Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Numéro Un

Featured Replies

Posté(e)

 

 

Un, on l'appelait savonnette parce qu'on n'arrivait jamais à l'attraper, on aurait pu l'appeler anguille aussi, mais c'était déjà pris par un autre qui avait réussi à passer entre les mailles des filets des dames du marché qui l'avaient kidnappé.

Deux, c'était Tartiflette parce qu'il fondait facilement sous les mots doux et qu'il sentait un peu le lard ;  il avait des flammes au fond du regard.

Trois ne répondait qu'au surnom de Mozart, non pas qu'il arrivât à sa cheville poudrée, mais il jouait de la clarinette et détestait la flûte traversière, depuis que la boulangère, l'ayant surpris à voler une brioche, lui avait fait traverser la rue en lui bottant les fesses et en tâtant ses poches comme si avoir faim ne valait pas le poids de sa sacoche. 

Quatre, c'était le pâtre du troupeau, le plus opiniâtre, et le plus beau.

Cinq avait de l'acné, on l'appelait le mercier ; cul et chemise avec Six qui prononçait tous les X, même ceux de perdrix et de paix.

Sept était notre poët-poët de service, le seul qui avait une bicyclette factice et un tapis volant ; souvent Huit l'écoutait en rêvant ;

Neuf, autant le dire, avait l'air d'un vieil œuf dont la coquille se serait pétrifiée à jamais sous les sabots d'un bœuf dans une étable où tout avait commencé et à force d'en parler, il se croyait coupable d'être né.

Quant à Dix, n'en parlons pas, il surveillait Six comme si c'était son plus chouette strix.

Et enfin, il y a onze, celui dont j'ai déjà parlé, l'anguille, pris dix fois par la justice pour s'être faufilé dans les mailles de filets de vieilles dames qui faisaient le marché ; douze fois échappé ou libéré.

Un gentil garçon aux rêves démesurés,  allergique aux bonzes et pourtant spécialiste des bronzes.

 

Des numéros.

Une bande de potes orphelins qui s'aimaient bien, qui faisaient des blagues à gogo sur l'ego.

 

Ils ont oublié leurs prénoms, ils ont pris des pseudos …

 

Comment se retrouver sur copains d'avant ..? 

 

De un à dix, de onze et même jusqu'à douze et demi on a beaucoup ri.

A la moindre faiblesse de l'un ou de l'autre, on était comme les trois mousquetaires mais en plus nombreux et nos épées étaient de lierre.

 

En petit demi qui n'avait guère dormi, j'ai vu venir Treize et puis sa femme Marie-Thérèse, des balèzes, informatisés jusqu'aux dents ; j'étais souvent le guetteur de nos nuits, puisqu'insomniaque chronique, j'étais chargé d'être vigilant privé.

J'ai compris que c'était la fin, on ne ferait pas le poids avec nos blagues de potaches qui humiliaient la cravache ;  j'ai envoyé neuf messages.

 

Pourquoi neuf, diront ceux qui ont suivi.

Pourquoi pas, diront ceux qui veulent en finir sans savoir le pourquoi du comment.

 

J'ai dû leur dire qu'il ne faut jamais aller au-delà de douze et demi ; que treize est maudit.

On a enfilé nos draps et on s'est débarrassés des boulets, on n'a pas fait de bruit ; c'était un vendredi et déjà, Quatorze frappait à la porte …

Il glissa sur Savonnette, huma Tartiflette, pleura sur Mozart, gambada avec le pâtre jusqu'à vexer le mercier et ennuyer celui qui ne regardait pas au prix ; il déballa un parachute et un joker pour passer les autres numéros.

Quatorze est désormais là pour la bonne cause, on l'appelle le Renouveau et quand il nous fait rire, surtout Marie-Thérèse, on crie « Queneau »* il a gardé Quatre, le plus beau et puis Sept, le poète ; nous ne sommes que des numéros, coco et d'aucuns diront que c'est de la cocaïne, mais qu'en savent-ils .. ?

Numéro Un, on recommence …

On l'appellera Savonnette et on n'arrivera jamais à l'attraper …

 

(joailes – 06 juin 2023)

 

* Queneau : classé parmi les auteurs modernes, il n'en reste pas moins un écrivain insaisissable. Ayant traversé le surréalisme, la littérature engagée et le Nouveau Roman sans jamais s'être plié à une seule de ces modes,  il a imposé un style original qui allie fantaisie malicieuse et poésie.

 

 

Posté(e)

Drôle d’évangile. Drôles d’apôtres…

 

Oui, filiation évidente et assumée avec le grand Raymond Queneau, celui-ci ayant fait un saut temporel pour bouquiner la famille Mallaussène.

 

Une verve littéraire tout à fait réjouissante ! 🙂

 

Hélo Unagi

Posté(e)

J'aimerai voir tout ce beau monde autour d'une table!

Certains feront des bulles pendant que d'autres discuteront le bout de gras!😉

Difficile de trouver un terrain d'entente dans les familles recomposées!!!! 🤣

🙂

Posté(e)
  • Semeur d’échos

I'm not a number, I'm a free man!

 

 

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je crois que l’équivalent féminin de Queneau c’est Quenailes, un pseudo qui vous irait bien.

Posté(e)
Le 06/06/2023 à 22:36, Joailes a écrit :

 

 

Un, on l'appelait savonnette parce qu'on n'arrivait jamais à l'attraper, on aurait pu l'appeler anguille aussi, mais c'était déjà pris par un autre qui avait réussi à passer entre les mailles des filets des dames du marché qui l'avaient kidnappé.

Deux, c'était Tartiflette parce qu'il fondait facilement sous les mots doux et qu'il sentait un peu le lard ;  il avait des flammes au fond du regard.

Trois ne répondait qu'au surnom de Mozart, non pas qu'il arrivât à sa cheville poudrée, mais il jouait de la clarinette et détestait la flûte traversière, depuis que la boulangère, l'ayant surpris à voler une brioche, lui avait fait traverser la rue en lui bottant les fesses et en tâtant ses poches comme si avoir faim ne valait pas le poids de sa sacoche. 

Quatre, c'était le pâtre du troupeau, le plus opiniâtre, et le plus beau.

Cinq avait de l'acné, on l'appelait le mercier ; cul et chemise avec Six qui prononçait tous les X, même ceux de perdrix et de paix.

Sept était notre poët-poët de service, le seul qui avait une bicyclette factice et un tapis volant ; souvent Huit l'écoutait en rêvant ;

Neuf, autant le dire, avait l'air d'un vieil œuf dont la coquille se serait pétrifiée à jamais sous les sabots d'un bœuf dans une étable où tout avait commencé et à force d'en parler, il se croyait coupable d'être né.

Quant à Dix, n'en parlons pas, il surveillait Six comme si c'était son plus chouette strix.

Et enfin, il y a onze, celui dont j'ai déjà parlé, l'anguille, pris dix fois par la justice pour s'être faufilé dans les mailles de filets de vieilles dames qui faisaient le marché ; douze fois échappé ou libéré.

Un gentil garçon aux rêves démesurés,  allergique aux bonzes et pourtant spécialiste des bronzes.

 

Des numéros.

Une bande de potes orphelins qui s'aimaient bien, qui faisaient des blagues à gogo sur l'ego.

 

Ils ont oublié leurs prénoms, ils ont pris des pseudos …

 

Comment se retrouver sur copains d'avant ..? 

 

De un à dix, de onze et même jusqu'à douze et demi on a beaucoup ri.

A la moindre faiblesse de l'un ou de l'autre, on était comme les trois mousquetaires mais en plus nombreux et nos épées étaient de lierre.

 

En petit demi qui n'avait guère dormi, j'ai vu venir Treize et puis sa femme Marie-Thérèse, des balèzes, informatisés jusqu'aux dents ; j'étais souvent le guetteur de nos nuits, puisqu'insomniaque chronique, j'étais chargé d'être vigilant privé.

J'ai compris que c'était la fin, on ne ferait pas le poids avec nos blagues de potaches qui humiliaient la cravache ;  j'ai envoyé neuf messages.

 

Pourquoi neuf, diront ceux qui ont suivi.

Pourquoi pas, diront ceux qui veulent en finir sans savoir le pourquoi du comment.

 

J'ai dû leur dire qu'il ne faut jamais aller au-delà de douze et demi ; que treize est maudit.

On a enfilé nos draps et on s'est débarrassés des boulets, on n'a pas fait de bruit ; c'était un vendredi et déjà, Quatorze frappait à la porte …

Il glissa sur Savonnette, huma Tartiflette, pleura sur Mozart, gambada avec le pâtre jusqu'à vexer le mercier et ennuyer celui qui ne regardait pas au prix ; il déballa un parachute et un joker pour passer les autres numéros.

Quatorze est désormais là pour la bonne cause, on l'appelle le Renouveau et quand il nous fait rire, surtout Marie-Thérèse, on crie « Queneau »* il a gardé Quatre, le plus beau et puis Sept, le poète ; nous ne sommes que des numéros, coco et d'aucuns diront que c'est de la cocaïne, mais qu'en savent-ils .. ?

Numéro Un, on recommence …

On l'appellera Savonnette et on n'arrivera jamais à l'attraper …

 

(joailes – 06 juin 2023)

 

* Queneau : classé parmi les auteurs modernes, il n'en reste pas moins un écrivain insaisissable. Ayant traversé le surréalisme, la littérature engagée et le Nouveau Roman sans jamais s'être plié à une seule de ces modes,  il a imposé un style original qui allie fantaisie malicieuse et poésie.

 

 

Des numéros qui pour une fois ne sont pas ennuyeux , votre littérature les sublime car vous êtes aussi Joailes un sacré numéro 😉🤣 vive l’artiste !

  • 2 semaines plus tard...
Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un texte empli de fantaisie et tout à fait réjouissant !

J'ai adoré, je l'avoue !

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.