, rassurez-vous...

                             - Lucide, devriez-vous dire, salaud !

                             - J’écouterai et examinerai attentivement, avec la plus grande bienveillance, toutes vos critiques. Sauf quand elles gêneront mon action.

                             Louis Deux partit dans un grand éclat de rire.

                             - Saint Pierre, dit-il enfin, Venez respirer la putréfaction croissante qui corrompt les sous-sols...

                             - Vous, vous en êtes demeuré au Moyen Age ! répondit Saint Pierre. Il y a beau temps que les égouts ici ont été bétonnés. On les nettoie, du reste, tous les matins à l’acide désoxyribonucléique !

                             - Vous n’êtes qu’un dictateur au petit pied ! hurla Louis Deux de Bavière, tout baveux.

                             - Voilà que ça vous reprend ! s’exclama Saint Pierre en croisant les bras.

                             - Non non non ! Pour vous prouver que vous êtes con, vous allez voir, je vais sortir tout seul de ce château ! Et hop ! »

                             Louis Deux se leva et se mit en branle, cherchant du regard la première poterne venue. Ses yeux tombèrent sur le pont-levis, que ne protégeait plus guère qu’une herse à la ferronnerie dentellière. Il se dirigea droit de côté, qui était sur sa gauche.

                             Abasourdi par cette déclaration, Saint Pierre suivit la déambulation sans réagir. Il se mit à trembler à l’idée de ce qui pouvait arriver.

                             « Non ! Non ! eut-il la force de crier à son compère, qui bavait de plus en plus. Je vous en conjure : vous ne pouvez savoir ce qui vous arriverait dehors !

                             - Justement, répondit l’autre. C’est ça qui m’amuse ! »

                             Il fit une pause pour prendre la pose, ramassa son chapeau de satin bleu pervenche cerclé de platine, de rubis et d’or qui traînait là depuis plus d’un siècle, puis enclencha le système qui permettait d’abaisser le pont-levis.

                             A son créneau, Saint-Pierre s’affolait. Il saisit ses jumelles, scruta l’horizon de son œil rond, cria à tout rompre :

                             « N’y allez pas ! C’est tout vide ! Vous allez vous noyer ! Attendez ! On n’y voit poil !

                             - C’est à voir ! » répondit Louis Deux de Bavière.

                             Saint Pierre sauta à bas de son créneau et s’assit par terre, désespéré.

                             « Attendez, quoi ! dit-il à mi-voix. On va d’abord réfléchir ensemble. Vous ne croyez pas que ça vaut mieux ?

                             - Ce château ? disait pour lui-même Louis Deux cheminant. Une geôle. Que dis-je : une géhenne ! Il me croit fou, lui, là-bas ! Eh bien il pourra l’avaler, son clairon ! Quant à moi, je fonce, Simone ! »

                             Saint Pierre eut un geste de lassitude.

                             « Soit, allez-y ! murmura-t-il. Tu verras bien, Cécile ! »

Posté(e)

Finalement je me demande si ce château n'est pas tout simplement un asile pour aliénés !!!😉

La seule chose qui me fait en douter est qu'ils ne sont que deux dedans alors que les fous sont bien plus nombreux!!! 🤣

Moi aussi j'ai connu un Pierre qui roule!!!!

🙂

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ubu n’est pas mort et vous avez le bonjour d’Alfred.

Avec un mise en scène soignée ce dialogue entre Saint-Pierre et Louis Deux de Bavière pourrait faire un joli succès au théâtre.

Posté(e)

 Saint-Pierre du Ketchup perché en son moellon harangue la foule, aussi empesé qu’un notaire de province, c’est-à-dire un Louis II de Bavoir, qui grosso modo s’en bat les steaks, dans un sabir à la va que je t’embrouille que n’aurait pas renié le défunt apologiste de la langue de bois, le poivre et sel barbu Edouard Philippe (comment ça, il n’est pas mort ?). Face à ça Louis 2, il envie d’y aller, lui, mais où ?

 

Bien entendu on attend le prochain épisode ! 😊

Posté(e)

Truculente histoire avec des personnages hauts en couleur ! 🙂 

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